Les "Zones sans relou" contre le harcèlement de rue

jeudi 1 mai 2014 | Audrey Minart

Recevoir des compliments trop insistants d’inconnus, être sifflée, bousculée, insultée, suivie… Autant de formes de harcèlement que de nombreuses femmes subissent dans la rue ou le métro. Et qui dérivent parfois jusqu’aux attouchements, ou à l’agression. Face à la banalisation de ce phénomène le collectif "Stop harcèlement de rue" vient de se créer. Leur action #zonesansrelou, qui s’est déroulée le 25 avril à Bastille, visait à sensibiliser les passants.

« Hey t’es trop belle ! Oh réponds salope ! » Voici le type de politesses, bien connues d’un grand nombre de femmes, qui peuvent s’échanger au coin d’une rue ou sur le quai d’un métro. C’est également l’en-tête d’un tract que le jeune collectif "Stop harcèlement de rue", tout juste créé en février dernier, a distribué aux passant(e)s dans la rue de Lappe à Paris (Bastille) vendredi 25 avril, à l’occasion de l’inauguration d’une "zone sans relou". Dessus, y figurent également des conseils comme : « Non c’est non ! Dites exactement au harceleur ce que vous voulez. Par exemple, ‘Eloignez-vous’ Parlez d’un ton assuré et sans formule de politesse. » 

« Même moi qui suis formée pour y répondre, je ne sais pas toujours quoi faire dans cette situation », avoue Mathilde, 34 ans, l’une des militantes du collectif. « J’ai souvent eu le droit au fameux et insistant ‘T’es charmante’, témoigne Christelle, 32 ans. Le plus souvent, je regarde ailleurs. Il arrive parfois que la personne polie au fond de moi ait envie de répondre ‘merci’… Mais je ne dis rien en général. » Si cela suffisait toujours pour dissuader…

Ces initiatives contre le harcèlement de rue se multiplient ces derniers termps. Le documentaire de Sofie Peeters réalisé en 2012 à Bruxelles avait déjà permis de tirer la sonnette d’alarme. Depuis, Joëlle Milquet, la ministre belge de l’Egalité des chances s’efforce de faire reconnaître ce type de harcèlement comme une "atteinte grave à la dignité humaine"« Nous nous inscrivons également dans  le mouvement ‘Hollaback’ (un mouvement international contre le harcèlement de rue, ndlr), présent dans plusieurs pays dans le monde », explique par ailleurs la militante.

Témoins

Objectif du collectif, aux moyens rudimentaires pour l’instant : "éduquer". Et donc parler d’un phénomène banalisé, qui n’en devient pas moins un véritable calvaire pour certaines et peut aboutir à une agression physique. Souvent sous le regard des témoins impassibles, comme ce fut le cas à Lille la semaine dernière. La principale difficulté justement est de faire intervenir ces témoins. Un passant, Gary, 26 ans, témoignait à ce propos vendredi : « Je me souviens avoir assisté il y a six mois, dans le métro, à ce type d’événement. Deux hommes insistaient auprès d’une jeune femme, et puis tout à coup c’est devenu très violent : ils lui ont hurlé dessus, et l’ont traitée de ‘salope’. Elle est sortie à l’arrêt suivant, mais ils se sont rués derrière… Le temps que l’on réagisse, les portes du métro s’étaient refermées. Elle s’est mise à courir... Je n’ai jamais su ce qu’il s’est passé ensuite. » Avant de conclure : « On n’agit pas parce que l’on pense toujours que ça va se calmer. »

C’est pourquoi les conseils du collectif s’adressaient non seulement aux passantes, mais également à ceux et celles qui pourraient un jour être témoins de ces agissements. Et parmi eux, les gérants de bars, susceptibles d’intervenir. Justement, outré par les messages des affiches collées au mur par les militants du collectif (photos), l’un d’entre eux s’offusquait vendredi : « Je trouve que c’est un peu violent. Bien sûr que certains comportements n’ont pas lieu d’être, d’ailleurs cela n’arrive pas dans mon établissement. Mais dans la rue… Si j’interviens, que se passe-t-il ? Il peut y avoir des coups… Et c’est moi que l’on embarque, que l’on peut accuser de ‘réaction disproportionnée’. »

« Il y a en effet quelques zones de tension dans le XIe arrondissement, et notamment dans la rue de Lappe », acquiesce Stéphane Martinet (PS), adjoint Prévention, Sécurité, Médiation, et ayant tenu à être présent vendredi pour « prendre en considération » les actions du collectif. « Les élus de la ville partagent ce constat et même s’en inquiètent. Il y a un besoin d’action. » Mais rien n'est encore acté à ce jour.

Recours juridiques ?

« Certaines lois peuvent être invoquées pour permettre aux victimes de se défendre, explique Delphine, 29 ans, militante du collectif. Mais il faut vraiment le vouloir. » La loi sur le harcèlement sexuel tout d’abord, mais qui ne concerne que les actes à la fois répétés dans le temps, et venant d’une même personne.1 « L’article 33 de la loi du 29 juillet 1881* punit également les injures dans l’espace public, précise en outre la militante. Mais le collectif ne compte pas prendre appui sur la judiciarisation. Il est déjà tellement difficile de porter plainte pour une agression sexuelle… » La priorité va donc à l’éducation, une solution également prônée par Najat Vallaud-Belkacem. Le collectif, qui n’en est qu’au début de sa réflexion, réfléchit notamment à des campagnes d’affichage dont le but serait de décourager ces comportements, dans les bars par exemple, avec le concours des gérants volontaires.

La priorité doit aussi être placée dans l'école. Parce que non, "t'es bonne" n'est vraiment pas un compliment. 

  1. 1. « Le harcèlement sexuel est le fait d'imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante. »
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Zones sans relou, comment tout mélanger et se tromper de cible

Les problèmes de harcèlement, de sexisme sont là encore présent, et augmente dans certains cas, dans nos sociétés mais les zones sans relou me semble une réponse inadapté, et surtout assez révélateur de la société actuelle hyper individualiste, et de ce qui se passe en ce moment avec les nouveaux courants féministes qui placent dorénavant leur combat sur le masculin nait coupable d'avance, à rééduquer, là où le féminisme d'avant incorporait les hommes et ne cherchait pas à cliver, ou de faire d'un "délit"(sifflements etcetc) comportements agressif une attitude purement masculine, une forme de communautarisation des délits, des pensées(si j'ai pas eu ce job, ou si on m'a mal parlé c'est parce que je suis noir, arabe, homme, femme, homo, nains, roux etcetc Tout en ne niant pas le fait que les insultes sont visés et ciblés mais ces mêmes individus après avoir fait chier un handicapé, iront faire chier une femme après un homme pour avoir une clope. En ne prenant pas en compte le fait que la plupart des actes relèvent d'un problème psychologique, ou sadique pour les pires) On fait à mon sens une inversion de charge, ce n'est plus le délit ou le truc relou qui est prit en compte, c'est son appartenance à un groupe social/sexué/religieux qui devient le délit en quelque sorte. Qui est pour moi une dérive de plus communautaire, et on ne donne du coup pas une réponse adapté. Je comprend que les sifflements et autres phrases type vulgaire, bien lourde sont une calamité et peuvent dégénérer mais y inclure dans ce combat, qui est en fait un combat de société, par exemple une drague mal venue au mauvais moment au mauvais endroit ou fait par un quelqu'un qui ne plait pas, là ou un autre aurait fait la même chose ça serait passé ça revient à standariser la société, à tenter de mettre une norme sur des choses super subjectifs, une forme de discrimination au faciès. Un jour on peut être "open", un autre non mais ça comment le savoir sans faire le premier pas?! Et qui dira ce qui relève du relou ou pas, j'y vois une possible dérive sans arranger le fond des choses. Là on reste dans du cohérent mais on sent bien qu'il y a de l'affect qui rentre dans ces revendications, du personnel par forcément lié à une agression, et un jour peut être que juste parler à une personne dans une zone non estampillé "zone sans relou", ou même dans une zone sans relou sera perçu comme une agression. Le sexisme n'a pas seulement lieu et n'a pas les racines dans la rue de Lappes, le sexisme s'exprime le plus dans les quartiers sensibles, j'imagines qu'aucune zone sans relou sera crée à Grigny. Et ces zones n'agissent pas sur le fond, l'éducation. Ca ne fait que déplacer le problème, voir le renforcera car que se passera t-il une fois sortit de ces zones?! Là ou il y aura tout les bannit justifié et d'autres moins justifié?! Et est ce que ce n'est pas d'une certaine manière, rendre la femme encore plus apte à voir une agression que de se faire draguer hors de ces zones?! Quand on est en mode fermé, dans sa bulle, tout peut être perçu comme une agression, d'autant plus si pour une femme on ne peut qu'être dragué dans ces zones....(il est évident que je ne parle pas des agressions physique et des gestes clairement lourdos) Cette mesure me fait penser aux discours des radicaux religieux pour justifier les piscine séparés, le niqab. Cette mesure, à mon sens, laisse penser qu'une femme serait moins apte qu'un homme, finalement, à supporter ce qu'on appelle les agressions psychologiques(oui les hommes aussi se font insulter pour d'autres raisons) Allant dans le sens inverse du féminisme et dans un discours patriarcal de la femme fragile, incapable de faire le distinguo, ou d'avoir le répondant pour calmer un lourdos(je parle des lourdos et autres truc relou) Les agressions physique relevant pour ma part du sadisme et n'étant pas l'apanage des femmes. J'exprime juste mon opinion et mes interrogations quand à la pertinance d'une telle approche. Les femmes étant assez bizarrement exclue de la frange de la population dite "relou", laissant à penser qu'une femme ne peut pas être relou, qu'une lesbienne ne pourrait pas être relou avec une autre femme, seul l'homme l'est et d'une certaine façon ça contribue à nous diaboliser, à laisser croire qu'une femme est incapable de supporter des insultes(que je ne cautionnes pas, tout comme je ne cautionnes pas les insultes envers les hommes à la différence c'est que ces insultes là elles ne sont pas, à raison, vu comme visant un groupe particulier, elles ne sont pas sexualisé par les victimes) On est entré dans une ère de communautarisation des esprits et de clivage, tout le monde est dans sa bulle refermé sur lui même et dès qu'on penétre dans sa bulle c'est une agression, il suffit de voir le nbs de personnes replies dans leur monde avec leur gros casques sur les oreilles pour ne pas à être dans ce monde, je pense que l'individualisme joue aussi dans la perception des choses. En espérant que mon message n'aura pas été mal comprit, je suis bien évidemment contre le harcèlement, contre tout ce qui relève de l'agression envers autrui et ce quelque soit son sexe, son origine, sa religion.
 

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