"Le Garçon la Bête", l’apprenti pas sage

mercredi 13 janv. 2016 | Marco Pierrard

Très bon

Ren, un jeune orphelin révolté, découvre par hasard un passage vers un monde parallèle dans lequel des Bêtes vivent cachées des humains. Il devient alors le disciple de Kumatetsu, un ours bourru qui lui enseigne les rudiments du combat. Avec ce duo improbable, Mamoru Hosoda prouve une nouvelle fois sa maîtrise dans ce film qui explore le sentiment d’abandon et les affres de l’éducation.

Alors que sa mère avec laquelle il vivait depuis le divorce de ses parents vient de mourir, Ren, neuf ans, se voit confié à des tuteurs légaux. Se sentant trahi par son père qui ne donne plus de nouvelles, le jeune garçon refuse cette famille adoptive et s’enfuit dans les rues de Shibuya, un quartier de Tokyo, ruminant sa haine pour l’humanité toute entière.
Dans une ruelle sombre, Ren rencontre par hasard deux créatures fascinantes : des Bêtes à l’aspect humanoïde. Intrigué, il décide de les suivre et découvre un passage secret entre le monde des humains et Jutengai, le monde où vivent ces Bêtes incroyables. Le jeune garçon est rapidement pris en charge par Kumatetsu, un imposant ours mal léché, qui le surnomme Kyuta. L’ours solitaire au caractère de cochon, combattant en lice pour devenir le prochain seigneur de Jutengai, décide de faire du jeune garçon son disciple et de lui apprendre à se battre tout en canalisant sa rage. Mais dans cette relation tumultueuse, les frontières entre les rôles de l’élève et du maître sont floues. Les deux têtes de mules vont évoluer et apprendre ensemble, à l’image d’un père et de son fils.

Le garçon et la bête © Chukyo TV Broadcasting Company (CTV) - Gaumont

Une éducation au poil

Mamoru Hosoda possède déjà un beau palmarès dans le monde de l’animation : la notoriété du réalisateur de La traversée du temps (2006) et Summer Wars (2009) a explosé en 2012 grâce au succès du magnifique Les enfants loups, Ame & Yuki. Ce film dont l’héroïne est une mère qui tente d’élever seule deux enfants mi-humain mi-loup avait été imaginé par le réalisateur comme cadeau à sa femme, alors que le couple ne pouvait pas avoir d’enfant. Dans son nouveau film, Mamoru Hosoda continue d’explorer les rapports familiaux en mettant cette fois-ci en lumière la relation père-fils et la famille de substitution à travers la relation de Kyuta, l’orphelin, et Kumatetsu, la Bête solitaire. Et comme dans son film précédent, le réalisateur joue malicieusement avec l’idée d’animalité, nous mettant face à nos propres pulsions.

Lorsqu’il arrive dans le monde fantastique de Jutengai, Kyuta est empli d’une colère froide, alimentée par la mort de sa mère et l’abandon de son père. Symbolisée par une ombre noire menaçante qui le suit dans les rues de Shibuya, cette rage intérieure va se confronter — non sans étincelles — aux méthodes d’apprentissage de Kumatetsu. Le lien incongru entre le jeune garçon et la Bête, aussi têtue que son élève, va pourtant se renforcer et très progressivement, au fil des années, l’adoption sera réciproque. Contre toute attente, le combattant solitaire et mal-aimé va assumer son rôle de père de substitution improvisé et en apprendre autant que son petit protégé. Avec ce drôle de duo, le réalisateur explore avec la sensibilité qu’on lui connaît le sentiment d’abandon, créateur de haine et de violence chez le jeune garçon. Une fois la révolte extériorisée, un autre combat, celui de la confiance et de l’apprentissage, peut débuter. Et dans ces domaines, Kyuta et Kumatetsu ont beaucoup à découvrir.

Le garçon et la bête © Chukyo TV Broadcasting Company (CTV) - Gaumont

L’ami Mal

Avec son univers à la frontière entre notre monde et celui d’un bestiaire imaginaire, Le Garçon et la Bête s’inscrit comme le pendant des Enfants loups. Mais dans ce nouveau film, Mamoru Hosoda inverse subtilement les codes en imaginant les Bêtes comme de nobles combattants s'affrontant selon des règles ancestrales et les humains en entités potentiellement dangereuses. Comme Kyuta, rongé par la haine contre ses pairs qui l’ont abandonné, l’homme peut porter en lui une violence dévastatrice pouvant mettre en péril le monde de Jutengai. C’est cette animosité — bien humaine — et cette part de ténèbres, que le jeune garçon va apprendre à canaliser en grandissant auprès de son maître Kumatetsu.

Sous-jacente tout au long du film, la tension explose dans les engueulades réjouissantes entre l'effronté Kyuta et son professeur bourru et lors des combats qui opposent Kumatetsu à Iôzen, son adversaire pour la place de seigneur. Toute cette énergie est magnifiée par la mise en scène fougueuse du réalisateur qui prouve l’étendue de son savoir-faire dans des scènes de combat admirables où la violence et la fureur trouvent de sublimes échappatoires graphiques.

Avec cette étrange relation entre un garçon rebelle et un ours humanoïde bougon, Le Garçon et la Bête offre une touchante réflexion sur le concept de famille, tout en interrogeant les rôles de père et de fils. Plus révolté et sombre que les Enfants loups, ce nouveau film de Mamoru Hosoda est tout aussi touchant : ce duo inédit est à adopter sans hésitation.

Le Garçon et la Bête (Bakemono no ko), réalisé par Mamoru Hosoda, Japon, 2015 (1h59)

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