Mécanhumanimal : dans la mécanique d'Enki Bilal

mardi 11 juin 2013 | Jean-Charles Dufeu

Le génial auteur de bandes dessinées, mi-artiste mi-savant fou, s'installe au Musée et détourne les lieux, le temps d'une exposition d'un genre inédit.

Mécanhumanimal. Le titre de l'exposition pourrait laisser songeur. Mais en la présentant, Enki Bilal, chaleureux et convivial, ne tarde pas à rassurer son auditoire. "Le mot est plus simple à comprendre qu'à prononcer." Et il surenchérit même, avec une confiance souriante : "Ce terme m'apparaît comme une évidence. J'espère qu'il va finir dans un dictionnaire."

Sans jurer de cet avenir lexical, il faut néanmoins reconnaître que le travail du dessinateur au sein du Musée des Arts et Métiers a cette forme d'évidence propre à l'ensemble de son oeuvre : une solide cohésion qui enveloppe ses travaux et les érige en un monde à part. A l'abri de la réalité et pourtant profondément ancrés à l'intérieur de celle-ci. "Ceux qui me suivent dans mon travail vont trouver des connexions." C'est indéniable, on retrouve là tous les thèmes chers à l'artiste, ses obsessions mêmes. L'hybridation entre l'homme et l'animal, entre l'animal et la machine, entre l'homme et la machine et les rapports d'interdépendance entre ces trois entités, dont l'artiste se plaît ici à brouiller les contours.

Des connexions entre l'artiste et le musée

"L'artiste est un peu un savant fou", alerte Bilal. Il y a effectivement, dans cette volonté d'intégrer le lecteur de BD dans un univers fantasmagorique aussi chargé et riche, un grain de folie que l'auteur ne renie pas. Et qui se prête particulièrement bien sans doute au charme mécanique et désuet des lieux.

Lorsque le Musée des Arts et Métiers l'a invité à revisiter les décors de cette légendaire institution parisienne, le dessinateur n'a pas hésité une seconde. "Il y a des connexions évidentes entre ma profession artistique et la réalité de ces lieux." Et d'ajouter : "J'adore l'idée de proposer une relecture de l'ensemble de mon oeuvre. Qu'on aime ou pas ce que je fais, je pense qu'on est obligé d'y voir une vraie cohérence. J'aime l'idée de déconstruire pour montrer que c'est cohérent."

Que voit-on alors dans cette expo d'un genre nouveau ? Tout d'abord, de nombreuses de planches de l'artiste, dont quelques dessins totalement inédits. A travers cinq pièces aux atmosphères distinctes (Passions Humaines, Animaux, Rêves de Machines, Conflits et Planètes, Monstres et Hybrides), le fan de BD pourra s'immerger un peu plus dans l'univers complexe, esthétique et un rien effrayant du maître. Au passage, il découvrira aussi quelques inventions créées spécialement pour l'occasion, comme la "Sangsue-dessous de mise en ordre", appareil à ventouses censé nettoyer la pyramide du Louvre. Ou encore l"Indexeur de Liberté", doigt tombé de la Statue du même nom.

Dans cette débauche d'inventivité, d'images fantastiques et de visions fortes agrémentées de dessins, de bruits et de mots, celui de la fin revient à Bilal lui-même : "L'exposition elle-même ne se prend pas au sérieux mais se bâtit sur un fond extrêmement sérieux."

> Enki Bilal - Mécanhumanimal. Musée des Arts et Métiers, 60 rue Réaumur, Paris 3e. Du mardi au dimanche de 10h à 18h. Nocturne le jeudi jusqu'à 21h30. Jusqu'au 5 janvier 2014.

 

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