Humour de blondes

jeudi 29 mars 2012 | Fabien Randanne

L’humour se conjugue au féminin et à la blondeur. Cynisme frelaté sur fond doux-amer ou dinguerie joyeuse sur lit d’incompréhension transatlantique… Facile de choisir.

 

Young adult

Mavis Gary, auteur de bluettes pour jeunes adultes (d’où le Young adult1 du titre) qui vivote entre déprime et panne d’inspiration, laisse Minneapolis pour quelques jours. Le temps de rentrer dans sa petite ville natale pour reconquérir son premier amour, qui vient de devenir papa. Diablo Cody est en quelques années devenue une scénariste à succès, adoubée par la confrérie des pseudo-hipsters, et il est difficile de comprendre pourquoi.
Comme si ses tatouages et son pseudo gentiment maléfique suffisaient à cacher ses relents réactionnaires. Son premier script, celui de Juno (également porté à l’écran par Jason Reitman, en 2008), pouvait être lu comme un tract anti-avortement emballé dans une imagerie cool pour faire passer la pilule (sans mauvais jeu de mots).

Celui de Young adult laisse une impression moins désagréable, si ce n’est qu’il fait dans l’anticonformisme consensuel. Un pitch autour d’une briseuse de ménages, en France, ça donnerait un vaudeville, aux Etats-Unis, c’est on ne peut plus sulfureux (mais le ménage, donc l’honneur, sera sauf, comme il se doit). Névrosé, vaguement antipathique, associable sur les bords, avec un je-ne-sais-quoi-d’attachant, le personnage de Mavis Gary est, au départ, plutôt prometteur.
Cette trentenaire insatisfaite, carburant à l’amertume, est restée bloquée sentimentalement dans les années 1990, à l’époque où elle appartenait à la caste des filles populaires de son lycée. Dommage que Diablo Cody n’ait pas cherché davantage à exploiter la folie douce qui anime Mavis quand elle débarque dans le trou paumé de sa jeunesse en affirmant qu’elle est bien décidée à remettre le grappin sur Buddy, l’amour de ses 18 ans. Et que rien ne sera plus facile.

Hélas, le scénario se délite rapidement et Mavis ne devient plus qu’une caricature d’ex-cheerleader exécrable mais si gentille dans le fond. Ou pas. Comme s’il fallait lui trouver des circonstances atténuantes pour l’absoudre, Diablo Cody s’est creusé – pas trop profondément tout de même – les méninges pour débusquer le traumatisme censé expliquer le pourquoi de toute cette rancœur.
La galerie de seconds rôles, hâtivement dessinés, n’aide pas à relever la fadeur de la sauce. Charlize Theron se débrouille très bien dans le rôle de Mavis Davis, raison de plus pour déplorer les remugles de provoc’ convenue de son rôle. En garce, elle aurait excellé. Young adult, qui n’est pas à proprement parler une comédie, fait parfois sourire. Cody et Reitman ont choisi l’option douce-amère, malheureusement mise au service de la tiédeur.

 

Two days in New York

Bien plus réussie, quoique non exempte de défauts, Two days in New York2 est une suite réussie de Two days in Paris (Julie Delpy), succès surprise de 2007. On retrouve la spontanéité et le joyeux bordel qui régnait dans le premier film mais Julie Delpy ne s’est pas contentée de réchauffer une recette qui a fait ses preuves.
Depuis le précédent épisode, la frenchie Marion (July Delpy) s’est séparée de Jack et vit désormais avec Mingus (Chris Rock). Ensemble, ils ont recomposé une famille avec leurs enfants respectifs. A leurs côtés, la sœur de Marion, Rose, leur père Jeannot, ainsi que Manu, qui est sorti avec les deux filles, sont convoqués pour rejouer le choc des cultures franco-américain en territoire yankee.

Le scénario, tout en nonchalance, progresse à son rythme, déclinant des vignettes cocasses sur les incompréhensions bilatérales, les situations gentiment barrées et les échanges hystériques. Julie Delpy pousse par moments la caricature assez loin, mais force est de reconnaître que sa tendance à l’exagération est motivée par une certaine réalité du Français sans gêne.
Malgré une baisse de régime en milieu de parcours, Two days in New York, sait retrouver le ton fantasque qui faisait le charme de l’épisode parisien précédent. Le charme opère à nouveau. Et l’émotion s’immisce par petites touches, notamment lorsque les allusions à la mère disparue de Marion font écho à la maman de Julie Delpy, l’actrice Marie Pillet, décédée il y a trois ans. Le film lui est dédié.

  1. 1. Young adult, Etats-Unis, 2011, réalisé par Jason Reitman (1h33).
  2. 2. Two days in New York, France/Allemagne/Belgique, 2011, réalisé par Julie Delpy (1h35).
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