Olympe de Gouges, une héroïne

vendredi 1 juin 2012 | Dorothée Duchemin

Catel Muller et José-Louis Bocquet font revivre Olympe de Gouges dans un roman graphique paru en mars. Une œuvre très copieuse, romanesque et érudite, une plongée dans l’Histoire à travers la figure désormais incontournable d’Olympe de Gouges, humaniste, intellectuelle. Et libertine.

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droit. La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune. » Ainsi s’exprime Olympe de Gouges, en septembre 1791, dans la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Pour ces idées révolutionnaires - mais finalement pas tout à fait dans l’esprit de la Révolution française - elle est guillotinée le 3 novembre 1793, à 45 ans.

Olympe de Gouges, figure incontestable mais longtemps contestée de la Révolution française, est l’héroïne d’un roman graphique, paru aux éditions Casterman, de la dessinatrice Catel Muller et du scénariste José-Louis Bocquet. Ensemble, ils ont déjà raconté la vie de Kiki de Montparnasse. « Elle aussi a marqué son temps. Nous voulons travailler sur des femmes libres, et qui ont influencé l’histoire sans qu’on s’en rende compte », commente Catel Muller.

Olympe de Gouges, couverture

Olympe de Gouges, née Marie Gouze, est mariée contre son gré à 17 ans. Et violée par son mari. Celui-ci meurt un an après le mariage. Ensemble, ils ont un fils, qu’elle choisit d’élever seule, sans nourrice. Elle s’installe à Paris et préfère le libertinage au mariage. Rapidement, elle devient une habituée du cercle des intellectuels et penseurs parisiens. « Elle était assoiffée de culture, de rencontres, d’évolutions. Très vite, elle a pénétré dans ce milieu et s’est fait sa place dans les salons », raconte Catel. Elle est l’auteur de romans autobiographiques, pièces de théâtre, de nombreux textes politiques, dont la Déclaration des droits de la femme. Son dernier combat fut pour les droits des femmes, mais elle lutta toute sa vie contre les injustices, contre l’esclavage notamment, et pour l’égalité entre les Hommes.

Un destin tragique, un personnage romanesque

Une vie romanesque, un destin tragique, une femme morte pour ses idées, des idées profondément humanistes. Pourquoi donc Olympe de Gouges a-t-elle été oubliée par l’histoire ? « À cause de la misogynie ambiante. Olympe qui est allée jusqu’à la mort pour exprimer ces idées était déjà mal supportée de son temps. Juste après sa mort, elle a été totalement rejetée, notamment par l’historien Jules Michelet, qui la considérait comme une hystérique doublée d’une catin parce qu’elle était jolie et libertine. Et c’est ce qu’a retenu l’Histoire jusque dans les années 70 », explique Catel Muller.

Planche de l'ouvrage Olympe de Gouges

Elle et José-Louis Bocquet ont des mères féministes. Tous deux, adolescents, ont lu Ainsi soit-elle de la féministe Benoîte Groult, dédié à Olympe de Gouge et qui a d’ailleurs republié des fragments de son œuvre avec d’autres féministes.
Catel et Bocquet ont également été convaincus de l’importance du personnage et de son exceptionnel potentiel romanesque. «  Olympe de Gouges pourrait être la mère de toutes les femmes libres aujourd’hui. » Alors, après Kiki de Montparnasse, ils se sont plongés dans la Révolution française, pour réaliser cet ouvrage colossal.

Comment ont-ils travaillé ? « Paris est un village au XVIIIe, les intellectuels se croisent tous à Palais-Royal, la place centrale de Paris », raconte Catel. Jean-Jacques Rousseau, Louis-Sébastien Mercier, Benjamin Franklin, Condorcet, Mirabeau… Elle les croise tous. José-Louis Bocquet a épluché toutes les biographies et écrits de ces personnages, a recoupé, croisé les informations et événements avec les écrits d’Olympe de Gouges. « Il a ensuite réalisé un travail de dentellière pour monter tout ça en dialogue mais tout est absolument vrai. La partie romanesque est la manière dont on a mis les événements en scène. »

Catel Muller | © Isabelle Franciosa

Quant au travail d’illustration, il nous emmène sur la place centrale de Montauban avant de nous faire voyager, avec Olympe, vers Paris. Là, c’est une plongée dans le Paris du XVIIIe siècle. « J’ai ouvert tous les bouquins que j’ai pu trouver, sur l’architecture, les costumes, les livres anciens. Et bien sûr, j’ai fait beaucoup de repérages, je me suis rendue sur les lieux pour me rendre compte de son cheminement. Je suis allée à Montauban, à Paris, j’ai emprunté les routes qu’elle prenait pour se rendre du Louvre à Palais-Royal. J’ai fait énormément de dessins, de photos pour reconstituer l’ensemble. »

Planche de l'ouvrage Olympe de Gouges

La figure d’Olympe de Gouges, après des années d’errance, met aujourd’hui tout le monde d’accord. « Elle avait des fulgurances, des maladresses aussi et des intuitions 200 ans en avance ! Son discours est encore aujourd’hui d’actualité. Il faut réhabiliter Olympe ! » L’œuvre de Catel et Bocquet y participe superbement. Instructif, passionnant, leur Olympe de Gouges rend un bel hommage à cette héroïne moderne.

> Olympe de Gouges, Catel et Boquet, éditions Casterman, mars 2012.
 

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