"Le monde de Nathan", la difficile équation des sentiments

mardi 9 juin 2015 | Marco Pierrard

Intéressant

Nathan est un adolescent autiste et surdoué en maths qui a bien du mal à établir des liens affectifs avec les autres, y compris avec sa mère. En tentant de se qualifier pour les Olympiades internationales de mathématiques, le jeune prodige va vivre une expérience inédite qui pourrait bien l’aider à sortir de sa coquille. Une plongée dans l’univers de l’autisme attachante, malgré une tendance à un peu trop charger la barque du pathos.

Nathan Ellis (Asa Butterfield) est un jeune anglais souffrant de troubles autistiques depuis sa naissance, une condition qui le rend capable d’une concentration et d’une compréhension de l’univers des maths hors du commun. Brillant dans le domaine du calcul, l’adolescent est par ailleurs totalement asocial. S’il s’entendait bien avec son père, tué dans un accident de voiture alors qu’il était encore enfant, Nathan rejette désormais toute manifestation d’affection, même venant de sa mère Julie (Sally Hawkins). Son seul réel contact avec le monde extérieur est M. Humphreys (Rafe Spall), un professeur anticonformiste qui a également été un jeune mathématicien plein d’avenir, avant de voir ses ambitions stoppées par la sclérose en plaques. Entrainé par son mentor, Nathan projette de rejoindre l’équipe qui défendra les couleurs du Royaume-Uni lors des Olympiades internationales de mathématiques. Un périple sous forme de voyage initiatique qui le mènera de la banlieue anglaise à Taipei, capitale de Taïwan : une bonne occasion de sortir de sa bulle et de tenter de se connecter aux autres, en particulier à Zhang Mei (Jo Yang), ravissante surdouée de l’équipe chinoise.

Le monde de Nathan  © Origin Pictures – Minnow Films

Au cœur de l’autisme

Pour sa première fiction, le réalisateur Morgan Matthews n’a pas choisi d’aborder le thème de l’autisme au hasard. Le scénario du monde de Nathan est en effet une fiction tirée de son documentaire Beautiful Young Minds (2007), qui suit l’équipe britannique aux Olympiades internationales de mathématiques de 2006 en Slovénie. L’œuvre se veut très près de la réalité : l’ambiance de cette compétition mondiale, qui cette fois-ci se déroule à Taiwan, a été minutieusement reconstituée.

La mécanique de l’autisme, cette capacité à une concentration extrême permettant des résultats exceptionnels dans certaines matières mais excluant du monde des émotions et du ressenti, est habilement traitée. Le film offre quelques scènes clés fortes, décrivant bien l’incapacité de Nathan à interagir avec le monde extérieur et la détresse de sa mère interprétée par Sally Hawkins, bouleversante. La participation à la compétition va également permettre à l’adolescent de se confronter à d’autres prodiges, certains également autistes, et le faire évoluer vis-à-vis de sa condition. Si, dans l’ensemble, ce sujet captivant est évoqué avec sensibilité et sérieux, il est amusant de constater que le passage du documentaire à la fiction a entraîné quelques arrangements avec l’histoire d’origine. Par exemple, dans Le monde de Nathan, l’adolescent est quasiment mutique. En revanche, dans le documentaire, Jos et Daniel, les deux autistes auxquels Nathan emprunte des traits de caractère, parlent normalement, voire beaucoup. Le scénariste a préféré coller au cliché qui prévaut dans l’imaginaire collectif de l’autiste, totalement renfermé sur lui-même, y compris au niveau du langage. Ce choix n’enlève rien à la prestation impeccable d’Asa Butterfield mais c’est l’un des symptômes d’un scénario qui a tendance à aller vers la simplicité et l’émotion facile.

Le monde de Nathan  © Origin Pictures – Minnow Films

Le plein de pathos

Le parcours de Nathan, extraterrestre dans un monde de sentiments qui lui échappe, est heureusement parsemé de moments cocasses qui viennent contrebalancer un fonds de mélo trop enclin à charger la barque lacrymale. Le jeune génie des maths souffre d’autisme, ce qui n’est déjà pas évident à vivre, et a dû faire face à la mort de son père. Il retrouve une figure paternelle en M. Humphreys mais celui-ci, atteint de sclérose en plaques, compte sur l’alcool et le cannabis pour soulager ses douleurs. Des ajouts scénaristiques par rapport au documentaire qui risquent d’assurer une belle progression du chiffre d’affaires de Kleenex pour cette année.

Au final, le thème de l’autisme est un peu noyé dans cette soupe de pathos exacerbé. L’accumulation de ces tragédies individuelles vient brouiller un propos qui se perd un peu à vouloir traiter dans le même élan des thématiques très différentes : l’autisme, l’addiction due à une maladie, le deuil d’un parent, un premier amour… Chargé en émotions, à la limite de l’overdose, Le monde de Nathan aurait certainement gagné à se recentrer sur son personnage principal et explorer plus en profondeur sa condition. Les scènes les plus percutantes du film, plus subtiles, arrivent d’ailleurs à émouvoir sans tirer sur les grosses ficelles du deuil et de la maladie.

À force de se complaire dans le mélo facile, Le monde de Nathan perd malheureusement une partie de son charme. Malgré cette tendance à vouloir en faire trop, le périple jusqu’à Taiwan mérite tout de même d’être vécu, pour le regard singulier et bienveillant porté ici sur l’autisme.

Le monde de Nathan (X+Y), réalisé par Morgan Matthews, Royaume-Uni, 2014 (1h51)

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