L'architecture de la deuxième chance

lundi 12 déc. 2011 | Marie Desgré

En matière d’apprentissage, le contenant est aussi important que le contenu. A Paris, dans le XVIIIe arrondissement, l’école de la deuxième chance accueille des jeunes en rupture avec le système scolaire dans un environnement soigné, lumineux et joyeux. Parce que l’architecture peut aussi jouer un rôle dans l’apprentissage des valeurs et des savoirs.

C’est une bâtisse complètement remise à neuf, dans un quartier populaire du nord de Paris. A première vue, elle n’a rien d’exceptionnel, sauf que les habitants du quartier se souviennent bien de son état d’avant : cet ancien bâtiment de la SNCF était vétuste et triste, malgré l’activité associative joyeuse qu’abritaient ces locaux. Adrien, l’un des élèves de la structure qui habite désormais les lieux, a d’ailleurs connu la structure sur trois niveaux telle qu’elle était avant, pour y avoir effectué du bénévolat dans une radio locale, avant que la mairie de Paris ne reloge les associations afin de remettre à neuf la structure et exploiter pleinement les qualités du bâtiment.

Aujourd’hui, l’ancien bloc vétuste s’est transformé en une école baignée de lumière, d’ailleurs classée parmi les finalistes du Prix d’architecture pour la première œuvre du Moniteur, en 2011. A l’intérieur, les murs tout blancs accueillent des filets de couleurs servant à la fois de signalétique et de touches de bonne humeur. La bonne humeur, c’est justement le sentiment qui domine quand on passe la porte de l’école de la deuxième chance, qui a posé ses valises dans ce bâtiment de la rue d’Aubervilliers, dans le XVIIIe arrondissement, il y a moins d’un an. Il s’agit d’un dispositif de formation à destination de jeunes âgés de 18 à 25 ans sortis depuis plus d’un an du système scolaire, sans diplôme ou qualification. L’objectif est de proposer à ces jeunes d’acquérir, pendant une dizaine de mois, une culture générale mais aussi des connaissances qui leur permettront d’accéder plus facilement à l’emploi. Les semaines de présence dans l’établissement sont entrecoupées de stages en entreprise.

La lumière, première valeur positive

Cette école là ne ressemble pas vraiment à une école. Et tant mieux : les jeunes adultes qui viennent y passer près d’un an veulent tout sauf un établissement traditionnel. « L’école ? Non, ce n’est pas comme ça. Il y a des trous dans les murs et des chewing-gums au plafond. Ici, ce n’est pas pareil. C’est joyeux, on a envie de venir et de respecter les locaux », indique Ben. « C’est coloré et moderne, mais en même temps c’est vieux », poursuit Adrien.

Le « vieux », ce sont des poutres apparentes, particulièrement mises en valeurs dans certaines salles et dans l’escalier central plongé dans un puits de lumière. « Nous sommes dans un dispositif dit d’insertion, avec des jeunes qui vivent une situation d’échec et un sentiment de relégation. Il est important de les recevoir dans de beaux locaux. L’environnement doit dire que l’on va vers la vie professionnelle, il doit démontrer une attention forte portée à la qualité de l’accueil et mettre chacun à l’aise », indique Jean Serror, coordinateur pédagogique des écoles de la deuxième chance de Paris.

Du côté de l’équipe d’architectes Palatre et Leclere, c’est effectivement cette recherche qui a primé dans la genèse du projet. « Nous avions à cœur de créer un bâtiment à valeur positive », explique Olivier Palatre, selon qui la "deuxième chance" commence d’abord par un environnement respectueux de ses propres usagers. Et à observer la manière dont les élèves se sont approprié les lieux, quelques mois après, on comprend immédiatement que ce respect est mutuel. « Pourquoi ici, les murs ne sont pas tagués ? », interpelle le prof. « Parce que c’est propre et qu’on ne s’ennuie pas trop, personne ne nous a forcés à venir », répond Ben, qui ne semble pas surpris par la question.

Si l’équipe de formateurs, comme les 70 jeunes qui passent plusieurs mois ici, se sentent aussi à l’aise, ce bâtiment n’est pourtant pas conçu, a priori, sur le modèle des autres écoles de la deuxième chance. « Le principe de ces établissements est la circulation de l’information. Nous avons l’habitude de travailler sur le collectif, donc plutôt avec de grands halls, et au moins une salle capable de réunir toute l’école lors de nos rencontres mensuelles », explique Jean Serror. « Le niveau unique facilite les échanges ». L’autre établissement parisien, situé un peu plus à l’est, répond d’ailleurs à cette description : il accueille ses occupants sur un seul niveau.

Mais le marché de l’immobilier étant ce qu’il est, c’est ce bâtiment sur trois étages que la mairie de Paris a alloué à l’école de la deuxième chance. Et finalement, tout le monde apprend à travailler dans ce nouveau type d’organisation. Les élèves apprécient particulièrement cette ambiance plus intime qu’offrent ces petites pièces qui ne sont pas des classes, mais plutôt des salles d’échange, où même le mobilier est organisé de manière à ce que tous, éducateurs et élèves, soient au même niveau. Quant à la situation géographique de l’école – un quartier populaire, « c’est à double tranchant », remarque Jean Serror. « C’est pratique car certains de ces jeunes n’habitent pas loin, mais souvent, ils n’ont pas envie de rester dans leur quartier. »

Des néons pour habiller l’extérieur

La bonne humeur qui existe à l’intérieur transparaît également à l’extérieur du bâtiment. Sur la façade arrière, qui fait face au parc Eole, juste derrière l’école, dansent des néons colorés qui s’éclairent à la nuit tombée. L’équipe d’architectes a choisi cette astuce pour habiller l’escalier extérieur, dont la présence était obligatoire pour des raisons de sécurité.

Les coursives qui y sont accrochées ne sont pas utilisées, puisqu’il s’agit exclusivement d’une sortie de secours et que les portes qui y mènent sont reliées à une alarme. Néanmoins, la robe de néons multicolores est une manière d’habiller également le parc et de faire profiter aux promeneurs des couleurs et de la nouvelle dynamique du bâtiment. Elle se fait encore plus remarquer la nuit, lorsque les néons s’éclairent. « La décoration est jolie, remarque Ben, mais elle devrait plutôt être de l’autre côté, pour égayer la rue. » L’autre valeur positive de ce bâtiment, c’est peut-être l’envie de le partager un peu.

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