"Men & Chicken", délirante quête d’identité bestiale

mercredi 25 mai 2016 | Marco Pierrard

Sympa

À la mort de leur père, Elias et Gabriel découvrent qu’ils ont été adoptés et décident de rendre visite à leur père biologique, un généticien qui vit reclus sur une île mystérieuse. Ils rencontrent sur place une fratrie très étrange qui détient la clé de leurs origines. Complétement décalé, Men & Chicken jongle avec les sujets scabreux et l’assume totalement. Pour les amateurs d’humour noir à l’estomac bien accroché.

 Tout semble opposer Gabriel (David Dencik), professeur d’université taciturne, et son frère Elias (Mads Mikkelsen), plus intéressé par la gente féminine que par les livres. Lorsqu’un appel prévient Gabriel que leur père vient de mourir, les deux frères se retrouvent pour visionner un message posthume enregistré sur vidéocassette dans lequel leur paternel leur révèle qu’ils ont été adoptés. Malgré leur relation houleuse, Gabriel et Elias décident de se rendre à Ork, une île éloignée de toute civilisation où vit Evelio Thanatos, un généticien qui serait leur père biologique.

Dans la grande demeure délabrée et envahie par les animaux qui sert de maison familiale, ils rencontrent Gregor (Nikolaj Lie Kaas), Franz (Søren Malling) et Joseph (Nicolas Bro), trois drôles de zèbres pas très futés qui passent leur temps à se battre avec ce qui leur tombe sous la main : pelles, planches de bois, animaux empaillés… Gabriel et Elias apprennent avec incrédulité qu’ils seraient tous frères, chacun né d’une mère différente, à chaque fois décédée lors de l’accouchement. Venus pour découvrir le secret de leurs origines, les deux frères sont très loin d’imaginer la choquante révélation qui va venir bouleverser à jamais leur existence.

Men & Chicken © M&M Production - Photo by Rolf Konow

Jeu de bête famille

Réalisateur fidèle, Anders Thomas Jensen a choisi des acteurs qui ont marqué ses films précédents pour donner corps à l’étrange fratrie qui figure au générique de ce quatrième long métrage. On retrouve notamment avec grand plaisir Mads Mikkelsen qui prouve une nouvelle fois l’étendue de son talent. La bouche ornée d’une sompteuse moustache et portant les stigmates d’un bec-de-lièvre opéré ー caractéristique qu’il partage avec ses frères ー l’acteur caméleon est surprenant dans la peau de cet obsédé à l’intelligence aussi limitée que sa libido est débridée.

Adepte des personnages marginaux, parfois à la limite de la folie comme dans Les bouchers verts (2003) où deux associés proposaient à leurs clients une viande aussi délicieuse qu’illégale, le réalisateur danois pousse le curseur encore plus loin avec cette quête d’identité qui entraîne Gabriel et Elias dans une famille aux secrets bien gardés, et pour cause… Au contact du reste de la fratrie, les deux frères vont en apprendre un peu plus sur leur véritable père, scientifique marginal obsédé par les manipulations génétiques, et des origines qu'ils sont loin d'imaginer. Mélange détonnant entre L’île du docteur Moreau (1977) et un épisode de X-Files totalement débridé, cette histoire d’hommes, de poules et de pléthore d'autres animaux n’hésite pas à aborder de front des thématiques dérangeantes.

Gènes pas très éthiques

Déroutant, Men & Chicken est déconseillé aux âmes sensibles... et aux amis des animaux. Ce drame familial saupoudré d'humour très noir ne s'interdit rien, et surtout pas d'évoquer le tabou de la bestialité. Un thème central dans le film, évoqué aussi bien dans le sens de la bête qui sommeille en chacun d'entre nous que dans la définition, beaucoup plus polémique, de l'amour des bêtes... Oui, que cela soit bien clair, il s'agit de zoophilie. Les frasques de cette fratrie dégénérée choquent mais ne manquent pas de déclencher des rires, souvent nerveux, devant l'énormité de ce qui se passe dans cette improbable arche de Noé. Malgré le climat malsain qui entoure cette demeure envahie d'animaux aux malformations étranges et un humour qui dépasse allégrement les limites du mauvais goût, une certaine empathie se développe pour ces cinq frères, unis malgré eux par un terrible secret. L'audace et la crudité du propos peut laisser perplexe sur l'intention du réalisateur mais la force de ce film provocateur réside justement dans le fait qu'il assume son parti pris et va jusqu'au bout de sa logique excentrique. Une attitude punk qui rend ce film totalement barré plutôt attachant.

Sauvage, fou et complétement baroque, Men & Chicken est conseillé aux amateurs d'univers très décalés et adeptes d'humour noir. Il n'est pas exclu que vous ressentiez même une certaine tendresse pour ces personnages, attachants car vicéralement différents.

Men & Chicken (Mænd & høns), réalisé par Anders Thomas Jensen, Danemark - Allemagne, 2015 (1h44)

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