Du graffiti au graffuturism

mardi 14 mai 2013 | Dorothée Duchemin

Depuis la fin du mois d'avril et jusqu'au 31 juillet, la galerie Openspace organise à Paris un cycle d'expositions sur le Graffuturism, ce mouvement né du graffiti. 5 expositions et 25 artistes pour la première exposition graffuturiste en France. Reconnu depuis 2010, le Graffuturism réunit des artistes du monde entier, issus du graffiti, mais qui se sont affranchis de sa pratique traditionnelle. Samantha Longhi, cofondatrice de la galerie Openspace et rédactrice en chef de Graffiti Art Magazine nous raconte ce jeune mouvement artistique. 

Tanc, Sans Titre, aérosol et encre sur toile, 150 x 150 cm, 2011 - Courtesy Galerie Openspace / Tanc, Sans Titre, spray paint an

Qu'est-ce que le Graffuturism ?
Le graffuturism est un terme utilisé depuis 2010 pour rassembler des artistes issus du graffiti traditionnel (lettres, personnages…) qui ont fait évoluer leur pratique et leur univers artistiques. Souvent issus d'école de graphisme, d'architecture ou d'écoles d'art, ces plasticiens ont développé un travail - de rue mais aussi d'atelier - pouvant aller de l'abstraction la plus géométrique qui soit à la figuration déconstruite, questionnant les résonances visuelles, des lignes de fuite ou s'appliquant, de la même façon que les artistes italiens du courant futuriste, à dépeindre au plus près le mouvement et la vitesse inhérente à notre société. 

Fresques réalisées par Sat One, Poesia, Nawer, VLVLT & Pener, Paris 19e, © Galerie Openspace / Mural realized by Sat One, Poesia

Dans quelles circonstances, où et quand est né le Graffuturism ?
Le terme Graffuturism a été créé par l'artiste américain Poesia. Issu du graffiti, et fort d'une grande curiosité pour les pratiques artistiques de ses confrères, il fonde en 2010 le site internet graffuturism.com. Ce support lui permet de réunir et de suivre les artistes qui, comme lui, ont enjambé les fossés entre "arts officiels" et "arts officieux" et mélanger les influences. Depuis plus de trois ans, Poesia publie quotidiennement un ou plusieurs articles sur les actualités d'artistes internationaux que nous pourrions oser appeler "Graffuturistes" même si ce terme n'est pas aussi cloisonnant et précis que pourrait l'être le terme surréaliste ou dadaïste.

Thomas Canto, Black Burst, acrylique et gouache sur papier marouflé, fils de nylon, 50 x 50 cm, 2013 - Courtesy Galerie Openspac

Qui sont ses représentants et qu'ont-ils en commun ? 
Il n'y a pas de chef de file véritable si ce n'est Futura qui est régulièrement cité par les graffuturistes. Chaque artiste a sa propre démarche, son propre style. En regardant le site de Poesia, on peut découvrir peintres américains, anglais, suédois, polonais… La nationalité n'est qu'une différence, ils sont aussi singuliers par leur utilisation des médiums (le bois et le carton pour Clemens Behr - le béton pour Nawer - le papier découpé pour Remi Rough…). Néanmoins, la notion d'énergie, l'abstraction mais aussi le rapport à la ville notamment lors de performances outdoor sont les éléments communs permettant de les réunir autour du terme Graffuturism.

Pener, Ice Age, technique mixte sur toile, 120 x 100 cm, 2013 - Courtesy Galerie Openspace / Pener, Ice Age, mixed media on canv

Pouvez-vous me dire quelques mots sur l'histoire, jeune, du Graffuturism en galerie ?
Rudimentary Perfection à Glasgow s'est tenu en 2011. C'est grâce à cette exposition que certains artistes ont pu confronter leurs travaux sur murs ou sur toiles et poser les premières pierres permettant de légitimer cette mouvance du graffiti.
En 2012, a eu lieu Futurism 2.0 à Londres, curatée par Rob Swain. Pour ce second événement au Blackall Studio, un plus grand nombre d'artistes a été invité à investir les cimaises de cette galerie. De plus, un catalogue contenant un manifeste rédigé par le critique Daniel Ferral est édité pour l'occasion.
En 2012, Graffuturism à la Soze Gallery de Los Angeles. Curatée par Poesia en personne, cette exposition a vu grand en invitant plus de 40 artistes internationaux et élargi le line up à des artistes comme Boris Tellegen alias Delta et Futura. 

Remi Rough, The Then And The Now, technique mixte sur toile, 80 x 80 cm, 2013 - Courtesy Galerie Openspa

Comment avez-vous pensé, imaginé et mis en place ce premier cycle d'expo organisé à la galerie Openspace ?
Depuis la création de la galerie (en septembre 2012), le cycle d'expositions est un concept que nous désirons mettre en place (et sur le long terme). En effet, l'art contemporain urbain a de multiples facettes que nous voulons présenter aux visiteurs (collectionneurs, amateurs et néophytes).  Permettant ainsi de faire sortir l'art de rue de son image encore stéréotypée (graffiti - lettre - pochoir - bombe)
L'objectif premier de la galerie est de présenter l'art urbain et ses différents acteurs, mais d'une façon plus approfondie et en invitant des artistes connus plus souvent à l'international qu'en France. Le concept de cycle permet donc de s'arrêter sur un mouvement, une pratique… et de tenter à notre échelle de professionnaliser les artistes que nous représentons, tout en ouvrant le champ de vision et de connaissance du public.
Le choix du Graffuturism pour notre premier cycle fut assez simple et logique. En effet, les membres de la galerie ont un goût prononcé pour les travaux des artistes gravitant autour du Graffuturism. Le mélange de la tradition du graffiti augmentée d'une recherche plus abstraite et géométrique nous a très rapidement intéressés. Deux autres points ont été décisifs dans la décision de monter cette exposition : le fait que les artistes "Graffuturist" soient peu voire pas représentés en France (alors qu'ils ont un talent incroyable). Faire parti de ce "parcours" collectif et artistique qu'est le Graffuturism. Après Glasgow, Londres et LA, nous sommes fiers d'organiser la première exposition grraffuturiste en France.
Concernant l'organisation et la direction artistique, nous avons travaillé en collaboration avec l'artiste Poesia. Il nous a soumis des artistes, nous aussi. Un véritable travail d'équipe !

Fresques réalisées par Nelio, Kenor, Gilbert1 & Pez, Paris 19e, © Galerie Openspace / Mural realized by Nelio, Kenor, Gilbert1 &

Je crois qu'un dialogue est mis en place entre la galerie et des interventions d'artistes sur les murs de la ville ?
Le dialogue entre mur et galerie est primordial pour nous puisque nous sommes une galerie spécialisée dans l'art contemporain urbain. Il nous semblait donc important de faire peindre nos artistes sur des murs dans la ville, même si ce n'est pas toujours facile de convaincre les institutions et les différents acteurs locaux de l'intérêt de nos projets. Pener a été invité au M.U.R. (rue Oberkampf), les Graphic Surgery au M.U.R. XIII (en face de la BNF), le passage du Bureau - 11ème (passage en face de notre galerie) a été investi par 7 de nos artistes et ils ont aussi peint sur les murs de la rue Henri Noguères (19ème) lors d'un dimanche ensoleillé. 

> Graffuturism-Paris, jusqu'au 31 juillet à la galerie Openspace, 56 rue Alexandre Dumas, 75 011 Paris. 

> Prochain rendez-vous : Augustine Kofie, California Soul, à partir du 25 mai 2013. 

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