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On a dragué avec ta grand-mère au thé dansant

mardi 25 févr. 2014 | Streetpress

La vie sentimentale de nos grands-mères, ce tabou... Pourtant, sous leurs bigoudis se cachent de vraies coquines, et comme au secondaire il y a celles qui couchent, et les autres. Rendez-vous au thé dansant, pour trouver les serial dragueurs du 3e âge.

Aux quatre coins de l’Hexagone, les thés dansants font le plein. Ces bals populaires replongent, le temps d’un après-midi, nos anciens dans leurs vertes années. Un nom poétique, délicatement mystérieux, sans doute l’invention d’une grand-mère futée pour obtenir la permission de sortie de la part de ses (petits) enfants tyranniques. Et ce qui se passe au thé dansant…

J’ai voulu aller voir, au risque (assumé) de croiser mes propres grands-parents en galante compagnie. « Nous n’acceptons pas les journalistes. Nos clients sont veufs, divorcés ou même mariés, donc dès qu’il y a un regard indiscret, ils s’enfuient », m’explique au téléphone le gérant d’un des clubs les plus en vogue chez les seniors. Le Memphis, le Vendôme Club, le Club 79… L’un après l’autre, la dizaine de lieux parisiens qui organisent chaque semaine ces événements m’envoient balader. Qu’à cela ne tienne, allons-y undercover.

Bienvenu dans le passé

Coincé entre un opticien et un kebab, le dancing a une devanture qui ne paie pas de mine. Pourtant, derrière cette façade anonyme se cache la hype des maisons de retraite, l’équivalent du Baron des plus de 60 ans : 1.000 mètres carrés offerts chaque après-midi aux amoureux de musette.

Samedi, 16h, quelques dames bien mises se pressent à l’entrée. Des hommes aussi. Peu de couples. Chacun est sur son 31. Claudine, 70 ans passés, les cheveux permanentés, s’engouffre dans l’ancien cinéma du début du siècle précédent. D’un sourire, elle salue quelques habitués du lieu. « Je viens presque chaque week-end, confie-t-elle. J’aime l’atmosphère. » Passées les portes, s’ouvre un endroit d’un autre temps. De larges banquettes en velours rouge trônent au fond de la pièce. Au plafond, les éternelles boules à facettes arrosent les murs d’une pluie de lumière. Des couples enlacés virevoltent au centre de la piste sur des airs d’accordéon.

Griffes

C’est avec un brin de fierté dans la voix que François, une élégante moustache à la Clark Gable au-dessus des lèvres, m’apprend qu’une « cinquantaine d’émissions de La chance aux chansons ont été tournées ici. » Le programme culte de Pascal Sevran a accompagné les après-midi des retraités pendant deux décennies avec ses minets accordéonistes. Lorette, qui écoute notre échange d’une oreille attentive, mette son grain de sel : « Ils ont aussi tourné des films ici. » Le dernier en date, Mesrine : l’ennemi public numéro 1, biopic sur le célèbre braqueur. Mais très vite, la conversation glisse vers un tout autre sujet. « Je trouve votre veston bien élégant », lance d’un air malicieux la jeune septuagénaire. Déjà, je n’existe plus. Deux minutes plus tard, ils se lancent sur la piste de danse et m’abandonnent définitivement.

Tandis que les couples tourbillonnent gracieusement sur les rythmes endiablés de java, certains jasent sur la banquette. Charles, élégant dans son costume trois pièces et pochette cramoisie, scrute la salle avec l’œil alerte du chasseur. Du bout des lèvres, il concède avoir fait « quelques rencontres » dans l’établissement qu’il fréquente assidûment. « En tout bien, tout honneur », insiste-t-il. Pourtant Claude, Brigitte et Eugénie, soixante ans bien tassés, une bande de copines qui papotent allègrement et portées sur les potins, assurent qu’il est « connu comme le loup blanc. » « Plus d’une est tombée dans ses griffes !» Mais pas elles, bien sûr : « C’est un beau parleur…»

Serial dragueurs 

Eugénie, vêtue d’une courte robe à pois et les cheveux teints, nous informe sur les usages du lieu. « Ici, les gens dansent, flirtent un peu, mais vous ne les verrez jamais repartir ensemble. » Et Brigitte d’ajouter, un sourire en coin : « Mais certains se revoient ailleurs. » Se cacher, une manière de protéger la réputation des dames ? Ma proposition déclenche l’amusement chez mes trois nouvelles amies. « Vous savez, on dit que les jeunes hommes se comportent comme des goujats avec les femmes, mais je vous assure qu’à notre âge, ils ne sont pas mieux. » D’autant que chez les papis, les hommes deviennent une denrée rare… donc recherchée. Selon l’INSEE, chez les plus de 65 ans, on compte 58 % de femmes. Une situation dont ils savent tirer profit, selon Brigitte. « Malgré leurs airs de gentlemen, certains collectionnent les conquêtes. En plus, ils préfèrent les jeunes. » Brigitte se reprend. « Enfin, les plus jeunes… » Comprenez sexagénaires.

Sur le parquet, François et Lorette ne s’arrêtent plus de danser. De temps en temps, il lui glisse quelques mots à l’oreille. Parfois elle pouffe de rire, souvent elle se contente de sourire en minaudant comme une adolescente. On se prend à rêver à une belle histoire d’amour naissante. « Mouais… Celui-là aussi, on le connaît », me douche Brigitte, décidément mauvaise langue. Pourtant, quand un petit homme chauve s’approche à pas pressés et lui propose une danse, elle ne se fait pas prier. Ses deux copines lui lancent un regard complice. « Ces deux-là, ils dansent ensemble toutes les semaines », s’amuse Eugénie. « Je suis sûre qu’elle ne serait pas contre d’aller plus loin », persifle Claude.

Brigitte et le petit homme chauve iront-ils plus loin ? La suite sur Streetpress, en partenariat avec Urbania.

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