MaPharmacie, l'officine design du quartier

lundi 17 mars 2014 | Dorothée Duchemin

Si, si, la pharmacie est capable de se réinventer. A Paris, deux officines ont mis le paquet sur un design sobre et bien pensé pour renouveler le genre sans supprimer les points de repère. Ici, vous achèterez vos cachets, capotes et autres suppositoires entouré de miroirs, surplombé d’une grille de néons face à un mur végétal.

A quoi pourrait bien servir un designer dans une pharmacie ? C’est la question que s'est posée le designer José Lévy quand il a voulu dessiner la première pharmacie de Michael Zazoun, MaPharmacie Bastille, en 2010. « Personne ne s’intéresse à ce genre de magasin de proximité. Mais j’avais envie de réfléchir à cet endroit où tout le monde va : du SDF à la grande bourgeoise. »

MaPharmacie, un concept que le tandem a choisi de renouveler pour cette deuxième collaboration, inaugurée en février dernier, MaPharmacie République, rue du Faubourg du Temple. « José m’a appelé pour dessiner ma pharmacie dès qu’il a su que j’avais signé. J’avais fait des études de pharmacies, ensuite des études de commerce, je savais qu’il y avait des choses innovantes à faire dans une pharmacie, mais c’est vrai je n’avais pas pensé au design. » Lui, vous le connaissez sans doute. On l’a vu dans 100% Mag au côté d’Estelle Denis, il est actuellement chroniqueur tous les soirs sur Virgin Radio dans l’émission d’Enora Malagré. Mais le reste du temps, Michael Zazoun crée des pharmacies et y travaille.

Son leitmotiv : en finir avec les officines poussiéreuses. Il a donc rapidement été convaincu par l’idée de bosser avec le designer. « Une seule condition, que les gens savent immédiatement qu’ils sont dans une pharmacie, et qu’on reconnaisse immédiatement la pharmacie. C’est un univers très codifié. On est donc parti sur un concept complètement innovant, mais aussi complètement rassurant. On ne peut pas faire entrer les gens dans une pharmacie d’art moderne. La santé, c’est univers particulier, pas une parfumerie. »

En finir avec les officines tristes et poussiéreuses

Et si le concept imaginé par le duo n’est pas du goût de tous, il ne laisse en tout cas personne indifférent. Tous les codes de la pharmacie sont bien là mais José Lévy a repensé chacun d’eux. A chaque étape de la création, le pharmacien et le designer n’avaient qu’une idée en tête : rassurer le client, conserver ses points de repère propres à une pharmacie. « Dans mon travail, je m’intéresse beaucoup à l’intimité, comment José Lévy. Dans une pharmacie, on se met à nue, on est inquiet. C’est important de rassurer. "MaPharmacie", rien que dans le nom, on retrouve un pharmacien qui écoute et qui rassure. On a tout de suite l’idée de la proximité. »

L’élément de décor qui saute aux yeux est d’abord le mur végétal dans le fond de l’échoppe. José Lévy a voulu mettre en scène les plantes médicinales utilisées dans les remèdes. Elles sont cette fois mises en scène et composent des murs végétaux situés derrière les comptoirs du pharmacien. Celui-ci disparaît alors derrière les plantes avant de réapparaître, un médicament dans la main. Ici, le pharmacien est un peu un chamane.

La paillasse du laborantin n’a pas échappé au grand détournement. Réalisée en petits carreaux de marbre vert du Guatemala, la paillasse s’étale sur l’ensemble du premier espace de la pharmacie, la parapharmacie. Une couleur verte, dans le plus pur respect des traditions pharmaceutiques, dont l’éclat est rehaussé par une grille de néons en damier, placée sous un plafond noir. « Là j’ai vraiment eu peur quand José m’en a parlé. Un plafond noir dans une pharmacie, c’est n’importe quoi. C’est toujours blanc le plafond d'une pharmacie. » C’est vrai, le plafond a un look futuriste, mais les néons chers à la pharmacie sont là. Les croix formées par le damier évoquent même le symbole de la boutique.

Une pharmacie, surtout pas un drugstore

La parapharmacie est un espace de shopping. Les rayonnages, entourés de miroirs, s’effacent au profit du produit. Sur la gauche, une forêt de pubs - des "PLV" dans le jargon commercial, pour "publicités sur lieu de vente". José Lévy voulait les éradiquer dans la pharmacie de Bastille, mais la PLV, on n’y échappe pas si facilement. Et selon Michaël Zazoun, « certains produits ne se vendent que s’ils prennent place avec une PLV ». Alors, puisqu’il fallait y passer, les PLV s’étalent sur l’ensemble du mur de gauche, mis en scène sur un podium et surplombé par un écran LED où défilent les promotions du moment : ici, c’est "Las Vegas". Et de la rue, aucune publicité grossière n’obstrue la vitrine qui s’ouvre sur la chic supérette. De même que le pharmacien ne disparaît pas derrière la multitude de présentoirs serrés sur son comptoir.

Un écran LED "Pharmacie", annonce le deuxième espace. Ici le parquet est noir, l’ambiance est plus intimiste. L’apothicaire entre en scène. C’est plus sérieux, pourtant on retrouve les comptoirs de miroirs et les caissons extrudés, juste devant le mur végétal. La décoration est élégante, sans doute moins brillante que la parapharmacie. « Il faut faire très attention à trouver le bon équilibre, commente Michael Zazoun. Il est hors de question de se transformer en supermarché qui vend des médicaments, mais aussi des clopes et de l’alcool. On voulait un espace supérette chic, mais sans jamais ressembler à une moyenne surface. »

Ecrans Led, damier de néons, miroirs, on imagine tout à fait un riverain dénoncer la nouvelle pharmacie du quartier qui se prend pour une boîte de nuit. Certains la trouveront un brin tape-à-l’œil. Surtout qu’avant, on y vendait des produits à base de plantes, dans un espace recouvert de parquet, de boiseries et de papier peint. « Les clients ont été déstabilisés. Ils sont partis. On en a attiré de nouveaux. Les anciens commencent tout juste à revenir mais ça prend du temps. Les gens sont très attachés à leur pharmacie. » Et s’ils ne craignent pas les chamanes, ils devraient s’habituer à l’espace Vegas.

> MaPharmacie Républlique, 44 rue du Faubourg-du-Temple, 75011 Paris. 

> Architectes : Nathaniel Sibony and Jean François Isse 

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