Le siège de Wall Street

mercredi 9 nov. 2011 | Romain Ledauphin

Depuis plus de cinquante jours, New York et son très symbolique quartier des affaires sont occupés par les Indignés, insatisfaits de la société actuelle et dénonçant le capitalisme. Peu médiatisé au départ, Occupy Wall Street est aujourd'hui de plus en plus populaire et dynamique, grâce aux dons et aux réseaux sociaux.

Le mouvement des Indignés, contestation planétaire d’une jeunesse sans futur a eu des fortunes diverses dans chaque pays. Janvier a vu la Révolution en Afrique du Nord, mars a vu le mouvement gagner l’Europe où les Espagnols furent les précurseurs et, depuis septembre, aux Etats-Unis - symbole d’une société de consommation "sans foi ni loi" - le mouvement d’occupation est présent dans de plus en plus de villes (carte des événements Occupy Wall Street initiés sur Facebook).

Occupy Wall Street à New York en est la figure de proue. En plein quartier financier, coincé entre deux symboles, Wall Street et Ground Zero, une poignée d’indignés dénonce les dérives du capitalisme et l’enrichissement d’une minorité au détriment d’une majorité.

Alors, comment refait-on le monde dans un parc ?

Aux antipodes du Tea Party prônant libéralisme et réduction de l’interventionnisme d’Etat, Occupy Wall Street, "OWS" pour les intimes, rappelle un peu la Bataille de Seattle, considérée comme la première manifestation altermondialiste contre le sommet de l’Organisation mondiale du commerce. C’était il y a plus de dix ans, en 1999, et elle avait été marquée par une violente répression policière. Si la non-violence et une large utilisation des nouvelles technologies rappellent en effet Seattle et 1999, la parenté s'arrête là.

Le jeune mouvement brasse une foule de sujets, mais n'a pas de réelles revendications pour l’instant. Mais cela viendra, entend-on dire. Porte-parole d’une majorité muette - qui souhaite une meilleure redistribution des richesses et la reprise de contrôle des États sur le système financier aux mains des banques et bourses - OWS est avant tout un lieu de convergence de tous les mécontents de la société actuelle.

Aujourd’hui, le mouvement Occupy Wall Street, à New York, est arrivé à son 53e jour d’occupation du parc Zuccotti. Lieu de rencontres entre simples citoyens mais aussi économistes, philosophes, artistes, ils s’organisent ensemble pour faire entendre la voix des "99 %". Les revendications sont diverses et variées et le parc a vu pousser tentes et slogans comme des champignons. Ainsi, on peut lire : « Stop the imperialist war » (« Arrêtez la guerre impérialiste »), « Medicare for all » (« Assurance médicale pour tous »), « Lower the students loans, lower interest rates » (« Baissez les emprunts étudiants, baissez les taux d’intérêts »), « Wake up, stand up » (« Réveillez-vous, levez-vous »).

A la tribune, chacun peut faire entendre son avis : pour ou contre

Souffrant de peu de visibilité médiatique au commencement, blogueurs et médias alternatifs s’attellent à faire tourner sur la toile les actions du mouvement. Depuis octobre, OWS a gagné en crédibilité et parvient enfin à faire son trou dans les "networks".

D'une extrême à l'autre, OWS et le Tea Party montrent le paradoxe et la fracture de la société occidentale moderne. En lisant les réactions au mouvement sur internet ou dans les journaux, on aime ou on déteste, on adhère ou on dénonce, morceaux choisis : NY Times Vs. NY Post. Malgré tout, la popularité du mouvement ne fait que s’accroître et le soutien des syndicats, les régulières visites de soutien de personnalités donnent de l’eau au moulin aux contestataires.

Pour se faire entendre, outre la présence sur internet, la tribune du parc est aussi ouverte à qui veut faire entendre son avis, pour ou contre.
L’Assemblée générale est le lieu où les décisions se prennent au nom du mouvement. Ainsi préparations d’actions, votes de texte mais aussi logistique du mouvement sont à l’ordre du jour.

Les AG journalières s’organisent en deux étapes avec l’inscription à l’ordre du jour à 16 heures puis débats et votes, trois heures plus tard. Après la présentation d’une motion, un débat a lieu avec si besoin est, clarification sur la procédure du vote, question, blocage et consensus au final. Si le consensus n’est pas possible, un vote à la majorité est alors organisé. Le vote est ouvert à qui veut et rassemble généralement environ 400 personnes. Les débats sont modérés par des volontaires et retranscrits sur le blog du mouvement.

A leur actif, le blocage du pont de Brooklyn par près de 5 000 manifestants il y a un mois, un rallye de soutien aux expulsés victimes des subprimes habitant en périphérie de la ville mais aussi le vote d’un texte de soutien au mouvement d’Auckland (voir plus bas), l’achat d’extincteurs, de talkie-walkie ou d’ordinateurs portables pour assurer la pérennité du mouvement. Dernièrement, la participation au Bank Transfer Day qui fait écho à l’appel d’Eric Cantona en décembre 2010.

Tentes, pancartes et ramassage des déchets

Si le mouvement marque par son dynamisme et sa durabilité, il fonctionne entièrement grâce à des dons (on parle d’un budget de 500 000 dollars, soit environ 365 000 euros). Malgré un avis d’expulsion de la police de New York il y a trois semaines, les tentes et pancartes sont toujours là. En réponse à ces menaces, le mouvement montre sa bonne volonté en organisant le ramassage des déchets et en assurant la sécurité autour du campement.

Quelques arrestations ont tout de même lieu lors d’actions mais rien de comparable à la violente répression, il y a deux semaines, de leurs homologues d’Auckland, en Californie, marquée par la blessure grave d’un vétéran de la guerre d’Irak suite à la charge violente des policiers.

 

Ainsi, si Occupy Wall Street à New York demeure la locomotive du mouvement nord-américain et le plus important du pays, comme chaque contestation née dans la rue, leur futur est incertain. Et dépend du bon vouloir du maire de New York, Michael Bloomberg.

 

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