Detroit, la ville DIY du futur ?

jeudi 3 juill. 2014 | Dorothée Duchemin

A Detroit, depuis que la ville américaine a fait faillite, les initatives citoyennes pour améliorer le quotidien se multiplient. Le webdocumentaire DIY Manifesto explore ce mouvement "Do It Yourself", made in Detroit. Ici, non seulement on le fait soi-même, mais en plus, on le fait pour aider la communauté et construire la ville de demain.

Cet été, Citazine lance sa série "Les Villes du Futur", un rendez-vous qui chaque semaine donnera à voir la ville de demain. En guise d’introduction, nous avons choisi de présenter le webdocumentaire Do It Yourself Manifesto fabriqué par Nora Mandray, réalisatrice, et Hélène Bienvenu, journaliste. Sorti au début du mois de juin, ce webdocumentaire s’installe à Detroit, ville prophétique qui pourrait bien annoncer la ville de demain. S'il a d’abord été baptisé "Detroit, je t’aime",  les deux jeunes femmes ont dû se résoudre à changer le nom de leur webdocumentaire, pas assez accrocheur pour le Français selon Mediapart, l’un des partenaires presse du projet. Dans leur cœur, "Detroit je t’aime" garde l’ascendant, tant elles sont tombées en amour pour cette ville meurtrie par une crise industrielle sans précédent.

Au cœur du projet, trois courts métrages, écrits et réalisés par Nora Mandray, dont les héros sont des citoyens de la ville du Michigan : Donnie, Theresa et Sarah. Le premier, Afro-américain né à Detroit, s’est installé comme fermier urbain dans les faubourgs abandonnés de la ville. Theresa vit quant à elle dans un quartier pauvre, isolé, pollué par la raffinerie de pétrole à proximité.  Elle œuvre à la mise en place du réseau Mesh, indépendant du réseau Internet, pour connecter la communauté et permettre de venir rapidement en aide à un voisin en détresse. Sarah, le troisième personnage, est une jeune femme homosexuelle à l’origine du collectif queer Fender Bender. Son projet : constituer la première vélothèque de Detroit, à partir de pièces issues de la récupération.

Detroit, un ville meurtrie où tout est possible

« Justice alimentaire, transport pour tous, égalité numérique. Ces trois thèmes-là sont les thèmes forts de la ville de demain. Sans l’un de ces piliers, pour moi, la ville de demain sera bancale », assène Nora Mandray. Elle a rencontré Hélène Bienvenu à Sciences Po. Ensemble elles voulaient réaliser un documentaire sur les utopies. « Detroit est tellement délabrée que la ville est aujourd’hui un vaste champ des possibles. L’utopie a vraiment du sens là-bas ». Detroit, une ville qui s’est déclarée en faillite à la fin de l’année 2013, une première, et qui aujourd’hui essaie de se reconstruire. « Il y a ceux qui ont pu quitter la ville. Ceux qui n’ont pas d’autres choix que de rester et ceux qui restent pour aider la communauté. »

En 2011, les deux femmes se sont intéressées aux nombreuses initiatives citoyennes qui se développent aux quatre coins de cette ville qui a perdu plus de la moitié de sa population en soixante ans. L’ancien fleuron américain de la construction automobile a vu ses industries disparaître et sa population déserter les habitations. En 1950, 1,8 million de personnes vivaient à Detroit contre un peu plus de 700 000 aujourd’hui. Sur le web, Detroit est devenue ces dernières années une star avec des photos spectaculaires de ville fantôme et de maisons abandonnées. « Mais où sont les gens ? », s'interrogent alors les deux journalistes.

La crise terreau du mouvement DIY

Nora et Hélène, bluffées par ces initiatives fortes, courageuses et citoyennes, ont voulu raconter Detroit d’un point de vue humain. Et elles ont eu l’embarras du choix. « Detroit, c’est post-apocalyptique. Mais les gens qui y habitent sont animés par un fort sentiment d’appartenance. Ils s’entraident, c’est très beau. » Lâchés par l’Etat du Michigan, par le gouvernement américain, les habitants s’organisent. C’est l’empowerment, un terme qui revient souvent dans ce webdocumentaire, la capacité des citoyens à agir seuls et à prendre en main leur futur. C’est dans ce terreau que le nouveau DIY, un DIY post-punk, s’est développé. Ici, pas question de no futur, bien au contraire. « Le DIY a de nouvelles valeurs, pour la communauté et pour une ville durable. Le Do it yourself (fais-le toi même) s'est mué en Do it ourselves (faisons-le nous mêmes). »

La transition qui a cours actuellement à Detroit s’entraperçoit aussi en Europe. Elle prend racine partout où la crise fait ses victimes. Une énergie puisée dans cette crise économique et sociale dont témoignent les trois courts métrages proposés par DIY Manifesto.  Ainsi, le webdoc crée des ponts entre Detroit et plusieurs autres initiatives européennes. En Allemagne, en France, en Espagne, des citoyens se bougent pour s’adapter à une réalité qu’ils ne veulent plus subir, pour le salut de la communauté. Pour Nora Mandray, c’est la ville de demain qui se construit aujourd’hui. « C’est une ville où tu es maître de tes outils, de tes moyens. Une ville hyper-connectée, mais où tu connais ton voisin, où les initiatives citoyennes apportent des solutions pour envisager la ville du futur. »

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