Le M.U.R. se propage

mercredi 1 août 2012 | Dorothée Duchemin

Le M.U.R, c’est un lieu d’exposition à ciel ouvert, rue Oberkampf à Paris. À la place d’une affiche publicitaire, les artistes de Street Art s’y succèdent pour montrer leur travail. Et embellir la ville. Lancée en 2007, l’association du même nom œuvre pour la promotion de l’art urbain et réalise un joli coup cet été. Elle parraine trois nouveaux Murs. Rien que ça ! 

Bonom inaugure le MUR XIII | Photo DR

« Le M.U.R, on veut l’exporter dans le monde entier ! », sourit Bob Jeudy, président de l’association M.U.R, modulable urbain réactif. Créé officiellement en 2007, le M.U.R. permet à des artistes venus du Street Art d’exposer une œuvre originale, sur un ancien emplacement publicitaire laissé à disposition par la ville de Paris. Un magnifique lieu d’expression de 3 mètres sur 8. Des œuvres éphémères, puisqu’un artiste succède à un autre sur ce M.U.R désormais célèbre de Paris, rue Oberkampf, dans le XIe arrondissement. Depuis 2007, ceux qui ont fait le M.U.R, son président BOB Jeudy, ou Jean Faucheur, son initiateur, y pensent : ériger d’autres murs dédiés au Street Art et à ses artistes. Ailleurs.

Mission accomplie !

En juin dernier, à Arromanches en Normandie, a été inauguré, les pieds dans le sable, un Mur d’expression. Speedy Graphito, YZ, Rero, Chanoir et Artiste Ouvrier s'y dévoileront à partir du 4 août. Ce ne sont pas des débutants qui exposent sur ce jeune Mur. Loin des klaxons et de l’agitation de la rue Oberkampf, ce Mur normand embrasse les grands espaces et se dresse face à la Manche, dans le cadre du festival de la pluie. Quel rôle a joué son grand frère de la capitale dans sa création ? « Le M.U.R est en fait le parrain de ces initiatives, explique Bob Jeudy. J’accompagne, je fournis un kit avec les statuts, les contrats… Ils ont le nécessaire pour fonctionner. Je suis représentant du M.U.R et le conseiller artistique des nouveaux projets. À Arromanches, je propose les artistes. J’ai un fichier avec plus de 1.000 noms, on a un excellent réseau ! »

Chanoir au Mur d'Arromanches | Photo DR

Mardi 4 juillet, retour à Paris, sur le quai de la gare dans le XIII arrondissement. Inauguration du Mur XIII au pied de la bibliothèque François Mitterrand avec l’artiste belge Bonom. « La Mairie du XIIIe est très impliquée dans la promotion de la culture et notamment de l'art urbain. Ce projet s'inscrivait complètement dans la dynamique de la municipalité, cette dernière nous a apporté un soutien précieux », explique le président du Mur XIII Loïc Carpentier. Et de trois ! Voici un nouveau Mur qui s’érige dans le sillage du M.U.R.

Bonom inaugure le MUR XIII | Photo DR

« Nous avons toujours été prêts à parrainer les murs. Quand Loïc Carpentier nous a dit qu’il voulait nous aider, je me suis dit que c’était encore mieux qu’il monte un Mur. » Des Murs qui poussent ça et là avec le concours des municipalités qui s’appliquaient avant à poursuivre ces vandales de grapheurs qui abimaient le paysage : les esprits évoluent, à n’en pas douer. D’autant plus que chaque artiste qui expose sur le Mur à Oberkampf ou sur celui du Quai de la gare dans le XIIIe est rémunéré, sur les seules subventions de la mairie de Paris.

Les artistes veulent montrer leur travail

Né dans l’illégalité, le Street Art tend à "s’institutionnaliser". Actuellement en plein boum, il touche un public de plus en plus large et attire une nouvelle génération d’artistes. Pour Bob Jeudy, « il y a un besoin réel des artistes de ne pas être toujours dans la peur d’être attrapés, condamnés. Ils ont envie de pouvoir montrer leur art. La nouvelle génération, n’est pas celle des années 80, on ne veut plus de l’angoisse de la police. »
Alors oui, l’excitation de l’interdit, l’adrénaline qui monte au passage d’une patrouille, tout ça a disparu. Mais à la place, les artistes ont le temps de travailler. Dans des conditions exceptionnelles.

Rero au Mur d'Arromanches | Photo DR

« Ce M.U.R. offre une alternative intéressante entre la réalisation illégale de murs et l'entrée en galerie où les artistes urbains doivent souvent s'adapter à certains codes ou contraintes. Ici le support est proche d'un mur lambda, il est situé en plein air à la vue de tous », commente Loïc Carpentier.
Avec ces espaces autorisés, en plein cœur de la ville, les artistes ont l’opportunité de montrer à tous, l’œuvre aboutie qu’ils voulaient réaliser. Pour son oeuvre monumentale, l'artiste Ever aura ainsi passé trois jours sur le trottoir de la rue Oberkampf, en toute légalité. Après ces trois jours, place à deux semaines d’exposition et une visibilité hors du commun. « On leur offre une visibilité plus conventionnelle, qui touchera un public plus vaste et moins averti, que celui qui pourrait suivre leur travail dans la rue. »

En septembre se tiendra l'inauguration du MUR Marseille.

En ce positionnant en tant que mécène du Street Art, la ville tient son rôle. Elle s’embellit, promeut l’art, et l’offre aux habitants. Les Murs changent et les artistes avec. Toutes les deux semaines pour celui d’Oberkampf. Le passage de relai, c’est à chaque fois une dynamique et un renouveau pour le quartier. Une œuvre dans la rue qui aura toujours meilleure réputation qu’une réclame criarde.

Le Street Art a le vent en poupe, les villes le sentent bien. Le 21 septembre prochain, c’est Marseille qui inaugure le Mur du sud. Quant à Bob Jeudy, il parle déjà d’un troisième mur parisien.

> Le M.U.R à Arromanches, par l'association Grand EcArt.
> Le M.U.R XIII, Quai de la gare en face de la Dame de Canton, présidé par Loïc Carpentier.
> Le M.U.R. à Marseille, par l'association Juxtapoz, Cours Julien.

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