"Félix et Meira", le risque de l’amour

mercredi 4 févr. 2015 | Marco Pierrard

Intéressant

Félix et Meira s’attirent mais vivent dans deux mondes très différents : lui, électron libre dans une famille fortunée, elle, mère de famille dans une communauté juive austère. Fondé sur le thème éternel de l’amour contrarié, Félix et Meira ne tombe pas dans la facilité et évite miraculeusement les clichés.

Félix (Martin Dubreuil) est dans une mauvaise passe ; son père, avec qui il entretient des rapports conflictuels, est mourant. Sa rencontre avec Meira (Hadas Yaron) qu’il croise par hasard dans la rue lui fait momentanément oublier ses soucis et il se met en tête de séduire cette jeune femme renfermée sur elle-même qui rejette ses avances. Tout ou presque sépare ces deux individus : Félix est un célibataire fauché qui vit en dilettante, en marge d’une famille pourtant aisée, Meira est déjà mariée et mère d’une enfant dont le quotidien se résume à suivre les règles strictes de la communauté hassidique dont elle fait partie. Félix et Meira vont se chercher et finalement réussir à s’apprivoiser tout en sachant que le couple qu’ils forment est extrêmement fragile. Au-delà de la rencontre de deux êtres, le film étudie, avec beaucoup de subtilité, le choc de deux mondes et pose la question du sentiment amoureux comme fuite d’un style de vie devenu trop pesant.

©  Félix et Meira - Julie Landreville // Metafilms. Tous droits réservés

Pas très orthodoxe

Seule chez elle avec sa fille, Meira décide d’écouter un titre de reggae qu’elle affectionne pour tromper son ennui. Le vinyle a eu le temps de faire quelques tours sur la platine seulement quand Shulem (Luzer Twersky), son mari, rentre à la maison et lui reproche d’écouter ce type de musique. Membre respecté de la communauté juive hassidique locale, Shulem est très anxieux de l’image que sa femme peut donner à l’extérieur et ne comprend pas pourquoi elle cherche en permanence à se distinguer du mode de vie austère qu’il s’impose religieusement. Cette scène qui figure dans les premières minutes du film peut faire craindre un traitement très caricatural du sujet avec un « méchant » mari très religieux et très autoritaire. Mais le film est plus nuancé que ça. Shulem étouffe indiscutablement sa femme et le contexte religieux est omniprésent mais le réalisateur a l’intelligence de se mettre au niveau des personnages et arrive à les protéger d’une vision manichéenne. Le triangle amoureux que forment Félix, Meira et Shulem est analysé au plus près des sentiments de chacun et derrière les deux mondes qui s’affrontent il y a toujours des choix de vie très personnels qui s’opposent mais sont également respectables. À ce titre la rencontre entre l’amant et le mari trompé, terrifié à l’idée de voir sa famille exploser, est particulièrement réussie, religion mise à part il s’agit avant tout de deux hommes amoureux de la même femme, et de ce qu’ils peuvent lui apporter... ou non.

©  Félix et Meira - Julie Landreville // Metafilms. Tous droits réservés

Fuites impossibles ?

Meira le sait, quitter son mari c’est également quitter la communauté  et le risque de laisser sa fille derrière elle, son coup de cœur pour Félix est donc potentiellement lourd de conséquences. Une fois passé le temps de la découverte et de la liberté retrouvée – la jeune femme se rendait au début chez cet étranger pour simplement écouter la musique qui lui était interdite chez elle –, vient le moment du doute et du prix à payer pour changer radicalement de vie. Ce questionnement Félix y est également soumis avec la perte de son père qui le pousse à se retourner sur son passé et à réfléchir à sa propre fuite vis-à-vis de son géniteur. Finalement, la relation de ces deux êtres – malgré l’attirance évidente qui les réunit comme des aimants – pourrait être due à cette volonté de juste changer d’air, de refonder les bases d’une existence. Mais cela est-il encore possible quand autant d’obstacles se dressent sur le chemin ? Sur cette question le film reste très évasif avec une scène finale franchement ambiguë qui en dit long sur le vertige procuré par le saut dans une nouvelle vie.

Dans ce Roméo et Juliette revisité sur fond de religion, Félix et Meira sont autant freinés par leurs univers respectifs que par eux-mêmes, un aspect que le réalisateur n’oublie pas de mettre en lumière, offrant ainsi une profondeur supplémentaire au film. Un drame amoureux subtile et sensible qui n’oublie pas les nuances, amen !

Félix et Meira, réalisé par Maxime Giroux, Canada, 2014 (1h45)

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