"Kiss & Cry", patins de rébellion !

jeudi 21 sept. 2017 | Marco Pierrard

Intéressant

De retour dans la compétition sportive de haut niveau, Sarah, patineuse de 15 ans, ne sait plus vraiment si elle le fait pour elle ou pour faire plaisir à sa mère. Avec une fraîcheur enthousiasmante, Kiss & Cry dévoile avec malice les rêves et désillusions d'une jeune fille tiraillée entre le sport et l'envie de vivre à fond son adolescence. Une fiction réaliste très attachante.

Remise d'une blessure, Sarah (Sarah Bramms) retourne au club de Colmar pour enfiler à nouveaux ses patins et faire son grand retour dans la compétition de haut niveau. Elle retrouve l'univers impitoyable du patinage artistique : la rivalité entre filles, la tyrannie de l'entraîneur et la violence de la compétition. Seul problème : l'adolescente n'est plus aussi motivée qu'auparavant. Tandis que son corps souffre sur la glace, ses désirs adolescents la détournent peu à peu de ses ambitions. Du haut de ses 15 ans, Sarah aimerait bien, elle aussi, profiter de cette période où se font les premières expériences.

Kiss & Cry © Ecce Films - UFO Distribution

Joints versus patins

Les deux réalisatrices Lila Pinell et Chloé Mahieu ont découvert le milieu du patinage de haut niveau en 2012, lors de la préparation de leur court métrage documentaire Boucle Piqué (2014). De cette expérience est née l'envie de réaliser une fiction sur une adolescente coincée entre les exigences de la compétition et une soif de liberté qui arrive au même moment que ses hormones entre en ébullition. Les deux cinéastes se sont inspiré de ce premier travail et de la personnalité des sportives rencontrées pour proposer une fiction qui réussit à capter l'ambiance si particulière de la compétition sur fond de crise adolescente. Et pour donner corps à ce moment de rébellion où les directives de l'entraîneur ne sont plus si facilement acceptées, Lila Pinell et Chloé Mahieu ont choisi Sarah Bramms, déjà présente dans le documentaire. Du nom de cet endroit où les patineurs attendent les résultats donnés par le jury après leurs programmes, Kiss & Cry séduit par la fraîcheur du ton employé et sa capacité à capter des bribes l'adolescence, sans clichés.

Sportive de 15 ans qui n'est plus une gamine mais pas encore une femme, Sarah est dans une transition difficile et doit en plus subir la pression de l'entraînement qui l'étouffe et le risque de décevoir sa mère et sa soeur qui ont déménagée pour la suivre à Colmar. Compétitrice mais aussi ado, Sarah veut juste s'amuser comme dirait Cindy Lauper. Boire, fumer, sortir avec un garçon ou encore faire l'erreur d'envoyer des photos dénudées lors d'une pyjama party… toutes ces choses futiles Sarah ne compte pas les sacrifier sur l'autel sportif. Le film explore avec justesse cette rébellion contre un programme chargé qui empêche d'être une jeune fille "normale" en posant, en creux, la question du sens même de cette compétition si exigeante. Le prix à payer pour monter sur le podium n'est-il pas au final trop élevé ?

Kiss & Cry © Ecce Films - UFO Distribution

Frais comme la glace

Le film de Lila Pinell et Chloé Mahieu doit énormément à sa jeune interprète : actrice non professionnelle mais vraie sportive, elle s'avère très attachante et d'autant plus crédible dans son rôle d'ado blasée par la compétition qu'elle connaît bien ce milieu. Son naturel s'impose dans des scènes — en partie improvisées — dans lesquelles les dialogues adolescents s'expriment avec légèreté et justesse, dans toute leur fraîcheur. Des échanges très bien vus et parfois très drôles comme la discussion assez surréaliste entre Sarah et son petit copain pour établir la nature réelle de leur relation, un exemple parfait de la maladresse touchante de l'adolescence. Véritable entraîneur qui joue dans le film son propre rôle — avec une bonne dose d'exagération —, Xavier Dias motive les filles en étant très cash avec elles : il les insulte en commentant leur poids ou encore les invite à aller chez un psychiatre. Un personnage abusé et abusif mais dont les saillies sont tellement directes qu'elles en deviennent drôles et rendent le personnage finalement étrangement sympathique. Difficile de trouver totalement antipathique cet entraîneur qui croit honnêtement en sa méthode radicale pour motiver ses troupes. Ce casting naturellement parfait, complété par Dinara Droukarova, actrice professionnelle qui joue la mère de Sarah, donne au film une vitalité folle qui fait par moment oublier son statut de fiction.

Chronique d'une soif de compétition qui s'efface progressivement devant l'envie d'être une adolescente comme les autres, Kiss & Cry captent avec finesse l'urgence d'une période difficile où la soif d'expérimentations en tout genre vient se heurter aux contraintes ressenties comme injustes. Un tour de piste fébrile et rafraîchissant dans l'univers adolescent.

> Kiss & Cry, réalisé par Lila Pinell et Chloé Mahieu, France, 2017 (1h18)

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook

Articles du mois