"Le musée des merveilles", charmant exercice de style

mercredi 15 nov. 2017 | Marco Pierrard

Intéressant

Dans les années 70, Ben, 12 ans, se rend à New York sur les traces de son père qu'il n'a jamais connu. Cinquante ans auparavant, Rose, une jeune fille sourde, s'était rendue dans la même ville pour rencontrer son actrice préférée. Les parcours des deux enfants vont étonnamment se rejoindre à travers les décennies. Plaisant, Le musée des merveilles est un exercice de style réussi à défaut d'être un film inoubliable.

Dans les années 70, Ben (Oakes Fegley), un garçon de 12 ans, décide de s'enfuir pour retrouver son père qu'il n'a jamais connu. Il se rend à New York où — selon l'indice trouvé dans les affaires de sa mère (Michelle Williams) — son père doit se trouver. Récemment frappé par la foudre, le jeune garçon a perdu une partie de son audition et ne connaît pas le langage des signes ce qui rend son périple compliqué. Heureusement, il rencontre Jamie (Jaden Michael) lors de son arrivée dans la grande ville. Son nouvel ami l'emmène alors au Muséum d'Histoire Naturelle, un lieu qui le rapproche de son père.
Vers la fin des années 20, Rose (Millicent Simmonds) est une jeune fille réservée née sourde qui n'a jamais appris le langage des signes et ne sait pas parler. Timide, elle est passionnée par la carrière de l'actrice Lillian Mayhew (Julianne Moore). Lorsqu'elle apprend que sa star préférée va se produire prochainement sur scène, Rose décide de se rendre à New York où vit son frère qui travaille au Muséum d'Histoire Naturelle.
Le musée des merveilles suit en parallèle ces deux quêtes enfantines qui se retrouvent liées malgré le demi-siècle qui les sépare.

Le musée des merveilles © 2017 Amazon Studios All Rights Reserved

Deux enfances, même silence

Adapté du roman de Brian Selznick — dont le livre Hugo Cabret avait inspiré Martin Scorsese en 2011 —, Le musée des merveilles relate deux histoires se déroulant à cinquante ans d'intervalle en adoptant deux styles très différents. Pour l'histoire de Rose, Todd Haynes opte pour un noir et blanc sobre et une ambiance musicale qui colle à l'époque alors que les séquences concernant Ben sont filmées en couleur avec un montage plus énergique. L'histoire de Selznick est le véhicule parfait pour cet exercice de style cinématographique auquel se livre avec talent le réalisateur de Velvet Goldmine (1998) et I'm Not There (2007). Malgré la différence formelle et évidemment la période dans laquelle chacune se déroule, les deux histoires sont liées par une thématique commune, celle de la surdité. Alors que Rose est née sourde, Ben l'est devenu depuis peu suite à un accident. Si chacun possède sa propre façon de gérer ce handicap, les deux enfants sont liés à travers les décennies par cet isolement qui vient perturber leur voyage. Le cinéaste aborde de façon très intéressante cette thématique du silence qui fait le lien entre ces deux histoires, au-delà de l'opposition entre pellicule en noir et blanc et en couleur. Avant même de découvrir ce qui les lie, Ben et Rose partagent cette absence de son qui est omniprésente dans le film, rapprochant celui-ci fréquemment du cinéma muet et créant une certaine homogénéité malgré les allers-retours entre les deux périodes.

Le musée des merveilles © 2017 Amazon Studios All Rights Reserved

Long chemin

Au-delà du plaisir de cinéphile à voir s'entrecroiser les séquences — et les différences de traitement — des histoires de Ben et Rose, Le musée des merveilles joue sur la fibre de l'enquête : les deux enfants ayant une quête bien particulière. Au fil des évènements, Ben et Rose vont se rapprocher de leurs buts mais leurs histoires vont surtout se croiser dans un dénouement qu'ils n'auraient pas imaginé. En alternant les séquences qui se déroulent en parallèle, cette chasse aux trésors peut finir par sembler un peu longue. Le risque étant qu'avec les indices qui s'accumulent au fur et à mesure le spectateur rassemble les pièces du puzzle temporel avant les protagonistes et que l'effet de surprise final s'estompe. Malgré son traitement cinématographique original des deux histoires, ce voyage à travers le temps à hauteur d'enfant manque malheureusement un peu de souffle dans la dernière ligne droite. Parfaitement exécuté, l'exercice de style souffre d'un manque d'aspérité pour susciter une véritable émotion. S'il ne possède pas la grâce de Carol (2015), le nouveau film de Todd Haynes reste toutefois un moment plaisant.

Jeu de pistes familial à travers les destinées de deux enfants à un demi-siècle d'intervalle, Le musée des merveilles séduit par son habileté à entremêler les quêtes de ses deux jeunes héros. Pris à son propre piège, ce film parfaitement maîtrisé l'est un peut-être un peu trop pour surprendre lors de la révélation finale.

> Le musée des merveilles (Wonderstruck), réalisé par Todd Haynes, Etats-Unis, 2017 (1h56)

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