Mademoiselle Maurice, origamiste militante

mardi 4 févr. 2014 | Dorothée Duchemin

Quatre ans après ses premières descentes dans la rue, Mademoiselle Maurice est aujourd’hui une incontournable du street art parisien, à cause des couleurs chaudes et incontournables de ses papiers pliés. Car Mademoiselle Maurice est origamiste. Ses fresques sont une myriade de morceaux de papiers pliés, exposés sur le M.U.R d'Oberkampf jusqu'à la fin de la semaine. 

« J’organise mes fresques comme une nuée d’oiseaux, ou comme si une centaine d’individus œuvraient ensemble à une action commune. » Il y a de la poésie dans le travail de Mademoiselle Maurice, cette jeune femme de 30 ans tout juste, qui colle des feuilles de papier pliées sur les murs de la ville. Ces oiseaux dont elle parle, c’est avec l’origami qu’elle les réalise, cet art japonais du pliage. « J’avais fait des expos de photographie, de peinture. J’avais aussi fait de la scénographie. J’étais un peu perdue, je ne trouvais pas mon moyen d’expression. »

Mademoiselle Maurice répond à nos questions depuis son appartement parisien qui lui sert également d’atelier. Impossible de la rencontrer, elle prépare une expo au moment où nous appelons et répond en travaillant. En ligne de mire la Lille Art Fair, rebaptisée Art up’ cette année et où elle exposera à la galerie Jouan-Gondouin. « En plus la plupart de mes œuvres sont déjà à Singapour pour une autre expo. Là, j’ai vraiment beaucoup de boulot. »

"La ville est suffisamment triste comme ça."

En 2010, à l’occasion d’un séjour d’un an au Japon, elle découvre l’origami, depuis elle ne s’arrête plus de plier, c’est une véritable addiction. « Les jours de pliage, je commence à 9 heures et finis à 2 heures du mat’. Plier, j’adore. Je suis dans ma bulle, il y a quelque chose de méditatif là-dedans. Pourtant j’en ai fait des milliers, mais je ne me lasse pas. Ça rend humble, ça permet de relativiser. »

La nécessité de coller dehors s’impose rapidement : « Au début, c’était seulement par manque de place. » Mais comme bien d’autres, elle y prend goût. Elle aime coller à la lumière du jour, et répondre aux questions des passants. L’artiste nous a tapés dans l’œil avec ses papiers pliés. Mais aussi avec ses couleurs chaudes et vives qui sont également sa marque de fabrique. Alors que les murs sont gris et sombres, les œuvres de Mademoiselle Maurice les illuminent.

« Quand je suis rentrée précipitamment du Japon à cause de Fukushima, j’étais dans une démarche anti-nucléaire. Je collais des "NON", monochromes et tristes à mourir. La ville est assez triste comme ça, c’est pour ça que j’utilise désormais des couleurs. Elles représentent le spectre de lumière. Elles sont universelles, elles incarnent la paix, la tolérance, le partage. D’autres l’ont compris avant moi. Le Rainbow Warrior de Greenpeace, la nation arc-en-ciel de Nelson Mandela, le mouvement LGBT… Ces couleurs tendent vers l’optimisme. »

Une artiste engagée

On l’aura compris, Mademoiselle Maurice est aussi une militante. Le travail du papier n’est d’ailleurs pas anodin. « Le papier est un médium simple, modeste. Je le récupère et le réutilise. Le recyclage, ça compte dans mon travail. » Fragiles et éphémères, les papiers qu’elles collent dans la rue subissent la violence des éléments, la pluie, le vent… Alors pour ne pas que ses pliages deviennent des déchets, elle revient les récupérer, quelques heures ou quelques jours plus tard. Puis, les utilise de nouveau. Et puisque son travail d’artiste a désormais pris le pas sur son engagement militant, un onglet "Agissez" est visible sur son site Internet. Elle y défend plusieurs ONG, Greepeace, Amnesty International, Surfrider Foundation mais aussi les fruits et légumes de saison !

Son univers très poétique, joyeux et chaleureux, l'empêche parfois d'être comprise comme elle le voudrait. « Souvent on voit seulement la couleur et la poésie, mais derrière il y a un message, une vraie revendication et un coup de gueule. » Mademoiselle Maurice admet être parfois naïve et enfantine, mais revendique une part sombre d’elle-même, celle qui dénonce un monde qui va dans le mauvais sens. « Alors, il m’arrive de coller un lettrage avec mes fresques : F.U.C.K. »  C’est simple, c’est clair. 

Quand le "Fuck" s'impose

C’est d’ailleurs le mot lisible sur la performance qu’elle a réalisée sur le M.U.R d’Oberkampf, à Paris, à la fin du mois de janvier. Il lui aura fallu sept heures pour réaliser cette fresque visible jusqu'à la fin de la semaine avant d'être recouverte par Mimi the Clown.

Avant ça, il lui a fallu d’abord récupérer les papiers, les couper en carré et les plier. Ça se passe dans son appartement parisien, devenu trop petit pour cette hyperactive. « Je rêve d’une ferme en campagne, avec des poules, un potager et un bout de hangar comme atelier », raconte celle qui est originaire de Haute-Savoie. Après les longues sessions de pliages, elle trie les papiers par taille et par couleur, les met dans son sac à dos, enfourche son vélo à la recherche d’un mur qui pourra les accueillir.

Le plus souvent, elle réalise des formes géométriques. « Pour moi, elles incarnent l’harmonie et la spiritualité. Elles sont les plus belles formes de la nature. J’aime tout particulièrement l’hexagone, qu’on trouve dans le nid d’abeilles, c’est une forme parfaite. » Parfois, ses papiers forment un mot. On trouve aussi des visages, des enfants rieurs, des adultes en colère. « J’avais tout un tas de papier kraft, mais je ne savais pas quoi en faire. Dans mes formes géométriques, l’émotion vient des couleurs. Le papier Kraft m’a donné l’envie de faire des personnages. L’émotion vient alors des visages. »

Après le bac, c’est vers l’architecture qu’elle s’oriente et obtient son diplôme en 2007. La discipline lui a appris la rigueur et l’orientation dans l’espace. Sans doute aussi son intérêt pour les volumes, son admiration pour les formes géométriques. Et sa recherche sur les matériaux. Bientôt, ce qu’elle adorerait faire, c’est poursuivre l’exploration de l’origami, mais avec des feuilles de métal. Non, l’origami ne la lasse pas. Surtout pas. 

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