Sous le plastique, Bertrand

jeudi 29 janv. 2015 | Dorothée Duchemin

Plastic Bertrand, actuellement en tournée aux côtés de Michèle Torr, Nicoletta ou encore Linda de Suza, accompagne les trentenaires, comme un doudou, depuis leur naissance. Année après année, boum après boum, mariage après mariage, son tube planétaire "Ca plane pour moi", nous poursuit encore et encore. Derrière le tube se cache un homme que nous avons rencontré.

Pour ceux qui sont nés dans les années 80, Plastic Bertrand les accompagne depuis leur naissance. Ce type est dans la place depuis 1977, année où est sorti le tube punk planétaire Ca plane pour moi. Le titre se hisse à la 25e place du Hit Parade cette année-là (il trustera même la première place quelques semaines en 1987). A l'étranger, Ca plane pour moi est aussi un carton : en juin 78, il se place en 8e position des meilleures ventes de single en Grande-Bretagne et perce même outre-Atlantique en se hissant à 47e place du prestigieux classement américain Billboard Hot 10. C'est complètement fou pour une chanson francophone. On n’a pas fait mieux, même Jordy et Dur, dur d’être bébé n’a pointé à qu’à la 58e place en 1993.

Depuis, on a fait 10.000 bonds sur ses notes répétitives, d’abord dans les booms, ensuite dans les boîtes et depuis qu’on est vieux, dans les mariages. Et à chaque fois que le tube était sur le point de tomber dans les classiques ringards mais qu’on écoute avec nostalgie, un groupe super cool en faisait une reprise super cool. On se souviendra surtout des versions de Sonic Youth et de The Presidents of the United States of America. Et récemment, c’est dans Le loup de Wall Street, incarné par un Di Caprio complètement barré, qu’a résonné la ritournelle, bien barrée elle aussi.

Mais derrière le tube punk, se trouve un homme, l’éternel Plastic Bertrand, "Plastic" parce qu’il portait des costumes de cette matière sur scène, et Bertrand, du nom de l’un de ses amis journalistes qui travaillait dans un fanzine punk. A la ville, Roger Jouret, ancien chanteur et batteur du groupe punk Hubble Bubble. 

Chanson minimaliste, trois accords et pas un de plus, Ca plane pour moi est d'abord sortie, en 1977, sur la face B d’un 45 tours puis sur l'album An 1. Ecrite et produite par le belge Lou Deprijck, il est le véritable chanteur de Ca plane pour moi ; la rumeur à ce sujet courait d'ailleurs depuis plus de 30 ans quand, en 2010, un rapport d'expert le confirme. Même Plastic l'aurait reconnu dans une interview donnée au quotidien belge Le Soir. Il n'empêche, depuis une décision de justice de 2006, juridiquement, c'est Plastic, véritable caricature punk, qui reste l'interprète. 

Le public vous connaît essentiellement pour la chanson Ca plane pour moi. Que représente ce titre pour vous ?

Pour moi, c’est le début de ma carrière solo. Parce qu’avant, j’étais batteur et chanteur déjà dans un groupe punk, Hubble Bubble. C’est une chanson qui a complètement changé ma vie. Evidemment elle est très importante. Elle a été reprise partout et elle me permet encore aujourd'hui d’avoir une carrière ailleurs qu’en France, aux Etats-Unis, en Australie et en Allemagne. Régulièrement elle est reprise soit par des groupes très importants ou bien dans des films comme dans le dernier Scorsese Le loup de Wall Street.

L’Album An 1 dans lequel est sortie la chanson était votre premier album ?

Mon premier album, c’était avec Hubble Bubble en 1975. Mais j’ai toujours été musicien. J’ai suivi des études supérieures de musique, au conservatoire. Par contre, c’est Ca plane pour moi qui a fait que je suis encore sur scène aujourd’hui.

Quelle est la genèse de cette chanson ? Le producteur Lou Deprick vient un jour vous trouver et vous demande d’être l’interprète du morceau ?

Pour lui, à la base c’était simplement un gag. Et le gag est devenu un énorme tube donc il a fallu assumer derrière.

Pourquoi vous ?

Mon groupe était un trio, mais il n’existait plus. J’ai perdu mon bassiste dans un accident de voiture en revenant d’une répétition. On tournait beaucoup avec le groupe. Lou m’a demandé d’assumer Ca plane pour moi et puis voilà.

Sexe, drogue et rock'n'roll

Vous dites que c’était un gag. Pourquoi avez-vous accepté de la chanter ?

J’ai tout de suite dit oui parce que j'étais dans un état assez triste suite à la mort du bassiste du groupe. Il a fait 6 mois de coma et j’allais le voir tous les jours à l’hôpital. J’avais moi aussi besoin de sortir de cette mauvaise passe. Le succès de Ca plane pour moi a été immédiat. Ce qui a tout déclenché, c’est juste une télé chez Drucker, en 1977.

Ont suivie après des années un peu dingues non ?

C’était la folie ! Je faisais des télés très populaires mais j’étais surtout en tournée dans le monde entier. A un moment, j’avais trois groupes : un en Europe pour les tournées européennes, un autre au Japon et un dernier aux Etats-Unis. Je passais de l’un à l’autre, plus la promo dans le monde entier. C’était encore l’époque où on ne faisait pas de clips, il fallait vraiment être sur place. Donc j’ai voyagé, j’ai fais je ne sais combien de fois le tour du monde. C’était du délire total.

Comment avez-vous tenu le rythme ?

Je tenais avec toute la panoplie de la rock star : sexe, drogue et rock'n’roll. J’avais toujours rêvé d’être une rock star et là, c’était la rock star à son paroxysme. Tout était organisé autour de moi pour que ça se passe comme ça. C’était comme ça qu’une rock star vivait.

"J’allais faire pipi à New York en Concorde !"

Quand est-ce que ça s’est arrêté ?

J’ai vécu à ce rythme-là jusqu’en 85. J’avais deux enfants. Un jour, je rentrais de tournée, j’étais complètement épuisée. Mes enfants m’ont à peine reconnu et ils ont continué à regarder la télé. Ils me regardaient sur les enregistrements vidéo mais moi, ils ne me reconnaissaient plus. J’ai bien flippé. J’ai décidé de tout arrêter et de redescendre un peu sur terre pour être vraiment présent avec eux. Et ça m’a sauvé la vie.

Pourquoi avez-vous sombré ?

Tous ces excès, j’étais aussi obligé de les faire parce que c’était un rythme de fou et qu’il fallait tenir le coup. Dans la même semaine, j’étais au Japon, aux Etats-Unis et je faisais une télé en France. J’allais faire pipi à New York en Concorde ! Il fallait que j’arrête aussi pour reprendre mes affaires en main. Parce qu’il y a beaucoup de requins dans ce métier qui essayaient de me ratiboiser. Dès que j’ai repris pied j’ai créé un label qui s’appelle Réaction Rock. Avec ce label j’ai produit des artistes et surtout, j’ai refait des albums dès 88. Entre temps la descente a été violente, mais heureusement que j’avais ces projets pour reprendre pied.

Vous avez amassé tout de même un peu d’argent grâce au succès de Ca plane pour moi ?

Pas trop parce que j’ai un très mauvais contrat. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles j’ai dû beaucoup travailler. Il y avait peu d’argent qui rentrait, beaucoup qui sortait, j’étais obligé de travailler beaucoup. J’ai fait beaucoup de live avec mes musiciens pour pouvoir assurer mon rythme de vie. C’est surtout mon producteur et mon éditeur qui se sont faits beaucoup d’argent. C’est normal aussi quand on signe son premier contrat à 20 ans, on se fait toujours avoir. Eux, par contre ils se sont baffrés, ça c’est sûr. J’étais à 0,5%, donc c’est rien du tout. J’aurais pu demander beaucoup plus que ça.

"Je n'ai rien à prouver"

Qu'avez-vous à dire de la polémique selon laquelle vous n'êtes pas l'interprète de Ca plane pour moi ?

Il n’y a même pas besoin de revenir là dessus parce qu’il y a eu un jugement en 2006 qui dit clairement que je suis l’interprète de Ca plane pour moi, donc je ne veux plus y revenir. Ça a été jugé, fait, c’est classé. J’en ai marre qu’on me parle de ça parce que je n’ai rien à prouver, je suis sur scène depuis 40 ans. Cette année, ce qui est important c’est que j’ai fêté mes 40 ans de scène, ça c’est important.

D’ailleurs vous préparez un nouvel album ?

Oui, le 10e. Parce que si Ca plane pour moi est très important, il y a aussi eu les albums et ça sera quand même mon 10e sur lequel je commence à travailler. Il est prévu pour la deuxième moitié de 2015, sauf si on poursuit la tournée. Parce que moi, quand je suis en tournée, je ne me consacre qu’à ça ; la première partie s’arrête en juin, et si on repart en septembre, tout sera décalé. L’album sera pour 2016. En tout cas, j’y tiens vraiment.

Vous remerciez le revival années 80 d’avoir remis votre carrière sur les rails ?

Je n’ai pas attendu le revival des années 80 pour travailler ! J’ai toujours été sur scène ! Je n’ai pas eu de traversée du désert, j’ai eu cette chance de toujours travailler. Quand je n’étais pas sur scène je faisais de la télévision, en France, en Italie en Belgique.

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