Irène à New York

mercredi 7 sept. 2011 | Aurélie Desmas

A New York, le climat est assez extrême, ce qui ne surprendra personne. Le thermomètre atteint facilement les -10° C l’hiver et les 40 l’été. Mais, situé dans une zone relativement stable, le nord-est des Etats-Unis rencontre rarement des problèmes majeurs liés aux intempéries, si ce n’est une tempête de neige par an. Jusqu’à l’arrivée d’Irène. Aurélie, qui vit dans la Grosse Pomme, se souvient du passage de cet ouragan si redouté.

Cette semaine avait commencé bizarrement avec un petit tremblement de terre imprévu qui était venu ouvrir les festivités le mardi 23 août. A 5,8 sur l’échelle de Richter et avec un épicentre en Virginie, pas de grande panique – mais un petit frisson dans la Grosse Pomme tout de même. Dès le lendemain, puisque les réjouissances n’étaient pas assez grandioses, la météo annonce que l’ouragan Irène se dirige vers le nord des Etats-Unis, fait très rare pour un phénomène tropical.

Toutefois, les experts avaient bien du mal à prévoir sa trajectoire et son évolution (à noter que les hurricanes passent fréquemment dans les Etats du sud donc le pays comptent d’excellentes équipes de météorologues). Irène se déplaçait en effet très lentement ce qui pouvait modifier sa trajectoire à la dernière minute et la voir perdre en intensité, ou au contraire en gagner au gré des vents rencontrés sur son chemin. Le jeudi, le maire de New York, Michael Bloomberg - largement critiqué durant l’hiver 2010 pour n’avoir pas su protéger les New-Yorkais d’une violente tempête de neige - prend les devants et annonce l’évacuation des zones risquant l’inondation et la mise en place de lieux d’accueil pour un total de 9 000 personnes. L’état d’urgence est déclarée par le maire, le gouverneur, puis par Barack Obama.

Un vent de panique commence à souffler sur Manhattan. Particulièrement lorsque les aéroports décident de suspendre les départs et arrivées, et lorsque la MTA (société gérant les transports en commun) annonce stopper toutes activités à partir du samedi midi jusqu’à nouvel ordre, contraignant ainsi les New-Yorkais à rester chez eux ou à changer leurs plans. Une amie vivant à Chelsea me dit alors au téléphone (vendredi après-midi) : « je suis allée faire deux-trois courses au supermarché d’en-face ce matin et il y avait déjà la queue. Mais cet après-midi, c’est la folie, la queue pour les caisses fait presque le tour du building. »

Le supermarché dévalisé

En effet, l’état d’urgence recommande de se fournir en eau potable disponible en gallon (environ trois litres), boîtes de conserve, lampe torche, bougies ; de charger tous ses appareils électriques (en particulier les téléphones portables) et de rester éloigné des fenêtres en cas de vents violents. Les tempêtes de neige ont, par ailleurs, appris quelque chose aux New-Yorkais : en cas de coups durs, le système électrique est toujours le premier à sauter, ce qui, en période de grosse chaleur et avec près de la moitié de la population équipée en air conditionné, peut rendre la situation critique, en particulier pour les familles avec de jeunes enfants ou pour les personnes âgées. Ouragan ou pas, la température demeure élevée : 30 degrés, tout de même.

Le samedi matin, mon supermarché de Brooklyn n’a jamais été aussi plein, et voit de longues files d’attente à la caisse : son chiffre d’affaires du mois va certainement se faire en une matinée. On sent un léger vent d’angoisse, d’autant que le ciel est couvert et que de petites gouttes viennent annoncer la tempête.
Les nouvelles de la veille prédisaient l’arrivée d’Irène vers 20 heures, le samedi soir. L'ouragan doit désormais passer dans la nuit. Vient le soir et les prévisions : après être passé en Caroline du Nord et avoir pratiquement rejoint le New Jersey, il devrait arriver à New York vers 8 heures du matin. En attendant le déluge, les New-Yorkais n’ont pas perdu le sens de la fête alors que fleurissent les "hurricanes party" improvisés ici et là - histoire de quand même sortir en ce samedi soir, alors que nombre de bars et restaurants sont fermés.

Arbres déracinés, flaques d'eau et abeilles délogées

Le vent commence à souffler bruyamment sur Brooklyn vers 2 heures du matin et jusqu’au lendemain, 10 heures. Des pluies diluviennes se déversent sur New York vers les coups de 6 heures, accompagnées d’un vent violent dépassant les 100 km/h tandis que les fêtards cuvent et ne voient finalement rien de l’ouragan qui passe sur la ville, de bon matin. Une coupure de courant prive certains quartiers d’électricité pendant quelques heures – mais la panne ayant été anticipée, le service sur la ville de New York est rétabli assez rapidement.
En fin de matinée, les nuages sont toujours là, mais le vent s’est calmé, restent quelques rafales de temps à autre qui rappellent qu’un ouragan est tout de même passé par là. Le long de la route vers le pont de Brooklyn, des arbres ont été déracinés, même ceux dont les racines étaient coincées dans du bitume.

Dans le parc de Fort Greene, une équipe d’apiculteurs essaie de protéger la population d’un nid d’abeilles dont la ruche – cachée dans une branche d’arbre – a été coupée en deux lorsque la branche s’est brisée. Des grandes flaques d'eau amusent les enfants en bottes, des gens se font prendre en photo devant des troncs d’arbres à terre. A New York, seule une personne a trouvé la mort pendant la tempête, dans le Bronx, alors qu’il allait vérifier si son bateau était correctement amarré au plus fort de l’ouragan. Le paysage n’est pas aussi apocalyptique que prévu, encore que quelques voitures ont mal vécu la chute de branches ou autres arbres – mais en soi, pas de pertes majeures.

Sur Manhattan, beaucoup moins boisé que Brooklyn, de nombreux habitants se demandent même pourquoi on a fait tant de tapage pour rien. Pourtant, la rivière Hudson a beaucoup monté et le Meatpacking district a été inondé.
N’avaient-ils pas lu la presse ? Irène avait en effet fait de gros dégâts en Caroline du Nord et on ne pouvait pas ne pas prendre cet hurricane à la légère. D‘autant qu’il aurait suffit que l’ouragan dévie de quelques kilomètres de sa trajectoire et les dégâts auraient pu être bien plus importants sur Manhattan.

Une semaine après son passage, le bilan demeure lourd pour les douze Etats qui ont vu passer Irène : dix-neuf morts, entre sept et dix milliards de dollars de dégâts, et de nombreuses zones sinistrées, pas forcément par l’ouragan lui-même mais par ses conséquences : la montée des eaux des rivières a sévèrement inondé des endroits reculés où secours et systèmes électriques sont difficilement accessibles ou simplement précaires. Le montant des dégâts a encore besoin d’être évalué dans ces zones dévastées. En clair, Irène n’a pas encore fini de faire parler d’elle.

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