Le musée d’Orsay fait appel au crowdfunding pour restaurer une œuvre de Courbet

mercredi 17 déc. 2014 | Dorothée Duchemin

Depuis le début du mois d’octobre, le public a la possibilité de contribuer à la restauration de l’œuvre monumentale de Gustave Courbet, l’Atelier du peintre. Il s’agit du premier projet de ce type lancé par le musée d’Orsay, via la plateforme de financement participatif Ulule. Un mode de financement auquel les institutions culturelles ont de plus en plus souvent recours.

Déjà 121 110 euros collectés sur les 30 000 euros d'abord attendus. L’appel à contribution lancé par le musée d’Orsay pour la restauration du chef-d’œuvre de Gustave Courbet l’Atelier du peintre est un succès. Débutée le 1er octobre dernier sur la plateforme de financement participatif Ulule, la campagne a déjà attiré 1 233 contributeurs. « C’est encore à vérifier mais il me semble que c’est aujourd’hui l’opération de mécénat culturel en France la plus importante sur une plateforme de financement participatif », se réjouit Guillaume Maréchal, responsable mécénat au musée d’Orsay. 

Si la méthode est aujourd'hui 2.0, l’œuvre de Gustave Courbet avait déjà, en 1920, fait l’objet d’une souscription nationale, lancée par Gustave Eiffel notamment. L’Atelier du peintre était alors tombé dans l’escarcelle du musée du Louvre.

L’Atelier du peintre, c’est 31 personnages, une œuvre plusieurs fois modifiée par l’artiste et controversée par ses contemporains. Outre les divers degrés d’interprétation, cette œuvre monumentale, terminée en 1855, est également remarquable pour ses dimensions colossales : 3,61 mètres de hauteur et 5,98 de largeur. « 22 m2, la taille d’un studio à Paris ». Depuis plusieurs années déjà, cette huile sur toile avait bien besoin d’un coup de jeune. Mais, à cause de ses mensurations exceptionnelles, « chaque année, on décaleait le projet. On ne sait pas comment attaquer un projet d’une telle envergure. » 

Des mécènes plus jeunes 

Une œuvre exceptionnelle, controversée, réalisée par un artiste qui encore aujourd’hui jouit d'une réputation sulfureuse, une restauration très coûteuse, les ingrédients étaient là pour que le musée d’Orsay lance sa première souscription populaire sur une plateforme de financement participatif. Le chantier est estimé à 600 000 euros. « Un quart est pris en charge par les entreprises, le musée d’Orsay est engagé à hauteur de 50% ». Manque donc 150 000 euros à l’appel. Si l’objectif affiché sur Ulule est de 30 000 euros, le musée espère bien réunir auprès du public ces fameux 150 000 euros. « Si on les atteint, ils seront entièrement dédiés à la restauration. Et si on dépasse cette somme, le musée d’Orsay prendra moins sur son budget et financera un autre projet. »

Loin des souscriptions nationales traditionnelles, la campagne lancée sur Ulule touche un public jeune, connecté, qui n’a pas peur de voir son compte vidé après un paiement sur Internet. En se propageant sur la toile, elle permet d'atteindre des certes donateurs moins nantis que ceux aux cheveux blancs, que le milieu de l’art connaît bien, mais plus nombreux. Et les sommes versées ne sont pas les mêmes : sur Ulule, ces nouveaux mécènes peuvent contribuer à partir de 5 euros.

Une fois le problème du financement réglé, il fallait encore rester pragmatique. Comment restaurer une toile si fragile, si grande sans risquer encore d’aggraver son état ? « D’habitude, les œuvres sont restaurées au centre de recherche et de restauration des musées de France. Mais avec un tel format, une telle fragilité, c’était compliqué d’envoyer l’œuvre dans un atelier de restauration. En plus, c’est plusieurs années d’attente pour un tel format. » Alors une enceinte de verre a été réalisée pour accueillir l’Atelier du peintre, le temps de la restauration. Les experts, à l’abri dans leur bulle, travaillent, au rez-de-chaussée du pavillon Amont, sous le regard curieux des visiteurs. La restauration durera plusieurs mois et se poursuivra en 2015. Là encore, c’est une première. 

Le crowdfunding bientôt indispensable aux institutions culturelles ?

Si cette source financière est indispensable, Guillaume Maréchal souligne l’importance de mobiliser et sensibiliser une communauté autour de l’œuvre. « Transmettre, sauvegarder, grâce à ce type de mobilisation on retrouve aussi la fonction première du musée ». Et en ces temps de vaches maigres, le chargé de mécénat estime que le crowdfunding est un moyen, en plus, pour les musées, de conserver les œuvres. « Oui, l’appel au public va se démocratiser, mais il s’agit plutôt d’une diversification des financements, et non pas dans d’un remplacement des crédits de l’Etat. » 

En effet, le crowdfunding est en train de s'imposer auprès des institutions culturelles. Chef de fil du mouvement en France, le musée du Louvre lançait dès 2010 sur son site une campagne de crowdfunding pour financer l'acquisition des Trois Grâces. L'année dernière, c'est le Panthéon qui faisait appel à la générosité du public sur My Major Company pour financer sa restauration. Et cette année, la fondation VMF relançait sur Ulule son projet "Fous de patrimoine". Aux Etats-Unis où le crowdfunding est beaucoup plus developpé qu'en France, le musée de la science-fiction a pu voir le jour grâce à lui à Washington. Le financement participatif n'est plus réservé à des projets d'artistes sans le sou, même les plus grandes institutions ont besoin de lui. 

 
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