Le Diamantaire se taille une expo solo

vendredi 26 avr. 2013 | Dorothée Duchemin

Le Diamantaire expose pour la première fois en solo à partir de samedi 27 avril. Il s'est fait connaître en collant des diamants de miroir dans la rue. Ce jeune street artiste profite aujourd'hui du confort de la Republic Gallery pour montrer un travail plus complexe, toujours autour d'un symbole : le diamant. 

Visuel de l'exposition Atelier, à la Republic Gallery 

Quelles différences y a-t-il entre les diamants collés dans la rue et le travail exposé à la Republic Gallery ?

Le Diamantaire  : La plupart des gens me connaissent à travers mes oeuvres in situ, avec cette expo, ils découvriront mon travail autrement. Des pièces plus travaillées, plus grande, jouant avec le mouvement, la lumière et toujours dans l'idée de récupérer les rebuts. Dans cette expo, je dirais que 90% des matériaux utilisés sont des médiums que j'ai recyclés.

Habituellement vous travaillez avec des miroirs récupérés dans la rue. Cette fois, vous avez utilisé d'autres matériaux.

J'ai vraiment voulu explorer, apprivoiser différentes techniques et médiums. Des pièces en bois, en fer, en verre et bien sûr en miroir. J'ai, en effet joué avec eux. Brûlure, choc thermique, gravure... j'ai beaucoup expérimenté pour arriver au résultat final. J'ai aussi joué avec le miroir, joué avec les reflets, l'effet d'infini, le mouvement. C'est une matière que je trouve magique, il y a tellement de choses à faire avec.

Poursuivez-vous autour du diamant ?

Oui bien sûr, toujours comme sujet principal. Même si le diamant a été pensé pour la rue comme représentation du street art, en galerie il prend un tout autre sens et surtout il joue plus avec son environnement.

> Exposition ATELIER, Le Diamantaire, du 27 avril au 11 Mai 2013, à la Republic Gallery, 38 rue Notre-Dame de Nazareth 75003 Paris.

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En juin dernier, Citazine avait rencontré le Diamantaire. Il émergeait sur la scène street art parisienne et ses diamants, présents sur tous les murs de la ville attisaient la curiosité. Portrait initialement publié en juin 2012. 

On l’appelle le Diamantaire. Nouveau venu sur la scène street art, il a su se faire remarquer grâce à un symbole immédiatement identifiable, le diamant. Ses diamants, il les colle sur les murs de Paris depuis maintenant un an, impossible de passer à côté pour ceux qui savent lever le nez – armé d’une échelle télescopique, il les pose le plus souvent en hauteur. « J’ai bien essayé de faire du graffiti mais j’étais mauvais, j’aurais plus salopé la ville qu’autre chose. »

Paris, rue Richard Lenoir | Photo Le Diamantaire

On le retrouve place Saint-Paul. Skate-board à la main, allure adolescente, il est peu rompu à l’exercice et n’a pas répété son texte. Durant les premières minutes, le Diamantaire ne parvient pas vraiment a expliqué ce qui lui plaît dans ce qu’il fait. Et puis, ça se met en place, passé la crainte de sembler prétentieux ou de dire des choses insensées. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est la matière, « travailler la matière ». Ses diamants sont tous taillés dans le miroir, « je rends à la ville des miroirs que je récupère dans la rue. » Les arêtes sont laissées brutes, le reste du diamant est peint, au pochoir. Le joyau est ensuite posé dans son écrin, la rue. « Collé au Sans clou ni vis, comme tout le monde. »

Ménilmontant | Photo le Diamantaire

Et pourquoi un diamant ? « Je voulais un objet identifiable pour tout le monde, universel et fédérateur. » Peu importe d’où on vient, on connaît le diamant. Le Diamantaire ne signe pas, sa signature, c’est le diamant. Avec la reconnaissance, et les débuts en galerie, il a tout de même bien fallu se trouver un nom de scène, le Diamantaire s’est alors imposé.

Le coup de pouce de Jef Aérosol

L’année dernière, à ses débuts, il collait surtout dans le quartier du Marais. « C’est éphémère, alors je colle là où mes diamants ont le plus de chances d’être vus rapidement. » Il en avait posé un sur le mur où Jef Aérosol a composé sa fresque, Chut ! , à côté du centre Pompidou. Le pochoiriste a bien pris soin d’éviter le diamant, a collé autour et l’a au final sacrément bien mis en valeur ! Une pièce du Diamantaire s’est alors retrouvée intégrée à l’œuvre de Jef Aerosol. « Il a 25 ans d’expérience, moi je ne suis rien à côté et il laisse mon diamant. J’ai trouvé ça génial. Très fort.» Et quelle visibilité pour un débutant !

Le diamantaire | Photo DR

Il faut dire aussi que ces diamants, aussi simples soient-ils, attirent l’œil. Le miroir, ça scintille, ça brille, ça reflète tout. « Le miroir, il n’y a rien de mieux. Chaque point de vue est différent. Tu marches, ça scintille avec les lumières. À chaque moment, à chaque saison, il change, suivant l’heure, le soleil. C’est un caméléon, le miroir. Un clin d’œil, discret. Je ne suis là que pour embellir la ville. » D’ailleurs, le Diamantaire ne se revendique pas artiste : « je ne fais pas du street art, mais plutôt de la street déco. »

Il y a aussi une phrase qu’il répète souvent. « Le diamant est un joyau. Il représente le street art, dont il est très important de prendre soin. » Il vient d’une petite ville de Normandie, sans street art ni graffiti sur les murs. « C’était une ville morte. Pourtant tout ce qui est graffiti et art de rue passionne les jeunes, pousse à la créativité et rend une ville plus vivante. » Parce que lui, il le sait, le street art lui a ouvert l’esprit. « C’est grâce à ça que je me suis intéressé à l’art, aux mouvements, que je me suis lancé dans le graphisme. »

En haut de l’échelle, les diamants

Si tout se passe bien, il devrait terminer ses études cette année. Entre les révisions et les expo, il ne trouve même plus le temps de coller. Pourtant, c’est ce qu’il préfère, la rue. « Tu vis des aventures que tu ne vis pas tous les jours. Tu te retrouves en haut d’une échelle télescopique à Saint-Paul, c’est super. Tu es libre dans la rue ! »

Paris, Rue de Fourcy | Photo Le Diamantaire

Un an seulement après avoir commencer à poser ses diamants, le voici déjà surchargé ? Il faut dire qu’il mène bien sa barque le Diamantaire. Le coup de génie de ses diamants, c’est justement leur simplicité. On les connaît, on aime les retrouver. Il a su trouver un symbole qui fait mouche et marque les esprits. En plus, il opère incognito. Le diamantaire, l’inconnu qui offre des diamants à la ville, une image mystérieuse qui entretient l’intérêt du public. L’interactivité est très importante, sur Facebook notamment. Au centième diamant collé, il a su que c’était plus qu’une lubie et a décidé de continuer. A ce moment précis, il a commencé à les numéroter. « Sur Facebook, on trouve le numéro et le nom de la rue. Les gens peuvent se faire un petit parcours street art s’ils veulent. »

 Bientôt, il collera le 200ème. Il est taillé, peint et attend seulement d’être rendu à la ville. « Je vais préparer une mise en scène, faire une vidéo et la poster. » Mais avant, il doit créer son personnage, celui qui le suivra et que le public connaîtra. Hors de question de montrer son visage ou de révéler son identité. « Parce que franchement, ma gueule, on s’en fout ! »
Que peut-il nous en dire ? « Je ne sais pas vraiment pour l’instant. Je vais creuser le personnage du Diamantaire, porter un masque. C’est tout ce que je sais pour l’instant. » Space Invader a marqué son époque, c’est certain…

Paris, Eglise notre Dame de la Croix | Photo Le Diamantaire

Que fera-t-il après ses études de graphisme ? « Ça ne devient pas un métier, il faut que ça perdure déjà et on verra. Il faut vraiment que j’aille plus loin que ce que je fais actuellement. Dans la rue, je vais rester avec mon diamant, mais en galerie, j’aimerais vraiment aller plus loin. »

Les idées, il les a. Il attend son heure, il attend d’être davantage reconnu pour imposer ses diamants d’un genre nouveau. Le Diamantaire sait être patient. Il a le temps, les diamants sont éternels.

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