Un objet à Paris : le kiosque à journaux

jeudi 1 août 2013 | Dorothée Duchemin

On poursuit notre exploration du mobilier urbain parisien avec l'emblématique kiosque à journaux. Un symbole du commerce de proximité aujourd'hui menacé. 

Haussmann, le satané baron, est décidément souvent à l’origine du mobilier urbain emblématique de Paris. La capitale s’embellit, s’embourgeoise, s’illumine, hors de question de conserver ces baraquements sordides et vétustes qui ruinent les efforts du baron pour tout nettoyer. C’est en 1857 que le premier édicule de presse est aperçu dans Paris, sur les Grands Boulevards. Le petit pavillon fait immédiatement fureur. Il éclaire la ville à la nuit tombée et l’anime au petit matin. D’abord privés, les kiosques deviennent concession de la ville de Paris dès 1874. Ils portent déjà fièrement leur dôme surplombé d’une flèche. Très vite, la guérite octogonale prend Paris pour atteindre le chiffre de 340 dans les années 1880. Les grandes villes comme Marseille et Lyon s’en inspirent pour tisser leur propre réseau.

Les kiosques deviennent rapidement un point de ralliement où on converse, on discute, on s’énerve autour des nouvelles du jour. Durant l’âge d’or, 399 kiosques émaillaient l’espace parisien. Le kiosque, c’est le commerce de proximité, la vie de quartier, l’animation dans les rues. Dès pontro-minet, ils réveillent la capitale. Aujourd’hui le kiosquier le plus tôt sur le pont se trouve dans le quartier du Faubourg Saint-Honoré. Il ouvre à 4h30. Tandis que les couche-tard ferment à 2h passées. Le Parisien aime son kiosque. Pourtant le début des années 2000 fut une sale période pour le kiosquier. Il n’est d’ailleurs toujours pas tiré d’affaire.

Les kiosques menacés par la crise de la presse

En 2005, c’est l’année noire pour les kiosques parisiens. On n’en compte plus que 266 sur les 400 emplacements disponibles sur le sol. Paris se démène pour sauver ses édicules de presse et en confie la gestion et le développement à Mediakiosk, ancienne de Presstalis (ancienne NMPP, Nouvelles messageries de la presse parisienne, jusqu’en 2009). Si la société en possède encore une petite partie, MédiaKiosk est aujourd’hui détenue par JCDecaux et des éditeurs de presse - le Figaro, le Monde et Express/Roularta. La mission : endiguer l’hémorragie et redonner le sourire à la centaine de kiosquiers qui ne gagnent pas plus de 1 000 euros par mois, malgré des journées de bagnards. Notez au passage que JCDecaux est aujourd’hui aussi incontournable en matière de mobilier urbain que le baron Haussmann l’était à son époque.

Années noires, moral au plus bas, on en oublie même de fêter les 150 ans du kiosque en 2007. Ce n’est que partie remise, puisque les 150 ans de nos kiosques ont eu lieu cette année dans le cadre de l’événement "Paris aime ses kiosques". Depuis 2005, ça va un peu mieux. On compte 340 kiosques, le même chiffre qu’à la fin des années 1880. Les comptes des kiosquiers sont en effet plus gais depuis la baisse puis l’annulation pure et simple de la redevance versée auparavant à la ville de Paris.  En 2011, la mairie a aussi autorisé ces vendeurs de presse à diversifier leurs produits : titres de transports, confiseries, souvenirs de Paris… C’est ok tant que la presse occupe les deux tiers de la linéarité disponible. Dernier coup de pouce, voté en mars, une subvention de 200 000 euros pour compenser les pertes de revenus. 

Les éditeurs aussi dorment mal puisque les kiosques représentent un tiers des points de vente sur Paris. La presse généraliste y fait près de 32% de son chiffre d’affaires et la presse quotidienne nationale, 42%. C’est dire si l’enjeu est de taille. Grève du distributeur majoritaire Presstalis, grève des imprimeurs, les journaux chers que les clients d’autrefois ne peuvent plus acheter, concurrence des gratuits. Les raisons de la débandade sont nombreuses, ça s’appelle la crise. N’empêche, d’ici 2015 on espère quand même atteindre 376 kiosques à journaux à Paris. Le kiosque est toujours une figure emblématique de Paris et de son mobilier urbain. On a bien vu apparaître des guérites modernes mais le petit pavillon octogonal reste le chouchou des Parisiens qui aiment leur kiosque autant que leur kiosquier. Pas sûr que ça suffise, mais c’est déjà ça.

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