Jo Attia, le truand pluriel

lundi 8 août 2011 | Rémi Métriau

Cinquième épisode de notre série de l’été "Crimes et malfrats", avec Joseph Brahim Attia, aka Jo le boxeur. Lui, c’est la truanderie parisienne fantasmée. Celle du casse en noir et blanc, du gueuleton arrosé dans un vieux rade de Pigalle, de la torgnole distribuée par des mecs qui ne blaguent pas et des conversations argotiques le cul vissé dans une Citroën 15-Six… Jo, c’est le pote de Pierrot le Ouf, un résistant un peu collabo, déporté, survivant, barbouze impliqué dans l’enlèvement de Ben Barka et membre éminent du Gang des tractions avant. Tac Tac Badaboum...

Sans père, mort à la fin de la Première Guerre mondiale, Joseph n’est pas élevé par sa mère qui préfère le confier à des paysans pas tendres. Au menu, tartes et besognes ingrates. Parallèlement, le « petit » entame une carrière prometteuse de boxeur. Malheureusement pour lui, ses managers la lui font à l’envers et, pour le pognon, foutent sa carrière en l’air. Le distributeur de gnons doit rapidement penser reconversion. Alors, au sortir de l’adolescence, Jo le boxeur larcine mais… La cloche tinte et la première condamnation tombe, il a 19 balais. L’armée l’appelle alors.

Un homme de contact

Le jeune homme fait son service militaire dans les bataillons d’infanterie légère d’Afrique, les Bat d’Af pour ceux qui savent. Des bataillons qui ont la particularité d’être essentiellement composés de mecs ayant un casier judiciaire. Une expérience plutôt rude mais aussi l’endroit rêvé pour étendre un réseau encore famélique, envisager de nouvelles perspectives et se rêver en entrepreneur du grand banditisme. C’est d’ailleurs à cette occasion que Jo rencontre Pierre Loutrel, mieux connu sous le pseudo de Pierrot le Fou. Amitié de circonstance.

En 1939, la guerre éclate, entre banditisme, collaboration et résistance, Jo cumule. Henri Lafont, le chef de la Gestapo française, balance Attia en 1943. Un truc lui a pas plu, on n’en sait pas plus. Ce même Lafont l’accusera plus tard d’avoir livré tout un groupe de résistants. Pas un demi-enfoiré le bonhomme. Déporté à Mauthausen grâce à ses potes des Bat d’Af qui réussissent à convaincre Lafont de ne pas le condamner à mort, le dur à cuire qui a déjà connu la taule se montre fort comme un vainqueur de Koh Lanta. Il évite la mort d’un paquet de déportés plus frêles et aide, sans le savoir, ses prochains alliés, comme le futur ministre gaulliste de la Justice, Edmond Michelet, qui témoignera favorablement lors d’un de ses procès.

La dream team du grand banditisme

Revenu d’Autriche, l’héroïque reçoit la Légion d’honneur des mains de De Gaulle qui joue les Denis Brogniart de luxe pour la circonstance. C’est pas le tout, mais une jolie médaille n’a jamais nourri son homme, alors Attia recontacte ses potos d’antan du Bat d’Af. Le rendez-vous n’est pas fixé sur les marches de la Place des grands hommes et il ne s’agit pas non plus de savoir si l’un s’est marié, l’autre a des gosses et si Pierrot explore toujours le subconscient. De la flicaille louche, des résistants canailles et des salauds de collabos décident alors de s’associer pour fonder une espèce de dream team du grand banditisme. Son nom : le Gang des tractions avant. Dans le panier, Pierrot le Fou, Abel Danos, Georges Boucheseiche, René la Canne, Riton le tatoué ou encore Jo Attia. Bref, la crème de la crème et de quoi persuader Perrette de renoncer à sa Bridelice. Bijouteries, banques, convois de fonds, antiquaires, la bande ratisse large.

Si les mecs sont rarement emmerdés, c’est grâce, notamment, à une préparation au poil de fion mais surtout à leurs Citroën rutilantes et surpuissantes. La police en tacot laisse filer les malfrats, la queue entre les jambes. Le QG de la bande se trouve à Pigalle. Là, ils se baladent en costard, côtoient les gens du coin et règlent leurs comptes à coups de canifs et de gros pétards. Cependant, Pierrot le Fou semble un peu effrayer ses collègues de braquos qui, du coup, prennent leurs distances. La même année, "PlF" le malheureux s’exécute malencontreusement en se tirant une balle dans le bide.

La fin d’une époque

Attia arrête les conneries et devient un bandit tout à fait respectable à la botte du gouvernement français. Employé des services spéciaux français du renseignement, il est désormais barbouze. L’entourloupe est alors officielle mais secret défense. En 1965, Mehdi Ben Barka - principal opposant socialiste et tiers-mondiste au roi du Maroc - est enlevé ; il ne sera jamais retrouvé. De Gaulle dit que non, la France n’y est pour rien et ne savait pas. Aujourd’hui, on sait que si. On sait aussi qu’Attia a été mêlé à cette affaire. En 1966, le boxeur qu’on croyait rangé des tractions est accusé d’escroquerie et part à l’ombre pour deux ans. Le « roi du non-lieu » a perdu sa veine, et ce, malgré ses nombreux soutiens dans les plus hautes sphères de l’Etat.

La fin n'est pas gaie et la chute inexistante. A la tête du Gavroche, un bar-cabaret de Pigalle, il se calme un peu. Ici, ouvriers, artisans, catcheurs, « gens de la balle », truands en tous genres se retrouvent. Attia est une figure. En 1969, un type se pointe dans son bar, tue la serveuse, son mec, et en profite pour violer la fille d’Attia. Christian Jubin, c’est son blaze, est finalement retrouvé et foutu en cabane, certainement le meilleur moyen de pas finir en brochette. Jo Attia, bandit de la vieille époque, développe un cancer de la gorge qui l’emporte en 1972. A peu près au même moment, un autre espiègle de bon calibre fait son retour en France : il s’agit de Jacques Mesrine. Le taquin assurera la relève en mythifiant, à son tour et à sa sauce, la figure du bandit.

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