Dur comme un os

vendredi 21 oct. 2011 | Dorothée Duchemin

Deux couples de squelettes s’adonnent au plaisir du coït au musée du sexe de New York, après un passage remarqué au Musée de l’érotisme de Paris. La mort et l’amour réunis, selon le Kamasutra, par Jean-Marc Laroche, un sculpteur fasciné par les squelettes.

Le premier est complètement absorbé par son plaisir sexuel, une levrette exubérante et sans retenue, laissant supposer une jouissance sauvage et nerveuse. Le deuxième est beaucoup moins animal. Ils s’aiment tendrement, lovés dans la position du lotus. Deux couples de squelettes, disposés selon les indications du Kamasutra, exposés à New York sur la Cinquième Avenue dans les vitrines du Musée du sexe. « J’ai cru que j’allais me faire blacklister en arrivant à l’aéroport. J’étais tellement peu rassuré que j’ai fait signer aux musées un papier comme quoi ils étaient responsables » de ce déferlement de pornographie osseuse sur la voie publique.

Lui, c’est Jean-Marc Laroche, un sculpteur français qui a fait parler de lui l’année dernière avec ses « Amants du néant ». De novembre 2010 à mai 2011, il a exposé ses corps durs, grandeur nature, au Musée de l’érotisme à Paris. Le succès fut au rendez-vous, à tel point que les ébats de l’au-delà furent prolongés. Et repérés. Ces silhouettes de métal, couvertes de résine, ont traversé l’Atlantique et s’attrapent sans pudeur devant les New-Yorkais… qui en raffolent ! « J’en étais resté au puritanisme américain mais à New York, ça n’a rien à voir. Les gens regardent, prennent des photos, apprécient. Même à Paris, on ne le ferait pas ! »

 

La beauté dans l'os

Fasciné par les squelettes, « et non par la mort », depuis la petite enfance, Jean-Marc Laroche les sculpte depuis près de vingt-cinq ans. A l’origine de ces couples concupiscents, des miniatures en bronze argenté et en argent. Onze positions du Kamasutra et vingt-deux petits squelettes qui s’y donnaient à cœur joie. « Comme ils plaisaient, j’ai eu l’idée d’en réaliser deux grandeur nature pour l’exposition que me proposait le Musée de l’érotisme, dans une salle spacieuse. »

Certains pourraient voir dans la représentation du squelette un goût rance pour le morbide. Pour le sculpteur, il s’agit au contraire d’images rassurantes, face à une mort inévitable qu’on a trop tendance à dramatiser. « L’accepter, c’est en avoir moins peur. Ces squelettes valorisent la vie ! » Ces deux couples, qui s’adonnent au plaisir de la chair alors qu’ils ne peuvent même plus se vanter d’avoir la peau sur les os, constituent pour lui et non sans humour, « un formidable pied de nez à la mort ».

Une représentation du paradis

Faut-il y voir une représentation du paradis ? Une partie de jambes en l’air, squelettique et éternelle ? Et drôle aussi. Parce que l’expressivité de ces amants morts est renversante, insolente et captivante. « Ce sont les yeux qui leur donnent cette grande expressivité. Brésilien de cœur, j’en rapporte souvent des pierres. J’utilise le cristal de roche pour les femmes et l’hématite noire pour les hommes. » Minutieux, appliqué, Jean-Marc Laroche fait de longues recherches anatomiques pour créer ses squelettes. L’approximation n’est pas de mise.

Où iront batifoler les couples après ce passage à New York ? Le père des lascifs veut calmer le jeu de la provocation par le sexe. Il a failli partir à Miami avec ses os, dans un autre musée de l’érotisme, mais a pensé que deux expositions en un an dans ce type de lieu, cela suffisait. « Parce qu’on a tôt fait de vous coller une étiquette. » Si le couple tendre, en lotus, peut s’afficher sans risquer l’attentat à la pudeur, le second peut quant à lui, soulever le cœur des pudibonds. Jean-Marc Laroche lève donc le pied avec le Kamasutra mais n’en a pas terminé avec les squelettes. Entre eux, c’est une histoire d’os.

 

> Les Amants du néant, au Musée du sexe de New York, du 5 octobre au 4 novembre 2011, 233, Cinquième Avenue. Une exposition soutenue par The Evolution Store où deux pièces sont également visibles.

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