Le jeune festival du cinéma indépendant de Bordeaux confirme

lundi 23 sept. 2013 | Vincent Arquillière

Après un coup d’essai concluant l’année dernière, le Festival du film indépendant de Bordeaux (Fifib), initié par l’association “Semer le doute”, revient du 3 au 9 octobre. Avec plus de moyens et d’ambitions, et toujours la volonté de faire découvrir un cinéma échappant au formatage. Son directeur artistique, le critique Léo Soesanto, fait le point sur cette deuxième édition.

Quel bilan tirez-vous de votre première édition ?

Léo Soesanto : On est très contents, car on partait vraiment de rien et nos ambitions étaient modestes. Même si les co-organisatrices du festival sont bordelaises et connaissent bien le contexte culturel régional, on ne savait pas trop où on mettait les pieds. Il y a déjà plusieurs rassemblements autour du cinéma dans la région, comme le festival du film d’histoire de Pessac, mais ils occupent plutôt des “niches” ; nous nous voulons plus généralistes. Cette première édition a fait 6 500 entrées, avec un taux de remplissage des salles d’environ 65 %, ce qui est plutôt satisfaisant. On savait avant même la fin du festival qu’on serait reconduits l’année suivante. Quelque chose a pris. La mairie, principal bailleur de fonds, a senti un potentiel, et nous avons eu une belle couverture médiatique. Il est vrai que nous avions des invités et des soutiens plutôt prestigieux : Olivier Assayas, Jonathan Caouette, Costa-Gavras…

Cette édition 2013 s’articule autour de l’idée de “frontière”.

Oui, c’est une thématique assez vaste, il peut s’agir de frontières géographiques, mais aussi entre les genres, entre les disciplines artistiques (les arts plastiques, ou la musique qui aura une place de choix, reflétant la vitalité de la scène bordelaise)... Ou même entre deux cinéastes (Pasolini et Ferrara, en l’occurrence). Disons que ça structurait un peu nos choix, car nous ne sommes que quatre dans l’équipe de sélection et nous n’avons pas l’ambition de tout voir. Nous avons visionné une centaine de films dans cette optique de frontière, et en avons gardé huit pour la compétition. Pour six d’entre eux, ce sera leur première française ; nous tenons à faire découvrir des réalisateurs et à montrer des oeuvres qui, sans cela, ne seraient pas vues chez nous. C’est sûr que nous ne sommes pas dans la concurrence avec de plus gros festivals, nous ne sommes pas là pour faire des “coups”.

Comment définir aujourd’hui le “cinéma indépendant” ?

C’est une notion très large, que nous voyons plutôt comme une boîte à outils. Il y aurait une analogie à faire avec la musique, ce qu’on appelle le rock indépendant ou l’indie pop, qui peut être considéré comme un genre en soi, avec des constantes, au-delà de ses conditions de production. De même, dans le cinéma indépendant type Sundance, il y a souvent des passages obligés, le même type de scènes, de situations, de personnages. Je le définirai avant tout comme un cinéma qui fait preuve d’une indépendance artistique, d’ambition, quel que soit son budget. Le spectre est donc assez large : ce peut être ce qu’on appelle des “films du milieu”, qui coûtent quelques millions d’euros, même si nous montrons davantage des productions fauchées, “do it yourself”, qui se font contre le système, ou malgré la crise. C’est notamment le cas du jeune cinéma grec, ou des films du Japonais Katsuya Tomita, réalisés avec très peu d’argent. Lui est d’ailleurs camionneur dans la vie, et est représentatif de toute une partie de la production cinématographique de son pays : une forêt cachée par quelques arbres comme Hirokazu Kore-eda ou Kiyoshi Kurosawa.

Vous fixez-vous des limites quant à ce que vous pouvez montrer ?

Pas vraiment. Personnellement, j’aime beaucoup le cinéma de genre, les films d’horreur, des choses pas forcément prestigieuses. S’il n’y en a pas dans la compétition, c’est juste que nous n’avons rien vu qui mérite d’être sélectionné. Après “Antiviral” de Brandon Cronenberg l’année dernière, nous aurons quand même un “film choc”, pas d’horreur mais avec des scènes très violentes : “Blue Ruin” de Jeremy Saulnier, qui avait également été montré à Cannes. Il faut juste que les gens soient un peu prévenus, mais sinon on ne s’interdit rien tant que les films sont bons. Nous allons d’ailleurs donner une carte blanche à Jonathan Caouette, qui était déjà là l’année dernière et qui est très heureux de revenir. Il présentera deux films d’horreur des années 70 qui lui tiennent à cœur et qui entretiennent des liens avec son propre cinéma.

http://www.fifib.com/fr

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