"Les grandes ondes (à l'ouest)", la révolution tranquille

mardi 11 févr. 2014 | Marco Pierrard

Huit ans après "Comme des voleurs (à l'est)", le réalisateur suisse Lionel Baier continue à explorer l'Europe. Destination le Portugal pour vivre la Révolution des Œillets avec des journalistes radio complètement à l'ouest !

Julie et Cauvin, deux journalistes de la radio publique suisse, sont envoyés au Portugal en avril 1974 pour réaliser un reportage sur l'aide helvétique dans ce pays. Ils sont accueillis sur place par Bob, un technicien en fin de carrière, qui les accompagne à bord de son fidèle combi Volkswagen. Pelé, un jeune Portugais, rejoint le trio pour mettre à disposition ses talents de traducteur.
Très rapidement l'expédition tourne au fiasco : les deux reporters ont du mal à se supporter et découvrent que l'aide suisse se résume à peu de choses : une horloge, un robinet mélangeur pour lavabo ou encore un terrain vague qui attend le lancement des constructions prévues. Dépités, ils décident d'abandonner leur reportage.

Julie et Cauvin s'apprêtent à quitter le Portugal quand ils apprennent qu'une révolution est en marche. L'équipe décide alors de couvrir cet évènement historique et se jette dans le tumulte de la Révolution des Œillets. Tandis que les militaires, soutenus par le peuple, renversent la dictature en place depuis plus de 40 ans dans le pays, Julie, Cauvin, Bob et Pelé profitent, chacun à leur façon, du vent de liberté qui souffle sur cette nuit du 24 au 25 avril 1974.

Les Grandes ondes n'est pas un film historique, il ne faut pas s'attendre à une vision réaliste des événements comme dans Capitaines d'avril réalisé en 2000 par Maria de Medeiros. Le coup d'État mené par les militaires sert uniquement de toile de fond à cette comédie dont les références sont plus cinématographiques qu'historiques. Un choix assumé qui permet l'intrusion dans le film d'éléments surréalistes comme une scène de comédie musicale (plutôt réussie) ou encore la présence anachronique d'un groupe de filles faisant penser aux Pussy Riot.

Des personnages à l'ouest, mais attachants

Le film a été construit autour du personnage féminin, un rôle prévu dès l'écriture pour Valérie Donzelli. Lionel Baier, réalisateur et co-auteur, reconnait que "le scénario était moins bien"1 que le film, en effet celui-ci doit beaucoup aux interprétations des acteurs. Valérie Donzelli (Julie) est très juste en femme libre dont la fraicheur perturbe ses collègues et Michel Vuillermoz (Cauvin) est parfait en reporter de guerre se raccrochant à ses exploits passés (son dernier "coup" remonte à plus de 6 ans). L'opposition entre les deux journalistes, la jeune féministe et le macho vieille école, n'est pas une situation très originale mais le duo fonctionne et on se plait à suivre l'évolution de leur relation bousculée pas les événements.

"Quand les temps sont vraiment durs, c'est le moment de faire une comédie", cette déclaration d'Ernst Lubitsch est reprise à son compte par Lionel Baier. Le metteur en scène souhaitait faire un film qui rappelle, en période de crise, que l'Europe peut être "un vecteur de progrès et de collaboration" et que le démocratie ne doit pas être considérée comme acquise. Un propos sur l'Europe et la liberté qui prend une dimension toute particulière alors que ses compatriotes viennent de voter en faveur de "la fin de l'immigration de masse" au sein de leurs frontières.

Provenant d’un passé pas si lointain, ces "grandes ondes" diffusent dans la morosité ambiante un air de liberté qu’on capte avec plaisir.

Les grandes ondes (à l'ouest), réalisé par Lionel Baier, Suisse, 2013 (1h25)

  1. 1. Les propos de Lionel Baier ont été recueillis le dimanche 9 février lors d'une projection en avant-première à l'Espace 1789
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