Ender et le spectacle des pochoirs

vendredi 22 nov. 2013 | Dorothée Duchemin

Si vous avez vos habitudes de côté de Beaubourg ou dans le quartier de Belleville, à Paris, vous devez bien connaître les pochoirs d'Ender. Des anges, des gargouilles et des enfants espiègles peuplent les murs, racontent leur histoire. Ender est exposé au Cabinet d'amateur jusqu'au 6 décembre. L'occasion pour nous de rencontrer le pochoiriste passionné d'art sacré. 

C’est au cabinet d’amateur, où se tient depuis hier l’exposition Anges et Démons, que nous avons rencontré Ender. Ender comme la stratégie Ender. « C’est un livre de science-fiction qui m’accompagne depuis que je suis gamin. Quand il a fallu prendre un nom d’artiste, celui-ci s’est imposé. » Autour de nous, ses anges et ses gargouilles, familiers pour nombre de promeneurs parisiens.

Ender est pochoiriste. Depuis 2009, il colle ses œuvres sur les murs de Paris. Surtout à Belleville et dans le Marais, des quartiers avec lesquels il a un lien fort. « Tout a commencé quand j’étais enfant. Jérôme Mesnager et Nemo était partout dans mon quartier à Belleville. Pour moi, c’était normal. » Il ira ensuite au lycée dans le Marais, pas loin de Beaubourg. Aujourd’hui, il y colle ses pochoirs inspirés de l’art sacré.

Une comédie humaine

Depuis le mois d’avril, le thème de l’ange est très présent dans son travail. Au Cabinet d’Amateur, on reconnaît l’artiste dans le visage baissé de ces êtres ailés. « Je travaille à partir de photo. C’est plus simple que je pose puisque je sais quelles expressions et positions je veux obtenir. » Parmi ses autres thèmes de prédilection : gargouilles, monstres et chimères, toujours très expressifs, et des enfants tirant la langue qu’il appelle les marioles.

Tout ce petit monde va très bien ensemble. Les marioles étant des sortes de gargouilles des temps modernes. Présentes pour veiller sur la ville et la protéger, celles d’Ender, en deux dimensions, sont aussi collées pour offrir un message positif et apaisant. Les émotions plaquées sur le visage, bonne gueule, les gargouilles prêtent à sourire. L'art sacré, la peinture italienne de la Renaissance, la littérature SF, Mozart mais aussi Led Zeppelin... Ender, bientôt 40 ans, chaleureux, se nourrit de tout. Pour l'expo, c'est par exemple les mouvements du Requiem de Mozart qui l'ont acompagné.

Comédien à la ville, Ender n’intervient dans la rue que depuis 2009. Si c’est le bouillonnement du graffiti à Belleville dans les années 80 qui l’a mis sur la voie, il lui aura fallu plus de 20 ans avant qu'il ne colle ses propres pochoirs sur les murs. « Les tous premiers, c’étaient des fourmis que j’avais collées sur le chemin de l’école de mes nièces, pour qu’elles aient un petit jeu de piste. » Même lorsqu’il s’agit d’inconnus, Ender s’adresse toujours à celui qui voit ses œuvres. « C’est pour ça que je colle très souvent aux mêmes endroits. Pour que celui qui passe devant le matin se dise : "Tiens, il a collé un nouveau pochoir" Mon travail a une vraie histoire avec les habitants du quartier. » 

Avec les habitants et avec les murs. Chez Ender, le contexte est primordial. Et son premier job, comédien, n’y est pas pour rien. « Les pochoirs se sont mes personnages que je mets en scène dans la rue. Le mur c’est ma scène. Il faut que le mur et le pochoir arrivent ensemble à raconter une histoire. Il faut qu’ils se répondent. » Avec ses personnages et ses saynètes, Ender nous invite au spectacle. Une comédie humaine où les anges et les monstres campent nos propres personnages. Surtout, chacun est libre de donner sa propre interprétation des oeuvres de cet artiste instinctif. "C'est même souvent plus intéressant que ce que j'ai voulu dire."

Un travail de moine

Le mur fait le pochoir et le pochoir fait le mur. C’est pour ça qu’il ne colle pas plus de trois fois le même pochoir. Quand un pochoir a trouvé son mur, ça suffit. De même qu'il ne colle pas dès qu'il arrive dans une ville pour en faire une photo et la partager sur Facebook. « C'est important que j'ai une histoire avec le quartier et que le pochoir s'intègre dans la ville. Je ne colle pas n'importe quoi n'importe où. A Marseille, j'ai surtout collé des marioles par exemple. » Son théâtre de prédilection reste Paris, dont il est passionné depuis toujours. 

« Je travaille  à partir d’une photo retravaillée sur ordinateur pour appuyer les nuances en cinq couleurs : quatre gris et un noir. Je découpe chaque couleur sur un carton différent. Ensuite, je peins successivement à la bombe les layers pour recréer l'image. Je le fais sur du papier très fin que je colle ensuite. » Impossible de peindre directement dans la rue, ça lui prendrait beaucoup trop de temps, suffisamment pour être interpellé par la police. 

Il prépare ses pochoirs dans un atelier prêté par une communauté Emmaüs. « C’est un travail de moine, des heures à découper tout seul. » Un travail de moine qui lui prend de plus en plus de temps et commence à prendre le pas sur son autre métier. Deux activités qu’ils séparent complètement. Et contrairement aux artistes à pseudonyme dont le vrai nom est débusqué en un seul clic, là c’est plus compliqué. « Je ne veux pas que mon travail de comédien parasite mon travail de pochoiriste. Et vice versa. » Comédien et pochoiriste ne se rencontre pas. N'empêche, quand le pochoiriste met en scène ses personnages dans la rue, le comédien n'est jamais loin.

> Anges et démons, au cabinet d'amateur jusqu'au 6 décembre, 12, rue de la Forge-Royal. Une exposition collective avec Ender, Arnaud Boisramé, Joanna Flatau, Codex Urbanus.

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