Les électeurs sont aussi des Hommes

mardi 28 févr. 2012 | Dorothée Duchemin

21 voix pour 2012, c’est le projet de vingt et un jeunes photojournalistes, encore en formation. Un projet qui donne la parole à vingt et un Français. Qu’attendent-ils de l’élection présidentielle ? A l’heure où les candidats s’agitent et font du bruit, où les médias sont focalisés sur eux, faire émerger la parole des Français semble plus que jamais une nécessité. Citazine a donc voulu en savoir plus sur ce projet original, entre pédagogie et engagement journalistique, multisupport et transmédia.

Le projet

« Nous voulions aller au-delà de l’approche sondagière qui réduit un Français à un pourcentage. Que racontent les électeurs ? Quelles sont leurs problématiques sans le filtre des sondages et médias ? » Claire Guiraud est l’une des vingt et un "stagiaires" formés au photojournalisme à l’EMI-CFD, l'Ecole des métiers de l'information. Elle et ses acolytes ont lancé un projet original : 21 voix pour 2012. Les 21 voix, ce sont celles de vingt et un Français qui incarnent les attentes des citoyens à l’approche de l’élection présidentielle.

« Nous sommes partis d’un sondage révélant que 72 % des Français estiment que la campagne apporte des réponses éloignées de leurs préoccupations », commente Jacob Khrist également an formation. Afghan naturalisé français, étudiante, intermittent du spectacle ou artisan, en recherche d’emploi ou retraité, cardiologue, maraîcher, entrepreneur ou salarié, engagé politiquement ou non…Thalia, féministe, en préparation d’une thèse, pour Claire. Vincent, ancien porte-parole de la décroissance et doctorant pour Jacob.

Tous ont des attentes. Tous sont impliqués dans cette élection et ses enjeux. Situation sociale, engagement politique, travail, origine, une raison ou une autre fait qu’ils sont concernés et ont accepté de témoigner. Tous iront voter et tous en espèrent quelque chose. 21 voix pour 2012 part à la rencontre de ces Français et prend le temps d’entendre ce qu’ils ont à dire. Parce que les électeurs ont un visage.

Le financement

Communication, management et élaboration du projet… Les étudiants l'ont porté de bout en bout et sont impliqués dans chacune des phases de sa réalisation, même dans la recherche de financement. Une levée de fond est donc organisée via la plateforme de financement en ligne Kiss Kiss Bank Bank. Ils attendent 4 800 euros. De quoi payer tous les frais de production, la campagne de communication (un affichage dans la ville entre les deux tours de la présidentielle), la soirée de lancement de la plateforme et la publication d’une revue.

Pour le photojournaliste Wilfrid Estève, référent de ce projet qu'il encadre au sein de son atelier à l'EMI-CFD, la plateforme de financement était incontournable. « Le financement d’enquête n’est pas nouveau. Aux Etats-Unis, il existe depuis longtemps et en France, il arrive. Les médias ont du mal à produire et le public est prêt à le faire. Je ne vois pas pourquoi je ne donnerais pas ces clés là aux futurs professionnels. »

Les supports

21 voix pour 2012, ce sont vingt et un portraits déclinés sur différents supports. « Chaque support se complète, il n’y a aucune redite », affirme Claire. Les supports ne jouent pas les uns contre les autres. Si les sujets sont les mêmes, chaque format apporte un regard différent sur ces hommes et femmes et chaque regard se complète. C’est donc l’ensemble du projet qu’il faudra embrasser pour le comprendre dans sa totalité. Parmi ces supports, une revue photographique, publiée à 1 000 exemplaires. La direction artistique de la revue est réalisée dans le cadre d'un atelier animé par Mat Jacob, cofondateur du collectif Tendance Floue.

Chacun des portraits sera aussi présenté sous forme de POM. La POM, ou petite œuvre multimédia, est une réalisation avec un point de vue d’auteur. Elle nécessite un montage, une argumentation développée du début à la fin l'œuvre. Elle implique une vraie posture d’auteur, avec de la photographie. Le travail sur le son est très poussé, à tel point que la POM pourrait être diffusée en radio. La narration photographique est également très autonome. Pour Wilfrid Estève, « la POM, c’est le pari du court métrage avec de la photo ».

Sur la plateforme multimédia, les attentes des 21 seront mises en perspective avec des avis d’experts, journalistes, politologues, sociologues, présentés sous forme de vidéographie. Celle-ci associe un montage de photos et de vidéos réalisées avec un réflex numérique.
L’ensemble mis en ligne sur la plateforme le sera sous forme d'un webdocumentaire. Le webdoc est une plateforme exclusivement réalisée pour Internet. Multimédia et interactif, il possède plusieurs entrées et abandonne la linéarité du documentaire traditionnel. La plateforme 21voixpour2012.com devrait être lancée le 20 avril.

Un affichage urbain devrait également s’organiser entre les deux tours de la présidentielle pour sensibiliser les citoyens. « Mais aussi, pourquoi pas, interpeller les candidats entre les deux tours », espère Claire.

Les photojournalistes ont-ils besoin de tous ces supports ?

POM, vidéographie, webdocumentaire, un photojournaliste doit-il aujourd’hui maîtriser absolument ces nouveaux formats ? « S’il n’y a pas de bonnes photos, il n’y a pas de bonnes POM. On reste toujours dans un cœur de métier, celui du photojournalisme. C’est indéniable, on travaille sur cette base. » Mais…

Si les photojournalistes restent des photojournalistes, ils peuvent très tôt se lancer dans la réalisation, la narration et l’image animée. « Aujourd’hui, avec le numérique, les jeunes auteurs et photographes ont pu se projeter dans cette dimension plus rapidement que les autres photographes qui arrivent souvent à la réalisation en bout de course. On leur apporte ce sens de la narration beaucoup plus tôt dans leur carrière, grâce au web. » C’est aussi la possibilité de travailler au sein d’une équipe avec un spécialiste du son, un réalisateur, un scénariste…

Depuis 2005, l’arrivée de la POM et de la vidéographie, puis du webdoc, le marché a connu de profondes mutations, fort heureusement selon Wilfrid Estève. « La seule diffusion de photos traitant de l'actualité chaude, c’est un marché qui date des années 2000 et encore. Aujourd’hui, un photojournaliste a deux ou trois activités en plus. »

Lui a débuté dans la profession en 1994. Il a vu ce marché du photojournalisme changer de visage. « Il y a eu un sacré passage à vide entre 1998 et 2005. Tout se cassait la gueule, on ne voyait pas l’avenir se dessiner. Maintenant, c’est relancé grâce aux nouveaux formats. C’est une ouverture, une manière de faire différente, et c’est super. »

En France, ces nouveaux formats ont une véritable reconnaissance sur le marché, comme aux Etats-Unis et au Canada. « Quand je dis reconnu, je veux dire que ces formats se trouvent sur Arte, lemonde.fr, France Télévisions. Pour moi c’est une reconnaissance du marché. A droite, à gauche, ce type de format est rémunéré. Mais aujourd’hui, le producteur d’hier qu'était la presse, est diffuseur. On ne peut donc pas demander le coût d’une POM au monde.fr. Il va participer à hauteur d'un diffuseur, une partie et non la totalité. »

En tant que formateur, il ne se voit pas passer à côté de ses nouvelles possibilités. « Former des jeunes professionnels précarisés, ça ne m’intéresse pas. Et il serait presque suicidaire aujourd’hui de ne faire que du photojournalisme. »

> Photo en page d'accueil : Jara, artisan de 28 ans, par Milan Szypura.

> Mise à jour le 28 février 19h30.

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