Europunk : crêtes à la Villette !

jeudi 28 nov. 2013 | Jean-Charles Dufeu

La Cité de la Musique, haut lieu culturel de la ville de Paris, accueille jusqu'en janvier prochain une exposition dédiée au punk. Jusqu'ici tout va bien. Sauf, qu'à regarder de plus près, la lecture de cette phrase n'est pas sans poser quelques problèmes. Déjà, le punk, c'est quoi au juste ? Et surtout, est-ce qu'une chose pareille a sa place au musée ? Tentative de réponses ci-dessous.


Un peu d'étymologie

Il est amusant de constater à quel point le mot lui-même est employé aujourd'hui à toutes les sauces, pour ses connotations (culturelles, sociales, esthétiques, on va y venir) et non pour son sens. On trouve des millions d'informations sur le punk, mais difficilement une identité sémantique. C'est à se demander d'ailleurs si le mot en a vraiment eu une. Eh bien si. Sans doute en tout cas. Le mot est un dérivé probable du latin punctum, piqûre. Jusqu'au XIXème siècle, il était employé dans un contexte sexuel, avant de changer de mine au XXème siècle, où, d'abord adjectif il a été utilisé comme synonyme de "sans valeur" ou "bon à rien", par extension de "voyou" ou "vermine".  ll faut attendre 1971 pour qu'un critique musical emploie le terme "punk rock" pour définir la musique du groupe The Mysterians. Un épithète repris à son compte, initialement de façon très ironique, par une communauté sociale qui se définissait par réaction à l'ordre établi. Voilà donc déjà un premier élément de réponse. Le punk c'est d'abord un antagonisme. Et un peu une blague.

Un peu de contexte

Avant d'être l'objet d'un marketing charognard, qui voit fleurir tout un merchandising estampillé de symboles de l'anti-consumérisme (sic), le punk était donc un mouvement. Celui d'une frange de la jeunesse sclérosée au sein d'une société bien particulière, en l'occurrence une Angleterre en crise et conservatrice qui connaît l'avènement de Margaret Thatcher en 1979. Le parti pris de l'exposition est donc de replacer ce frémissement esthético-social dans son contexte et d'insister sur une brève période appelée "explosion punk", entre 1976 et 1980. Parce qu'il se veut dégagé de toute appartenance politique, le mouvement punk le sera forcément de plein fouet. Associé à l'idéologie anarchiste, il instaure de nouveaux codes moraux, sociaux et esthétiques stricts et forts, en dépit d'une désinvolture idéologique de façade.

Un peu de musique

Car, le croirez-vous, le punk c'est aussi de l'art. C'est d'ailleurs ce qu'en a essentiellement retenu notre génération, fascinée par les icônes Johnny Rotten ou Sid Vicious, leaders fameux du combo le plus emblématique de cette époque, les Sex Pistols. La Cité de la Musique a d'ailleurs décidé de consacrer une large partie de son exposition à ce groupe précurseur. Peut-être parce qu'il est un pur objet du genre, monté de toute pièce par un manager habile et une styliste géniale, le groupe, mené par ses charismatiques figures de proue, va rapidement embraser la jeunesse londonienne. Simple, rapide, presque primaire dans l'approche, la musique des Sex Pistols se définit surtout par son énergie et ses déflagrations électriques inconnues jusqu'alors. Et c'est l'étincelle qui a permis au punk britannique de dépasser les frontières de la musique pour devenir une vraie contre-culture, une expérience presque philosophique, là où le punk yankee se cantonnait au rock énervé des MC5, New York Dolls ou Ramones. Groupes majeurs du genre, mais dont la portée s'arrête aux partitions (et celles de leurs innombrables suiveurs).

Un peu d'organisation

A en croire ses propos, le curateur à l'origine de l'exposition, Eric de Chassey, aurait volontiers banni la musique de l'événement pour se concentrer sur la portée sociale et esthétique de cet obscur objet d'étude qu'est le punk. Pour les besoins de la cause, il a néanmoins aménagé un double parcours au sein de l'exposition, avec une vraie colonne vertébrale musicale, truffée d'écrans et de casques en accès libre. Un studio d'enregistrement est même à disposition des musiciens… que dis-je, des artistes en herbe (pas besoin d'être musicien quand on est punk), et quelques bornes internet permettent de créer son fanzine ou son badge dans le plus pur esprit "Do it Yourself" cher à la doctrine. Avec ses 450 objets symboliques de l'époque et sa vision chronologique de la chose, l'exposition parvient à retranscrire et harmoniser le chaos social et esthétique qu'elle s'est fixée comme objectif de décrire. Itinérante, elle a fait le chemin depuis Rome à Genève avant d'atterrir aujourd'hui à Paris. On pourrait parier sur de nouvelles destinations dans les mois prochains. Bel avenir, pour une exposition No Future.

> Europunk, à la Cité de la Musique, du 19/10/2013 au 18/01/2014, 9 euros.

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