Pour en finir avec les clichés dans les médias

jeudi 16 janv. 2014 | Dorothée Duchemin

Précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur les Noirs, les Musulmans, les Asiatiques, les Roms, les homos, la banlieue, les Juifs, les femmes, un livre pour en finir avec les clichés véhiculés dans les médias. Un ouvrage nécessaire, parce que tous les Noirs ne savent pas danser.

Les Asiatiques sont travailleurs, les Noirs ont le rythme dans la peau et les femmes noires sont sauvages et racées. Les Musulmans, eux, sont à deux doigts d’islamiser la France par la force. Les lesbiennes le sont parce qu’elles sont moches ou n’ont pas trouvé celui qui la fera jouir. L'Afrique est un pays où il faut envoyer des sacs de riz parce que l’Afrique a toujours faim. Les rappeurs doivent porter un message social sur la jeunesse de banlieue mais Christophe Maé n’a, lui, aucune obligation.

Derrière ces formules un brin caricaturales se cache une réalité, celle des clichés véhiculés dans l’imaginaire collectif sur différents groupes d’individus. Des clichés que veut casser le Précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur les Noirs, les Musulmans, les Asiatiques, les Roms, les homos, la banlieue, les Juifs, les femmes. L’ouvrage s’adresse tout particulièrement aux journalistes, ce groupe d’individus blancs, de gauche, issu de familles bien placées sur l’échelle sociale... Encore un cliché ?

Aller au-delà de la caricature

Toujours est-il que ce Précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur les Noirs, les Musulmans, les Asiatiques, les Roms, les homos, la banlieue, les Juifs, les femmes enjoint avec humour les journalistes à en finir avec les clichés qui nuisent à la compréhension des altérités. "La complexité du réel échappe souvent aux représentations médiatiques", écrit en préface Virginie Sassoon, membre de Panos Europe, l'ONG à l’origine de ce livre, et qui milite pour la pluralité et l’indépendance des médias. Et dans la construction, tout comme dans la déconstruction des préjugés, les médias jouent un rôle prépondérant. Les journalistes qui assènent ces formules préconçues de manière consciente sont sans doute déjà perdus. Mais pour les autres, ceux qui fautent souvent inconsciemment, ou par manque de temps, ce petit livre peut être utile. 

L’ouvrage regroupe des textes écrits par des journalistes sur les thèmes les plus propices aux préjugés : Bérangère Portalier du magazine Causette s’attaque au machisme qui pollue insidieusement de nombreux articles, David Abiker d’Europe 1 parle des Juifs en invoquant Albert Londres (est-il Juif s’il écrit sur les Juifs ?), Idir Hocini (le Bondy Blog, M6) s’en prend aux préjugés sur la banlieue, Océane Rose-Marie, chroniqueuse sur France Inter et humoriste, tord le cou aux clichés sur les homos...

Dans le livre, Idir Hocini évoque avec agacement les journalistes parisiens qui, lorsqu'ils venaient en banlieue, s'habillaient suivant l'image qu'ils avaient des codes vestimentaires locaux : "Les journalistes qui m’énervaient le plus étaient ceux qui se pointaient déguisés en 'mauvais garçons', avec pull Umbro et un léger retard sur la mode hip-hop du moment, le tout pour faire couleur locale." De son côté, Raphaël Yem, journaliste et animateur sur MTV, dément : "Non, [ils] ne sont pas des travailleurs sans papiers emprisonnés dans des ateliers de coutures clandestins, ou dans des appartements raviolis !"

Stop aux comparaisons sexistes

Parce que les femmes voilées sont capables d’exposer une idée de manière intelligible, parce qu’un Rom peut chercher un travail sédentaire et que le vol de poules ne rapporte rien, cet ouvrage est nécessaire. Sous peine, journalistes, d’être épinglés par l’association les Indivisibles qui, chaque année, organise la cérémonie des Y'a bon Awards où "le meilleur du pire est récompensé". Christophe Barbier est d’ailleurs venu récupérer sa banane d’or en juin 2013. 

Dans un texte rédigé par leur président Gilles Sokoudjou, l'association énonce les dix commandements à l’usage des jeunes journalistes qui souhaitent éviter d’être nommés aux Y’a bon awards. Et pour ne plus décrire Fleur Pellerin comme "une geisha", Najad Vallaud-Belkacem comme "une gazelle" ou encore Rama Yade comme "la Naomi Campbell" de Nicolas Sarkozy. Des exemples drôles, mais gênants, cités par la journaliste Rokhaya Diallo dans le texte qu'elle signe "Femmes non blanches en politique, stop aux fantasmes exotiques".

Précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur les Noirs, les Musulmans, les Asiatiques, les Roms, les homos, la banlieue, les Juifs, les femmes, sous la direction de Virginie Sassoon, Le Cavalier Bleu, 10 euros, 2013. 

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