"Monuments Men", d(h)ommage collatéral

mercredi 12 mars 2014 | Marco Pierrard

Moyen

Loin de l'hommage qu’il devait avoir en tête, George Clooney signe un film brouillon qui peine à accrocher le spectateur malgré une histoire vraie passionnante et un casting 5 étoiles.

Le 23 juin 1943 le président Franklin D. Roosevelt approuve la création de la Commission américaine pour la protection et le sauvetage des monuments artistiques et historiques en zones de guerre. La section « Monuments, Beaux-arts et Archives » de cette commission regroupe, entre 1943 et 1951, environ 350 hommes et femmes originaires de 13 pays et en lien avec le monde culturel. Ils sont directeurs de musées, conservateurs, restaurateurs, historiens d’art, artistes, architectes, universitaires ou encore enseignants. C’est l’histoire de sept de ces "Monuments Men" que George Clooney porte à l’écran.

Entre 1945 et 1951, ces "Hommes des monuments" vont rechercher, localiser et finalement rendre à leurs propriétaires 5 millions d’œuvres volées par les nazis. C’est à cette plus grande chasse au trésor du XXème siècle que le spectateur est convié en suivant Frank Stokes (personnage inspiré par George Stout et incarné à l’écran par George Clooney) et son équipe en France, en Allemagne et en Autriche. Ces spécialistes de l'art doivent convaincre les militaires de l'importance de leur mission et leur signaler les monuments culturels à épargner pendant les combats. Leur objectif est également de récupérer les biens dérobés, une course contre la montre s'engage alors contre des nazis qui détruisent ce trésor de guerre dans leur fuite et l’armée russe qui souhaite s’emparer de ces œuvres comme dédommagement.

Confus

De cette histoire captivante, George Clooney, et son coscénariste Grant Heslov qui a pourtant officié avec lui sur l’excellent Good Night, and Good Luck (2005), proposent un film qui manque de fond et de cohésion. Très vite, nos sept "Monuments Men" arrivent en Europe et se séparent pour poursuivre leur mission en petits groupes, en laissant malheureusement le spectateur au bord de la route. Les acteurs, pourtant tous excellents, peinent à faire vivre leur personnage et se débattent avec les maigres répliques que le scenario a bien voulu leur attribuer. Il est difficile de s’attacher à ces hommes qui manquent cruellement de fond, et quand une scène émeut on le doit plus à la performance de l’acteur qu’à l’empathie qui devrait naturellement se dégager du personnage. Les scènes ont du mal à former un tout cohérent, d’autant plus que certaines touches de comédie, ajoutées pour étoffer le scénario, tombent à plat.

(Mal) inspiré d’une histoire vraie

Si George Clooney assure qu’une très grande majorité des scènes sont basées sur des faits réels, des éléments non négligeables diffèrent cependant de la véritable histoire des "Monuments Men". Pour appuyer le thème principal du film, le fait que l’on puisse donner sa vie pour une œuvre d’art, les scénaristes ont inventé le personnage totalement fictif de Jean-Claude Clermont (Jean Dujardin), un marchand d’art français recruté par l’armée américaine. Ils ont également modifié les circonstances du destin tragique d’un vrai "Monument Man", Ronald Edmund Balfour (Hugh Bonneville dans le film), pour le rendre plus spectaculaire et en phase avec leur propos. Ces petits arrangements avec la réalité (certes habituels lors d’une adaptation au cinéma) sont d’autant plus décevants qu’ils affaiblissent une réflexion qui reste superficielle.

George Clooney, sachant qu’il ne peut focaliser son film que sur les œuvres d'art spoliées, parsème son film de références à l’horreur de l’extermination des camps de concentration. Malheureusement cette idée de l’art comme un héritage pour faire exister "une génération décimée", présente dans la bande annonce du film, n’est pas vraiment exploitée au final. Une explication peut être trouvée dans cette déclaration du réalisateur qui voulait "vraiment faire quelque chose de léger, de joyeux et qui suscite de l’espoir chez le public". Ce parti pris, risqué lorsque l’on traite de la Seconde Guerre mondiale, aboutit à un film bancal qui peine à faire ressortir une réflexion intéressante sur l’art, son importance pour un peuple et le prix à payer pour le sauvegarder.

Sans être totalement raté, Monuments Men est frustrant. Film à moitié vide, il provoque une déception équivalente à l’attente qu’il suscite et ne vaut que pour l’histoire à laquelle il souhaite rendre hommage. Devant leur scenario George Clooney et Grant Heslov auraient du se demander « What else ? », il y avait mieux à faire pour traiter ce sujet, toujours d'actualité.

Monuments Men (The Monuments Men), réalisé par George Clooney, Etats-Unis / Allemagne, 2014 (1h58)

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