Paris : le guide du débrouillard

lundi 2 déc. 2013 | Audrey Minart

"Ma vie à deux balles" est un web-documentaire qui dresse le portrait de six jeunes ayant fait de la débrouille un mode de vie. Du moins le temps de s’en sortir. Si cette nécessité caractérise la vie de nombreux jeunes aux quatre coins de la France, la vie parisienne requiert intrinsèquement, dès lors que l’on n’est pas en emploi stable et correctement rémunéré, une aptitude au système D.

Précarité des contrats de travail dans un contexte de chômage de masse, notamment pour les jeunes, salaires faibles pour ceux qui ont la chance de décrocher un emploi stable, difficultés d’accès au logement, aux loisirs, voire à la santé… Tel est le lot d’un grand nombre de jeunes Français, obligés de racler les fonds de poches, tiroirs, sacs, tout-ce-qui-se-trouve-à-portée-de-main, et de surveiller le moindre bon plan qui se présente à eux. La galère ne se limite certes pas aux frontières du périphérique, mais il va sans dire que les jeunes Parisiens, d’origine ou d’adoption, doivent faire face à des difficultés supplémentaires comparé à leurs homologues de province.

Petit exemple par l’immobilier : le loyer moyen (pour l’ancien) par m2, dans le XIXe arrondissement (le moins cher) de Paris, s’établissait en octobre à 25,19€ (38,39 dans le IVe). En comparaison, il était de 11,55 à Nantes, 11,18 à Strasbourg, 11,77 à Toulouse, 13,94 à Lille, 13,05 dans l’arrondissement le plus cher de Lyon, et 14,70 dans celui de Marseille. 1. Le fait est qu’au delà du logement, vivre à Paris implique de mettre régulièrement la main à la poche. Transports en commun, supérettes, bars, clubs (aux vestiaires à 2 euros… l’article), tout y est l’immense majorité du temps bien plus onéreux qu’ailleurs. Et si les salaires sont réputés plus élevés dans la capitale, force est de constater que ce n’est pas le cas de nombre de jeunes, notamment ceux qui subissent la précarité du marché de l’emploi. Sans même parler des étudiants qui, heureusement, profitent tout de même de quelques réductions non négligeables. Reste alors le système D qui, outre les classiques puces/friperies/braderies, demande de garder oreilles et yeux ouverts. Ne serait-ce qu’en marchant dans la rue où, parfois, un fauteuil ou un canapé a été abandonné par son précédent acquéreur, et ne demande qu’a être recueilli dans un nouveau foyer… 

A la recherche du bon plan

« On pense au jour le jour, on ne se projette pas vraiment dans la vie. » Telle est la manière dont Julien, 29 ans, le "solidaire endurci" du documentaire "Ma vie à 2 balles", évoque son existence actuelle. Aujourd’hui au chômage, il travaillait cependant pour une association parisienne d’animation culturelle et artistique à l’époque où la vidéo a été tournée. Ne touchant que l’équivalent d’un Smic, et son loyer en colocation lui coûtant déjà la moitié de ses revenus, il se voyait déjà obligé de surveiller la moindre de ses dépenses. Il y explique la plupart de ses bons plans : des fins de mois à manger dans un foyer africain pour 1,80 euros le repas, aux friperies solidaires organisées par sa propre association, en passant par les quelques pièces ramassées lors de concerts de moins en moins amateurs… Un cadre de vie qu’il n’espère pas éternel, mais qu’il prend avec une certaine philosophie. A noter que le web-documentaire comprend également des interventions d’experts de la jeunesse au travail (la sociologue Cécile van de Velde), ou encore de la santé (Jean-François Corty, responsable des Missions France de Médecins du Monde) analysant les stratégies de contournement de ces jeunes. On y retrouve également une plateforme solidaire, le "Comptoir de la débrouille", où les internautes peuvent déposer leurs bons plans. 

Si tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, il semblerait qu’un petit débrouillard, même amateur, se soit caché en de très nombreux Parisiens, et notamment au moment où ils étaient étudiants. Tel est notamment le cas de Nicolas, 24 ans, tout juste diplômé d’un Master de psychologie. Ayant décidé de rempiler sur une année supplémentaire pour se spécialiser, il est actuellement à la recherche d'un emploi de psychologue à mi-temps pour financer cette dernière année d’étude, après avoir longtemps profité de son BAFA pour trouver aisément des jobs étudiants. Pour lui, qui a rapidement quitté le domicile parisien de ses parents dans un élan d’indépendance, la débrouille semble être un mode de vie pleinement assumé. Lui et son colocataire ne paient actuellement que 300 euros par mois à deux, pour une maison en banlieue ayant appartenu à son grand-père. Mais pour cela, il a dû la retaper lui-même. « Je bricole beaucoup, explique-t-il également. Mécanique, électronique… Je préfère cela plutôt que d’acheter du neuf. » Un atout pas toujours répandu chez les jeunes diplômés… Pour l’alimentation, il se rend au supermarché du coin, mais achète le plus souvent en fonction des « super-promo ». Si un potager a bien vu le jour dans son jardin, le temps venait à manquer pour s’en occuper… Il profite, comme beaucoup d’étudiants, de tarifs très bas pour le sport. Et les économies se nichent aussi dans les détails : il ne met, par exemple, pas un pied chez le coiffeur. « On se coupe les cheveux entre potes. » Et pour l’instant, pas de raté.

> "Ma vie à 2 balles", réalisé par Sophie Brändström. 

  1. 1.  Source Seloger.com
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