"Le grand méchant renard", ça rigole ferme

mercredi 21 juin 2017 | Marco Pierrard

Très bon

La campagne n'est pas un endroit si paisible, on peut y croiser un renard qui se transforme en maman poule, un lapin qui fait la cigogne et un canard qui joue au Père Noël. Adapté de la bande dessinée de Benjamin Renner, Le grand méchant renard et autres contes séduit par son graphisme épuré et ses personnages loufoques très attachants.

Si vous imaginez encore la campagne comme un lieu de repos propice à la méditation, Le grand méchant renard et autres contes devrait vous faire changer d'avis. Dans la basse-cour de Benjamin Renner, les animaux de la ferme sont particulièrement agités. La preuve avec trois histoires dans lesquelles un renard materne trois petits poussins, un trio improbable composé d'un canard, d'un cochon et d'un lapin tentent de livrer un bébé à destination puis se mettent dans l'idée de remplacer le Père Noël. Des aventures mouvementées au ton décalé et surtout très amusantes.

Le grand méchant renard et autres contes © FOLIVARI / PANIQUE!/ STUDIOCANAL / RTBF (Télévision belge) - OUFtivi / VOO / Be tv

Un bestiaire joliment farfelu

Depuis qu'il est tout petit, Benjamin Renner offre de courtes histoires illustrées à ses proches, à défaut de savoir quel cadeau pourrait leur faire plaisir. Au fil des années, il a étoffé son univers et son bestiaire improbable de la ferme, sujet de sa bande dessinée Le grand méchant renard, a pris forme. Pour l'adaptation en long métrage, le dessinateur retrouve Patrick Imbert — directeur de l'animation sur Avril et le monde truqué (2015), lire notre chronique — qui avait collaboré avec lui sur le dessin animé Ernest et Célestine (2012) et le résultat est une nouvelle fois très réussi. Avec l'aide d'un scénariste, Benjamin Renner a pris du recul sur son œuvre pour l'adapter au cinéma. Certains dialogues assez bavards de la BD ont notamment été réduits et certains personnages ont été approfondis. Les trois poussins adoptés par le renard qui compte bien les élever pour les dévorer ensuite ont ainsi acquis une personnalité propre, pour le plus grand plaisir du spectateur. On retrouve les animaux anthropomorphes décalés — et pour certains savoureusement stupides — de l'œuvre originale ainsi que le trait de dessinateur qui donne tout son charme à cette animation volontairement "artisanale". Si les contraintes techniques ont poussé l'auteur à simplifier ses personnages, Le grand méchant renard et autres contes réussit cependant à conserver l'aspect très expressifs de ces drôles d'animaux et le trait brut et spontané de la BD. Le talent des acteurs qui doublent les voix achève de donner vie à ses bêtes aux aventures tordantes.

Le grand méchant renard © FOLIVARI / PANIQUE!/ STUDIOCANAL / RTBF (Télévision belge) - OUFtivi / VOO / Be tv

La parentalité drôlement redéfinie

Composé de trois histoires distinctes, Le grand méchant renard et autres contes prend la forme d'une pièce de théâtre jouée par les animaux. Une sympathique pirouette qui permet de lier les histoires entre elles. Le ton y est volontairement décalé et les blagues ont des références assez larges pour plaire aussi bien aux plus jeunes qu'aux adultes. Le conte principal qui donne son titre au film est certainement le plus réussi, les deux autres Un Noël parfait et Un bébé à livrer jouant plus sur des gags purement visuels. Cette idée géniale d'un renard qui "adopte" des poussins sur le conseil d'un loup cynique pour pouvoir les dévorer par la suite est issu d'un souvenir d'enfance de l'auteur. Lorsque Benjamin Renner avait six ans, son père lui a fait croire que si les poussins le voyaient en premier lors de l'éclosion ils le prendront pour leur mère. Une mise en garde qui a marqué l'auteur et finalement abouti à l'histoire de ce renard tocard qui a du mal à se faire respecter des autres animaux — même des poules ! — et se retrouve malgré lui "maman" de trois poussins. Avec beaucoup d'humour, ce conte improbable évoque la responsabilité de parent face à ses enfants — fussent-ils adoptés — et la grande question de l'éducation. Après avoir décidé de les épargner, le renard doit-il les élever comme des poules ou comme des renards ? Un dilemme qui provoquerait sans nul doute un AVC à un militant de La manif pour tous, une raison de plus pour se précipiter dans les salles obscures et découvrir l'épilogue de cette tendre adoption contre nature.

Benjamin Renner réussit avec brio l'adaptation des déboires improbables de ses animaux farfelus sur grand écran. Le grand méchant renard et autres contes charme par son animation artisanale et un ton décalé qui plaira aux plus jeunes, mais pas seulement. Veaux, vaches, cochons… rendez-vous à la ferme Renner, un lieu irrésistiblement dysfonctionnel.

> Le grand méchant renard et autres contes, réalisé par Benjamin Renner et Patrick Imbert, France, 2017 (1h20)

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