Magasins généraux de Pantin, un livre pour finir l'histoire

mardi 4 nov. 2014 | Dorothée Duchemin

Après une décénnie bouillonnante aux mains des graffeurs, les magasins généraux de Pantin, en région parisienne, vont connaître une nouvelle vie. D'ici 2016, l'ancien entrepôt des douanes sera investi par l'agence publicitaire BETC. Ce haut lieu du graffiti ne disparait pas complètement puisqu'il poursuit sa vie sur le net, grâce à une visite virutelle, et sur papier.

Les magasins généraux de Pantin fut le repaire de graffeurs et street artists de tout poil au milieu des années 2000, après que le bâtiment a été désaffecté en 2004. Durant une dizaine d'années, ce site emblématique du canal de l'Ourcq a été pris d'assaut à coups de bombe au point d'être surnommé "la Cathédrale du tag". Le site acquis par l'agence publicitaire BETC, les oeuvres qu'il abrite dispaissent progressivement du monde réel sous les grues de chantier. Mais avant ça, l'agence a tenu à conserver intact les graffitis, désormais abrités, en numérique, sur le site Graffitigeneral.com. Un petit bijou technologique, où l'ensemble du bâtiment a été modélisé en WebGl, tête d'affiche de la 3G dynamique. L'internaute peut visiter de son canapé la totalité des cinq étages de cet ancien bâtiment industriel, une balade virtuelle impressionnante. Pour fermer ce chapitre de l'histoire des magasins généraux de Pantin, et en ouvrir un nouveau, un beau livre paraît ces jours-ci : Graffiti Général.

Les photos sont signées par le duo spécialisé dans l'urbex, Romain Meffre et Yves Marchand. Attirés par les friches industrielles, les deux jeunes photographes se sont distingués avec leur série consacrée aux ruines de Detroit, l'ancienne capitale automobile aujourd'hui officiellement déclarée en faillite. Leur reportage sur l'île japonaise de Gunkanjima nous avait tapé dans l'oeil. Ils s'étaient aventurés sur cette île minière, ancien modèle de modernité, exploitée par Mitsubishi jusqu'en 1974, avant d'être laissée totalement à l'abandon. Cette fois, Romain Meffre et Yves Marchand ont pénétré dans l'immense bâtisse en béton armé qui surplombe le canal de l'Ourcq, inaugurée en 1931. Durant près de 70 ans, elle a servi d'entrepôt de douanes et de réserve de grains. 

Un lieu d'expérimentation pour les graffeurs 

Les textes sont eux écrits par Karim Boukercha, auteur déjà des commentaires en ligne sur le site Graffiti général. Grapheur parisien durant une dizaine d'années, il est auteur de plusieurs livres sur le sujet. Cette fois, il revient avec des images d'archives sur 30 ans d'histoire du graffiti à Paris. De ses débuts, à l'américaine, en 1983, jusqu'à aujourd'hui ; des terrains en friche, au palissade des chantiers, en passant par les ponts de Paris. Au milieu des années 90, on constuit de plus en plus vite et les friches sont comblées par des bâtiments modernes. Les graffeurs sont acculés dans un petit nombre de terrains avec de moins en moins d'espace pour s'exprimer, "repassés" de plus en plus rapidement.

Dans ces conditions, Lek, graffeur avant-gardiste part en quête de nouveaux murs, des murs dont personne ne veut car peu praticables. Lui et ses amis cherchent des lieux abandonnés qui n'intéressent personne. Sa route le conduit aux portes des magasins généraux de Pantin en 2006. Le monstre de béton avait déjà été visité, Vinil et Tonka "sont tenus pour être les deux premiers à avoir dépucelé les anciennes douanes". Lek et sa bande prennent petit à petit possession du site, les peintures se multiplient, jouent avec ou contre l'architecture. Les magasins généraux de Pantin deviennent une galerie hors les murs et un lieu génial d'expérimentation.

Le message passe dans la petite communauté des graffeurs et de plus en plus arrivent dans les anciennes douanes de Pantin. Lek et sa bande s'éloignent, conscients qu'ils seront "repassés". "Le principal pour moi maintenant est d’être le premier dans les lieux et de pouvoir prendre la place qui me convient sans contrainte". 

Point d'orgue de ces années bouillonnantes, 2012 et le festival "l'été du canal". Cette année-là, le comité départemental du tourisme du 93 donne carte blanche à Da Cruz, Popof et Marko. Le défi est de taille, peindre la totalité d'une façade. A trois, impossible. Ils invitent leurs amis, Seth, Mr Chat, Alexandre Orion, Avery et d'autres s'y mettent aussi. 

Un nouveau chapitre s'ouvre aujourd'hui pour les magasins généraux de Pantin, symbole d'une activité industrielle en plein essor, puis d'une création artistique bouillonnante et aujourd'hui d'un quartier en pleine mutation. En charge du projet, l'architecte Frédéric Jung conservera la structure du bâtiment, notamment les courisves, les poteaux de béton et les passerelles qui confèrent au site son charisme et sa formidable puissance. L'agence BETC devrait y prendre ses quartiers dès 2016. 

> Graffiti Général, textes Karim Boukercha, photos Yves Marchant et Romain Meffre, Dominique Carré éditions, octobre 2014. 

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