"Le Grand méchant loup" ne casse pas la baraque

jeudi 11 juill. 2013 | Etienne Baiffer

Ce remake d'une comédie québécoise recycle avec paresse les ressorts du théâtre de boulevard sur l'infidélité masculine.

En 2007, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, également connus en tant que "Nicolas & Bruno", signaient "La Personne aux deux personnes". Une comédie étrange dans laquelle un chanteur mort des années 1980, Gilles Gabriel, interprète du tube "Flou de toi", prenait possession du corps d'un comptable. Avec Alain Chabat dans le rôle-titre. Le film a eu droit à une importante campagne de promotion, se présentant comme une oeuvre grand public. Hélas, ce fut un flop. Le résultat, sans doute trop bancal et surréaliste, avait déconcerté les spectateurs, malgré sa tête d'affiche.

Au regard du "Grand méchant loup", il semblerait que le duo de réalisateurs ait avant tout cherché à faire un carton à tout prix, sans prendre trop de risques. Les trois personnages principaux sont des acteurs bankables (Kad Merad, Benoît Poelvoorde, Fred Testot). Alain Chabat l'était aussi, mais là, l'effet est puissance 3. Le scénario est inspiré d'un succès québécois, "Les 3 p'tits cochons", comédie réalisée par Patrick Huard (que l'on a vu l'an passé en Starbuck). Pour la créativité, on repassera. Car c'est bien là que le bât blesse : Nicolas & Bruno sont les types qui ont fait "Le message à caractère informatif", hilarante pastille humoristique qui recyclait de vieux films d'entreprises en leur imposant un doublage de fou furieux diffusée à la fin des années 1990 dans "Nulle part ailleurs". "C'était vraiment très intéressant". Ce sont aussi eux qui ont adapté pour la France la série "The Office", décapante et caustique vision de la vie en entreprise. Ils ont également cosigné le scénario du "99 Francs" de Jan Kounen... Bref, en matière d'humour, on a tendance à penser que leur came, c'est la dinguerie, les délires made in Cogip ou Cogirep (PME imaginaires dans lesquelles évoluent leurs personnages)... 

Rien de tout ça dans "Le Grand méchant loup" qui, à de rares exceptions, échoue à surprendre le spectateur. Hormis une voix-off godardienne (comme dans un film de Godard) surgissant à l'occasion d'une séquence, on peine à trouver les vannes décapantes. Cette histoire de trois frères qui, à des degrés divers, sont confrontés à la tentation de l'infidélité, utilise toutes les ficelles les plus pénibles du théâtre de boulevard. Les femmes ont le mauvais rôle : celui de la bonne poire, de la cruche frigide ou de la cocue résignée. Si elle ne se glissent pas dans cette catégorie, c'est qu'elles sont les maîtresses. Bon, la galerie de personnages masculins est elle aussi plutôt pathétiques. Ces hommes qui sont la mauvaise foi et le mensonge incarnés n'ont rien de franchement sympathique. Quoiqu'il en soit, cet énième film sur l'infidélité masculine, ne renouvelle en rien la thématique. Un comble pour un duo de réalisateurs habitués à transformer tous les matériaux originaux, en pépite d'humour ravageur.

Le Grand méchant loup, de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, France (1h47)

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