"Mommy", l’amour maternel… à la folie

mardi 7 oct. 2014 | Marco Pierrard

 Excellent

Cinq ans après J’ai tué ma mère, Xavier Dolan revient à son thème de prédilection avec le combat d’une mère pour assurer l’avenir de son fils atteint de troubles comportementaux. Un film (très) fort en émotions, aussi brutal que lumineux, qui porte le cinéma du jeune réalisateur vers de nouveaux sommets.

Après plusieurs années passées dans des centres spécialisés, sans aucun résultat, Steve (Antoine-Olivier Pilon), un adolescent souffrant de TDAH – trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité –, retourne dans le modeste appartement de sa mère Diane Desprès (Anne Dorval), en banlieue de Montréal. Ensemble, ils espèrent retrouver une existence sereine, trois ans après la disparition du père ayant entrainé difficultés financières et explosion de la cellule familiale. Soutenus par leur voisine Kyla (Suzanne Clément), professeure en congés sabbatiques de passage dans la région, Steve et sa mère tentent de se projeter dans l’avenir, malgré l’instabilité de l’adolescent pouvant exploser à tout moment dans des crises de violence incontrôlables. Avec Mommy, Xavier Dolan continue d’explorer le lien entre mère et fils, cette fois-ci à travers le prisme déformant de la maladie et de l’excès, pour mieux en dévoiler la beauté et la puissance. Il en résulte une œuvre incroyablement forte et bouleversante.

Mommy © Shayne Laverdière // Meta Films // Diaphana Films // MK2 Diffusion

Un style pur Dolan

Si Xavier Dolan s’était « assagi » lors de son précédent film Tom à la ferme (2013), thriller hitchcockien austère mais néanmoins réussi, il retrouve ici son goût pour les séquences « clips » portées par une musique entêtante. Des scènes entières du film sont ainsi rythmées par la mixtape de Diane et son fils, un mélange hétéroclite d’Oasis, Céline Dion ou encore Dido. Un travail sur l’esthétique de l’image qui va plus loin que ses films précédents car le metteur en scène a décidé de jouer avec le format de l’image en utilisant le ratio 1 :1 déjà expérimenté dans son clip College Boy, réalisé pour le groupe Indochine. Ce parti pris sur la forme a pour conséquence une image carrée, sublimant les gros plans sur les acteurs et focalisant l’attention sur les visages et les regards échangés. Si le procédé déroute au début, il s’avère terriblement efficace car, loin d’être purement esthétique et gratuit, il porte en lui un sens qui se dévoile au cours du film. Dans Mommy rien n’est laissé au hasard, ces effets – parfaitement maitrisés – renforcent le propos d’un film à l’image de son ado en rupture, nerveux et imprévisible, mais également lumineux, éclairé par l’espoir des trois personnages.

Tourbillon émotionnel

Pour ce retour sur le terrain des relations – conflictuelles – entre mère et fils, Xavier Dolan ne propose plus la vision d’un adolescent en crise mais de celui de la mère, condamnée à devoir vivre avec un fils ingérable, qu’elle aime autant qu’elle redoute. Un changement de point de vue qui rend le propos plus profond et complexe. A travers le TDAH, tout est poussé à l’extrême : Steve ressent des sentiments très forts pour sa mère – un intense complexe d’Œdipe – mais il est également capable de s’en prendre à elle lors d’impressionnants accès de violences, qu’il regrette amèrement par la suite. L’adolescent porte en lui cette ambivalence, cette tension présente tout au long du film, à la fois touchant par sa volonté de s’en sortir et terrifiant lorsqu’il perd le contrôle. Les prestations des trois acteurs principaux sont admirables et notamment Suzanne Clément dans le rôle de Kyla, une composition tout en retenue et intensité. Cette professeure, devenue bègue suite à un traumatisme que l’on devine sans qu’il soit clairement explicité, est distante avec son mari et sa fille et semble venir chercher auprès de Diane et Steve une seconde cellule familiale où elle peut – enfin – être elle-même. Il se créé alors entre ces trois personnages en quête de sérénité un équilibre salvateur permettant d’espérer des lendemains meilleurs… avant la prochaine crise, inéluctable.

Captivant du début à la fin, Mommy réussit l’exploit de décrire une situation désespérée en tirant vers le haut ses protagonistes, terriblement attachants et combatifs, malgré tout. A la fois sombre et lumineux, le film mérite largement le Prix du Jury décerné au dernier festival de Cannes et l’excitation qui entoure sa sortie. Le jeune Xavier Dolan – 25 ans seulement – signe là son film le plus abouti et continue son ascension fulgurante du podium des grands réalisateurs.

Mommy, réalisé par Xavier Dolan, Canada, 2014 (2h19)

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