La Petite ceinture reverra-t-elle passer le train ?

mercredi 12 juin 2013 | Geoffrey Bonnefoy

Depuis la naissance du tramway le long du périphérique, et avec l’arrivée de plusieurs lignes de métro hors Paris, le retour du transport ferroviaire sur la ligne de la Petite ceinture paraît hautement improbable - d’autant qu’il n’est pas souhaité par une majorité de riverains. Pourtant, une association continue de se battre pour se faire entendre. Et défend ardemment le retour d’un tram, voire d’un petit train touristique, sur cette portion ferroviaire, à l’abandon depuis des décénnies.

“Il n’y aura jamais trop de transports en commun à Paris”. Voilà comment Stéphane Dos Santos résume l’objectif de l’Association pour la sauvegarde de la petite ceinture de paris et de son réseau ferré (ASPCRF), dont il est un membre actif. L'association se bat depuis 20 ans pour le retour d’un système de transport collectif ferroviaire sur la petite ceinture, ancienne ligne de chemin de fer à double voie qui faisait le tour de Paris sur une trentaine de kilomètres.

L'ASPCRF a fait entendre sa petite musique lors des réunions de concertations organisées par la ville de Paris et Réseau ferré de France (RFF), début 2013. Une concertation un tantinet rapide : lancée en décembre 2012, elle s'est achevée deux mois plus tard, ont souligné le groupe EELV du Conseil de Paris ainsi que certains habitants déplorant un “simulacre de concertation”.  

Pourquoi cette agitation ? En juin 2013, le protocole qui liait depuis 2006 la ville et RFF, propriétaire de la petite ceinture, est arrivé à son terme. Ce protocole qui avait permis de valoriser des gares et d’ouvrir des promenades dans certains portions. Les deux acteurs se sont mis d’accord pour demander aux riverains quel avenir ils envisageaient pour la petite ceinture avant de signer un nouveau protocole qui pourrait sceller son sort.

Un enjeu majeur pour Paris

Car cette boucle ferroviaire dans l’enceinte de Paris est à l’abandon depuis très longtemps, sauf pour la partie ouest sur laquelle circule le RER C. Le dernier train de voyageurs est passé en 1934, et le dernier train de fret en 1992. Depuis, hormis quelques excursions de train de-ci de-là, et des projets épars, comme les jardins partagés du ruisseau dans le 18e arrondissement ou la promenade plantée du 15e, la très grande majorité du parcours est à l’abandon. Au grand dam des riverains.

C’est pourtant un enjeux majeur pour Paris. Anne Hidalgo, la candidate socialiste à la mairie, l'affirmait elle-même en décembre dernier dans une interview au JDD. Parue avant les réunions de concertations, l’interview annonce la couleur : l’actuelle adjointe à l’urbanisme de la ville de Paris voit la petite ceinture comme un “espace de biodiversité dans Paris, un poumon naturel, un lieu de respiration précieux”. Elle “imagine des grandes promenades avec le cachet des paysages ferroviaires envahis par la nature”.

Côté transport, sa priorité c’est le prolongement du T3. Rien qui n’annonce le retour des transports en commun sur le site. Car depuis l’inauguration du T3, situé par endroits à quelques mètres seulement de la petite ceinture et qui a englouti près d’un milliard d’euros en infrastructures, et à quelques années de la mise en service, à l’horizon 2030, du métro du Grand Paris Express, l’hypothèse de la réutilisation de la petite ceinture à des fins de transports ferroviaire semble condamnée.

Au grand désespoir de l’ASPCRF, et de l’association des usagers des transports d’Île-de-France (AUT).  Elles revendiquent, en outre, aller dans le même sens que le STIF, l’autorité organisatrice des transports en Île-de-France. L’ASPCRF verrait bien une liaison ferroviaire avec moins d’arrêts que le T3, jugé “trop lent” par l'ASPCRF. Une sorte de RER qui pourrait offrir une connexion au réseau national, et désaturerais encore un peu plus la station Châtelet et les lignes du métro 1 et du RER A, dont la fréquentation n’est vouée qu’à augmenter. 

Surtout, les défenseurs de la boucle ferroviaire insistent sur le fait que les infrastructures sont déjà sur place. “Le Grand Paris Express n’est prévu qu’à l’horizon 2030 alors que la réhabilitation ferroviaire de la petite ceinture permettrait d’avoir du transport en commun dans des délais beaucoup plus courts", explique Stéphane Dos Santos.

Transport, tourisme ou loisirs ?

L’argument des installations déjà présentes va de paire avec celui du coût. Si l'association préfère renvoyer vers les études sur internet que d’avancer des chiffres, elle assure qu’il n’y aura que des “travaux minimes” à faire, l’essentiel étant déjà présent : les rails. Le T3 aura coûté, rien que pour les infrastructures, 1 milliard d’euros pour 20 kilomètres, soit 50 millions du kilomètre.

Dans son étude (page 49), l’APUR, en se basant sur les premières études réalisées en 2001 et en 2006, chiffrait à environ 370 millions d’euros la réhabilitation (rails, tunnels, ponts, etc.), de la partie nord-est, dit l’Evangile, jusqu’à Bercy. Soit 37 millions d’euros le kilomètre. C’est moins, mais ce chiffre a dû augmenter depuis, se rapprochant ainsi du coût au kilomètre de la création d’un site ex-nihilo. A court terme, l’association envisage même le retour d’un petit train touristique. Le hic, c’est que les monuments prestigieux de la capitale, prisés des touristes, sont relativement invisibles depuis la petite ceinture. On se défend : “c’est une autre façon de voir la ville”

Et les riverains dans tout ça ? Lors des réunions publiques, ceux qui se sont exprimés sur l’avenir de la petite ceinture ont très rarement évoqué le retour des trains. “Si l’on ne demande que l’avis des riverains, on ne fera jamais rien. Il faudrait aussi demander l’avis à ceux qui prennent les transports”, préfère argumenter le bénévole.

Pendant ces réunions, qui ont largement mobilisé les riverains, ces derniers ce sont plutôt exprimés en faveur de la création d’espaces verts, de jardins partagés, de pistes de circulation dédiés aux modes doux, voire des terrains de sports et des lieux pour les fêtes de quartiers. Le tout en valorisant le patrimoine ferroviaire. Nombre d’entre eux étaient opposés à la cession du terrain à des promoteurs immobiliers.

Enfin, d’autres verraient bein - plus exotique - des boîtes de nuit dans les tunnels désaffectés. Une solution contre le tapage nocturne ?

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