"Les Amants passagers", envoyons-nous en l'air !

jeudi 28 mars 2013 | Etienne Baiffer

Pedro Almodovar revient avec un film un brin bâclé, qui ne nous conduit pas au 7e ciel, mais parvient à nous faire planer quelque peu.

Il y a deux ans, Pedro Almodovar adaptait Mygale, le roman de Thierry Jonquet, et signait par la même occasion son film le plus maîtrisé et abouti. La Piel que habito, à mi chemin entre le film de savant-fou, le récit de vengeance et le torture porn, se singularisait par une froideur clinique jusque-là inédite dans la filmographie de l'Espagnol. Car, si le mélodrame et la noirceur se retrouvent fréquemment dans ses réalisations, ils sont à chaque fois contrebalancés par l'humour et/ou des couleurs chaudes et/ou des percées d'optimisme.Après ce - n'ayons pas peur des mots - chef d'œuvre, souvent incompris, l'auteur de Talons Aiguilles et Tout sur ma mère revient avec Les Amants passagers et semble avoir voulu prouver qu'il n'est jamais là où on l'attend. Il y a dans ce nouveau film une dinguerie, une malice, un côté foutraque qui rappellent ses premiers longs métrages, ceux des années 1980, (Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartierFemmes au bord de la crise de nerfs, par exemple...).

Avec cette histoire de membres d'équipage coincés, avec des passagers de la classe affaire, dans un avion dont le vol est contrarié par une avarie technique, Pedro Almodovar livre un précipité d'hystérie et de sexe que certains taxeront de provocation facile. Résolument gay (homophobes, passez votre chemin), et plein de défauts (les scènes extérieures au huis-clos tombent comme un cheveu sur la soupe, les décors font très carton-pâte, la psychologie des personnages est des plus sommaires...), Les Amants passagers a pourtant quelque chose de profondément réjouissant : c'est une bulle d'oxygène dans ce printemps qui nous fait respirer l'air pestilentiel de la "Manif pour tous". Il y a là un paradoxe ; ce film, qui mélange le roman-photo, l'esthétique de téléfilm érotique et quelques ingrédients des films catastrophe, est complètement bâclé - ce qui semble parfaitement assumé -, mais il nous fait du bien. Et en même temps, Pedro Almodovar semble faire un doigt d'honneur à la critique : oui, il est aussi capable de réussir des films ratés.

> Les Amants passagers de Pedro Almodovar, Espagne, 2013 (1h30)

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