LMDLDZR : ce n’est pas du street art, c’est de la science

mardi 30 sept. 2014 | Dorothée Duchemin

Bizarre, intriguant et un peu dingue, Le Module de Zeer ne laisse pas indifférent. Citazine a rencontré son créateur, Mehdi, au WIP de la Villette, alors qu’il s’apprêtait à répandre (encore) son module. LMDLDZR, Le ModuLe De ZeeR, nous a raconté ce monde étrange qu’il est en train de construire. Un univers de science-fiction passionnant.

Il fait partie de ces électrons libres qui occupent une place à part sur la scène du street art français. Par quoi est-il inspiré ? « La science », répond-il. Plus que son nom, c’est ce qu’il a créé qu’on connaît mieux. Mehdi est à l’origine du Module de Zeer, baptisé LMDLDZR – il faudra vous entrainer pour enfin donner les bonnes lettres, dans le bon ordre et sans en oublier. Le module, c’est cette cellule, la matière première à partir de laquelle Zeer a créé son cosmos. Zeer c’est le grand architecte, double de Mehdi, parisien bien réel de 38 ans. Le module, à mi-chemin entre le vaisseau spatial et le circuit électrique, peut être simple ou multiple. Il est l’élément premier d’un vaste champ des possibles. « C’est l’élément zéro. A partir de là, tout peut arriver. »

Futuriste et post-industriel  

On le retrouve au WIP de la Villette où il est attablé avec l’équipe de l’association Art Azoï pour le déjeuner. LMDLDZR intervient sur deux murs du WIP sur lequel l’association invite des artistes. Après Marko93, L'Atlas ou encore Kenor, c’est au tour de LMDLDZR de s’emparer de ces espaces d’expression libres.

Avec Art Azoï, LMDLDZR a déjà peint la cheminée Elis de Pantin cet été, dans le cadre du festival L’art à L’ourcq. Une œuvre vertigineuse dans un décor urbain, industriel qui souligne le caractère futuriste de cet élément graphique qu’est le module.

Graphiste autodidacte, Mehdi a travaillé dans le graphisme pour la pub durant près de quinze ans. Nourri à la com’ publicitaire, il prend aujourd’hui le contrepied de la réclame : « La pub c’est coloré, avec un message clair, impactant, immédiatement identifiable. Le module est en noir et blanc, neutre. » D’abord graffeur dans les terrains vagues et les usines désaffectées des Hauts-de-Seine, il "trouve" son module en 2004, « en graffant un camion, avec des potes. Et j’ai décidé de m’arrêter dessus. » 

Le module est un caractère graphique au look d’atome pour les accros à la physique. De cellule pour les adeptes de la biologie. L’amateur d’architecture y verra un emboîtement de brique. Le gamin, lui, pensera sans doute aux Lego. LMDLDZR, c’est tout ça à la fois. L’interprétation est totalement libre. Seule compte la recherche de la forme et de l’équilibre. Quoique le module sait aussi être ludique.

A la recherche de l'équilibre 

Et si vous êtes Parisiens, vous n’avez sans doute pas échappé à cette incroyable partie de morpion, baptisée Start Game Over, à l’échelle de la capitale, auquel s’est livré l’artiste. Le module composait les fameux ronds et croix qui ont été disséminés dans chaque arrondissement de Paris. Une partie de morpion absurde, engagé contre lui-même et au final – comme souvent au morpion – personne n’a gagné.

Largement au-dessus du sol, mais aussi loin des toits, comment est-il parvenu à poser ses cercles et ses croix si haut sur les murs ? « Il a fallu de l’ingéniosité et du culot, la prise de risque est toujours présente. » C’est à ce moment  charnière de sa carrière que Mehdi choisit son nom de scène et nomme ce caractère graphique, le module. Le MoDule De ZeeR devient LMDLDZR. Bizarre et difficile à retenir. Là encore, Mehdi s’amuse.

Il découvre que son travail existe sur Internet et décide alors de lui donner un nom. Petit à petit, le monde de Zeer se construit. Une démarche schizophrénique et monomaniaque, mais audacieuse et captivante. Taiseux, évasif dans ses réponses, difficile d’en savoir plus. On apprend tout de même qu'il se trouve paresseux et qu'il est papa de deux enfants. Mehdi n'a pas envie de parler de lui. Il ne veut pas non plus que son visage soit visible dans cet article. Seul le module compte. Mehdi refuse aussi d’interpréter le Module. Le Module est.

Pourtant, en mai dernier, il a été assimilé à un collectif anti-pub. Nike avait recouvert d’un gigantesque Zlatan un mur aux abords du canal Saint-Martin. « L’un des derniers murs d’expression libre à Paris », explique Mehdi qui avait déjà joué au morpion avec ce mur par le passé. « Ils m’ont repassé ». Alors LMDLDZR, que le Parisien décrit dans un article ingénu comme un collectif de graffeurs, a repassé Zlatan à son tour. Et c’est peut-être ça le seul message : la réappropriation de l’espace public. « Avant il y avait une place pour l’art dans la rue. Les publicités parisiennes avant, c’était des Vasarely, des œuvres d’art. Maintenant c’est terminé. A qui appartient la rue ? »

Une formation de l'univers    

Depuis 2004, Mehdi ne lâche ni Zeer, son double fictif, ni le module. Il a exposé à Paris et New-York, à la galerie du jour-Agnès B et à la galerie Catherine Ahnell notamment. Mehdi multiplie les supports et les techniques, pochoirs, adhésifs, graff… « J’ai vraiment envie de voir jusqu’où je peux le pousser. » On imagine alors une œuvre absorbante et autonome. C’est ce qui rend l’œuvre de LMDLDZR si singulière. Chaque module réalisé appartient à une œuvre totale. Un monde autonome qui évoluerait dans une dimension parallèle, avec ses propres codes. Même son Facebook et son site Internet sont étranges, lardés de caractère qui semblent tenir du bug informatique.

Cette autre dimension, on l’a entraperçue en 2013 avec la performance monumentale et futuriste que LMDLDZR avait réalisé dans le cadre de la résidence d’artistes que la galerie Magda Danysz avait organisée aux Bains Douches.

Depuis deux ans, Mehdi a pu lâcher son travail de graphiste pour vivre du module. Et en tout début d’année, il a installé son tout premier atelier dans la mécanique, immense et futuriste Maison du Peuple de Clichy. Bâti entre 1935 et 1938, le vaisseau métallique est inoccupé depuis plus de 30 ans.

Classée en 1984, cette perle architecturale est une friche inoccupée, sinon par les pigeons et les rats. Mehdi s’y est installé pendant plusieurs mois pour travailler. Un lieu idéal pour laisser le module grandir et se répandre. LMDLDZR, c’est de la science-fiction. Unique et génial. 

> Le mur de LMDLDZR sera visible au WIP de la Villette, 30 Avenue Corentin Cariou, 75019 Paris, jusqu'en mars 2015. 

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