"La planète des singes : Suprématie", apothéose apocalyptique

mercredi 2 août 2017 | Marco Pierrard

Cachés dans la forêt, César et ses congénères sont traqués par une armée d'humains. Pour venger les siens et assurer leur survie, César se lance dans une guerre totale entre les deux espèces. Dernier volet d'un prequel fascinant, La planète des singes : Suprématie termine en apothéose une trilogie dont la sombre prophétie est plus que jamais d'actualité.

Réfugiée dans la forêt, la colonie de singes surdoués menée par César (Andy Serkis) doit affronter un terrible assaut de soldats menée par un colonel impitoyable (Woody Harrelson). Les pertes subies par les singes font basculer César — jusque là défenseur d'une position pacifiste — dans une soif de vengeance qui le mènera à affronter en face à face le colonel. Dans cet ultime opus de la trilogie, la guerre qui éclate est totale, avec pour objectif la domination de la planète, sans partage possible. Singes ou humains, choisissez votre camp !

 Suprématie © Photo by Courtesy of Twentieth Century Fox

Ave, César !

Cette fois-ci c'est la guerre ! Alors qu'il avait tenté jusque là de se soustraire au conflit opposant les humains et leur création — des singes devenus aussi voire plus intelligents qu'eux —, César doit se résoudre à livrer un combat à mort contre une armée dirigée par un colonel sans pitié. Avec la survie de ses congénères comme objectif et une vengeance toute personnelle en tête, le chef des primates part à la recherche du colonel qui a abattu froidement les siens. Dans ce dernier volet de la trilogie révélant les origines d'une planète dirigée par des singes, on retrouve les effets spéciaux bluffants des deux premier films et la performance toujours aussi impressionnante d'Andy Serkis dont les mimiques et la gestuelle donnent vie à César. Techniquement impressionnant, La planète des singes : Suprématie s'offre même le luxe de proposer une 3D qui n'en fait pas trop et reste supportable, à défaut d'être vraiment nécessaire.

Il y a une sorte de nostalgie à retrouver — pour la dernière fois — César, ce singe que l'on a vu grandir dès 2011 dans le premier volet et prendre la tête de la rébellion primate. Matt Reeves, réalisateur du second volet et de retour derrière la caméra, ne manque pas pour cette conclusion — toute relative, Hollywood trouve toujours un moyen pour exploiter un bon filon — de faire des clins d'œil sympathiques à la saga et au-delà aux cinéphiles. Les singes cavaliers traversant une plage déserte renvoient évidemment à Charlton Heston découvrant l'incroyable vérité dans le premier film sorti en 1968 et, plus proche de nous, un singe décalé venant apporter une touche d'humour dans ce film à l'ambiance très sombre semble une transposition primate du personnage de Gollum du Seigneur des Anneaux, interprété par… Andy Serkins, évidemment. Mais au delà de l'attachement au personnage de César, des amusantes références pour cinéphiles et sa réussite technique indéniable, le dernier film de ce prequel ne saurait se réduire à un blockbuster de l'été simplement efficace. La Suprématie des singes ne serait pas aussi fascinante sans un scénario brillant qui met l'humain face à sa propre nature en jouant avec le reflet que nous renvoient ces mammifères anthropoïdes devenus — trop — évolués.

 Suprématie © Photo by Courtesy of Twentieth Century Fox

Prophétie simienne

Comment les hommes ont-ils pu, au final, perdre le contrôle de la planète et finir esclaves des singes ? La planète des singes : Suprématie éclaire les événements qui ont tout fait basculer. Mais si l'issue du conflit est connue, savoir quel camp soutenir n'est pas si évident. Superproduction perverse, le film balance au visage du spectateur un dilemme impossible. Dans cette guerre qui semble presque fratricide tant les singes sont devenus humains, quel clan choisir ? Celui des Hommes, mené par un colonel qui tente de sauver l'humanité mais au prix d'actes inhumains, ou César, le singe plein de sagesse et pacifiste qui finit lui aussi par succomber aux pires instincts, possédé qu'il est par l'esprit de vengeance ? Un choix d'autant plus cornélien que ce colonel n'est peut-être pas aussi fou ni cruel que l'on peut le penser, juste radical dans sa façon d'assurer la survie de l'humanité menacée par le virus porté par ces singes mutants. Un choix — impossible ? — qui a de quoi faire douter le plus passionné des militants de PETA.

Prétexte pour mettre en lumière la complexité de l'espèce humaine — sa solidarité et candeur étant ironiquement transposée chez les singes et ses côtés plus sombres incarnés par des humains terrifiés de ne plus régner en maître sur leur monde, la saga philosophique de La planète des singes gagne ici encore en complexité. Tout au long du film, le traitement infligé aux singes par les humains fait écho à des moments terribles de l'histoire dans un jeu de transposition qui fonctionne parfaitement. D'une finesse rare pour un blockbuster, La planète des singes : Suprématie conclue efficacement une trilogie intelligente qui confronte l'humanité à ses responsabilités face à un apocalypse à venir. S'il est peu probable que la planète soit un jour réellement dominée par des singes mutants que nous aurions créé — l'intelligence artificielle semble avoir pris de l'avance dans cette compétition —, l'humanité est pourtant bien partie pour entraîner sa propre perte. Désastre écologique, guerres infinies, élection de Donald Trump… chaque jour qui passe vient renforcer la prophétie apocalyptique portée par ce classique de la science-fiction, rendant son propos plus fascinant et inquiétant que jamais. Joignant leurs deux poings fermés en signe de ralliement, les singes scandent "singes ensemble forts", le secret — au-delà de l'intelligence acquise — de leur triomphe sur des humains dépassés par les évènements. L'histoire est là pour nous rappeler que l'humain est malheureusement insensible à ce slogan unificateur. Une bonne raison pour soutenir sans réserve le camp des singes ?

Trilogie gagnant en profondeur à chaque nouveau volet, le prequel de La Planète des singes finit en apothéose avec cet ultime combat de César pour sauver les siens qui vient acter la défaite de l'humanité. Et le plus troublant c'est qu'on ne saurait dire s'il s'agit ou non d'une "happy end". Au regret de quitter le personnage de César, La planète des singes : Suprématie ajoute un doute lancinant : méritons-nous vraiment d'avoir la responsabilité de la planète entre nos mains ?

> La planète des singes : Suprématie (War for the Planet of the Apes), réalisé par Matt Reeves, Etats-Unis - Canada - Nouvelle Zélande, 2017 (2h20)

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