Ne vous fiez pas au titre

jeudi 26 avr. 2012 | Fabien Randanne

Attention, leurs intitulés sont de faux amis : il n’y a pas de dinosaure dans Tyrannosaur et Les Vieux Chats n’est pas vraiment un film animalier. Pourtant, vous pouvez acheter votre ticket sans crainte : les deux sont réussis.

Tyrannosaur

Tyrannosaur de Paddy Considine | Photo DR

Malgré le titre, il n’y a aucune trace de dinosaure dans Tyrannosaur. S’il y est bien fait référence au Jurassic Park de Spielberg, le premier long métrage de l’acteur Paddy Considine s’inscrit plutôt dans la tradition du cinéma social britannique, quelque part entre Ken Loach et Mike Leigh. On découvre ainsi le quotidien de l’irascible Joseph, qui a sombré dans l’alcool à la mort de sa femme, homme empli d’aigreur et aux accès de violence soudains.

Ce n’est pas très joyeux et cela ne le devient pas davantage lorsque sa route croise celle d’Hannah. Celle-ci vit dans un quartier aisé de Glasgow, fait du bénévolat dans un magasin de seconde main et se montre toujours prompte à prier avec ferveur pour son prochain. Elle réussit parfaitement à ne rien laisser paraître, pourtant, derrière cette façade sans aspérités, elle cache une vie privée des plus douloureuses.

Tyrannosaur de Paddy Considine | Photo DR

Tyrannosaur est sans cesse sûr le fil. Avec les thématiques casse-gueule qu’il aborde, il pourrait aisément trébucher dans la complaisance doloriste ou le mélo déplacé. Mais, parce qu’il se concentre sur l’humanité de ces deux personnages, sur leurs failles, leurs travers, sur ce qui les rend attachant ou antipathiques, Considine trouve le bon équilibre. Il doit beaucoup à ses deux interprètes principaux : Peter Mullan, parfois à deux doigts d’en faire trop cependant, et, surtout, Olivia Colman, bouleversante dans une composition criante de vérité. Eddie Marsan, habitué aux seconds rôles (l’inspecteur Lestrade des Sherlock Holmes de Guy Ritchie ; le moniteur d’auto-école du Be happy de Mike Leigh…) est lui aussi impeccable dans la peau du mari d’Hannah.

Tyrannosaur a de quoi prendre à la gorge et le visionnage est d’autant plus inconfortable que l’espoir a bien du mal à s’immiscer sur l’écran. Un film coup de poing, coup de masse, coup de boule. Inoubliable à tous les coups.

Les Vieux Chats

Les Vieux Chats de Sebastián Silva et Pedro Peirano | Photo DR

Malgré le titre, Les Vieux Chats, ne raconte pas l’histoire de matous du quatrième-âge. On y voit effectivement des minets déambuler en miaulant entre la cuisine et le salon, mais ici ils sont surtout spectateurs. Sebastián Silva et Pedro Peirano ont écrit le film pour Belgica Castro – cette comédienne de théâtre très connue au Chili avait 92 ans au moment du tournage – et sont allés jusqu’à poser leurs caméras dans son appartement. L’acteur qui joue son compagnon dans le film est aussi son mari à la ville. Et les chats sont les siens. Ceci-dit, le film est bien une fiction et non un documentaire. Pourtant, au cours des dix premières minutes, on redoute d’être face à un de ces longs métrages qui ne racontent rien d’autre que la banalité du quotidien avec les discussions anecdotiques d’un couple de nonagénaires et leurs petites habitudes qui rythment le lent écoulement des heures.

Les Vieux Chats de Sebastián Silva et Pedro Peirano| Photo DR

L’entrée en matière ronronne mais ce n’est que pour mieux faire ressentir le contraste qui s’installe lorsque Rosario, la fille d’Isadora, débarque, de la cocaïne plein les narines, fermement décidée à récupérer l’appartement de maman. Hugo – Beatriz, selon l’état-civil – la petite amie de Rosario arrive à son tour, loin d’apaiser l’hystérie ambiante.

Les Vieux Chats est un film très drôle, notamment dans les fielleux échanges mère/filles. Le rire se teinte parfois de jaune et l’humour de noir. Mais les sourires disparaissent lorsque la rancœur s’exprime trop violemment ou lorsque la mémoire d’Isadora vacille. Le scénario n’est pas tendre avec la fille, mais il n’épargne pas la mère. Le cynisme semble l’emporter et les tout derniers plan et réplique ont quelque chose de terriblement déchirant. « La vieillesse est un naufrage », a écrit Chateaubriand. Les Vieux Chats, film sur la vieillesse, est donc une parfaite alternative à Titanic. En 2D.

> Tyrannosaur, de Paddy Considine, Grande-Bretagne, 2011 (1h31)
> Les Vieux Chats, de Sebastián Silva et Pedro Peirano, Chili, 2010 (1h29)
 

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook

Articles du mois