Pourquoi les amateurs de rock indé sont-ils snobs ?

vendredi 28 juin 2013 | Vincent Le Doeuff

Chaque tribu a ses qualités et ses défauts, autant l’amateur de jazz est vieux et porte des gilets, autant l’amateur de rock indé est snob. Avez-vous déjà été snobé par un reggae man ou un amateur de techno ? Non (manquerait plus que ça). Par contre nombre d’entre vous ont dû se sentir pris gentiment pour un béotien par un indie. Pourquoi donc ?

L'élitisme

C’est un fait, l’amateur d’indie rock aime à humilier le fan de groupe tel que Coldplay ou Muse. Sa phrase culte est "le premier album s’écoute, après c’est vraiment de la merde". Il s'interdit rarement de ne pas rajouter une bonne condescendance vis-à-vis de son interlocuteur qui lui indique qu’il a vu U2 au Stade de France. Il dira, avec un sourcil moqueur :  "Alors, tu as vraiment vu quelque chose ?" Car lui il aime bien voir son groupe dans une petite salle avec un auditoire de gens comme lui, qui savent ce qui est bien.

Hé oui, l’indie, plus que les autres, a la fâcheuse manie de croire que ce qu’il écoute est ce qu’il faut écouter. Après il est malin, il vous dira que non, que parfois il écoute Souchon ou Christophe en faisant la vaisselle, et qu’il aime bien. C’est un leurre, un écran de fumée, méfiez-vous.

L’indie préfèrera aussi écouter sa musique sur une platine vinyle. Mais bon là, à part le fait qu’il se fait escroquer parfois, on ne pourra pas lui en tenir rigueur.

L’indie aime aussi faire des listes. Désinhibé par des livres comme High Fidelity (Nick Hornby, 1995) ou par des institutions comme les Inrocks, Magic et Pitchfork, il aime faire une hiérarchie de ses groupes préférés, qui peut se décliner selon le lieu d’écoute ou l’année. Dans chaque top, il se débrouillera toujours pour trouver un truc que personne ne connaît.

Evidemment l’indie est un spectateur difficile, prenez un groupe de six indies dans un festival indie, ce sera dur de trouver six indies d’accord. Parce que tous les goûts sont dans la nature et surtout parce qu’il y a toujours une pauvre crêpe qui voudra se différencier en faisant un bon mot. Du coup les cinq autres indies seront vexés et ne s’empêcheront pas de lancer une flèche sur le groupe dont raffole le premier indie. Le monde indie est une jungle.

Une adolescence difficile

A l’adolescence, l’indie se cherche, il ne sait pas encore s’il sera indie ou metaleux ou hip hopeux. Tout le monde n’a pas eu forcément la chance d’avoir un grand frère qui écoutait de l’indie et donc beaucoup sont passés par une expérience musicale compliquée, qu’il garde dans son cœur et qu’il trahit en se moquant gentiment. Cela est même vécu comme une expérience expiatoire pour les membres d'une communauté indie. Chacun dénoncera son idole passée, à qui son Axel Rose, à qui son Dance Machine, à qui son Pow Wow, etc…

Une personnalité complexe

L’indie aime aussi souvent le foot. C’est vrai qu’allier snobisme et football est toujours quelque chose qui paraît un peu surprenant, c’est un peu comme manger des chips en écoutant France Culture, cela paraît incongru. Mais c’est peut être aussi parce que beaucoup de monde aime manger des chips et parler de football. Après c’est un nostalgique du foot, il aime bien le foot de papa, quand les joueurs avaient du bide, venaient en mobylette à l’entrainement  et fumaient des clopes à la mi-temps.

Car l’indie aime l’authenticité et pas trop l’argent. L’indie est en fait un putain de janséniste, il n’aime pas le clinquant et les success story. Il n’aime pas quand son groupe préféré passe en fonds musical pour une pub sur une voiture ou dans un reportage de Stade 2. C’est comme si on lui enlevait son bébé. Il n’aime pas non plus quand un groupe indie marche bien en s’influençant bien fortement d’un autre groupe indie qui n’a pas marché, il crie à l’injustice. L’indie est compliqué car il crie à l’injustice quand le groupe ne marche pas et à la trahison quand il marche.

Un véritable sacerdoce qui peut nuire à son élévation sociale

A vouloir se hisser au dessus de la populace, l’indie se retrouve parfois pris à son propre piège. Prenons un exemple banal d’une vie de bureau, dans lequel l’indie se retrouve à la machine à café avec son chef.

- Ah ben hier, je suis allé voir les Stones, tu dois aimer ça hein toi qu’aimes la musique ?

- Ah dis donc, oui, oui, c’était un grand groupe.

- Ah ben c’est tout ce que ça te fait ? Les Stones quoi !

- Oui, bah oui, oui… moi je suis allé voir House of Wolves, c’était très bien

- House of ? non mais moi je te parle des Stones, c’est autre chose que tes petits groupes de pleureuses… 

Vous pouvez être sûr que l’indie restera dans le bureau à côté des toilettes jusqu’à la fin de son contrat.

L'indie est snob car c’est peut être la seule posture qu’il peut avoir, il dansera moins bien que l’amateur de salsa et profanera moins bien que l’amateur de metal. Du coup l’indie snobe même involontairement parce qu’à force il ne fait plus exprès, tellement c’est ancré chez lui.

Mais l'indie reste un bon gars, et puis au moins il ne joue pas de djembé.

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