De la civilité porcine

vendredi 13 mai 2011 | Dorothée Duchemin

Le Savoir-vivre des cochons, ou l’art de jouir sans limite des bontés de la vie. Rencontre avec Etienne Liebig, une forte tête qui, dans un langage salé, fait campagne pour le plaisir.

Plume jouissive et primesautière, Etienne Liebig, auteur du Savoir-vivre des cochons, envoie valser les convenances avec une provocation jubilatoire. Dans une langue crue, chargée de propos outranciers, voici un hommage aux plaisirs de la vie. Parce qu’il manquait le traité de civilités pour les cochons, entendez par là libidineux et malpropres, Etienne Liebig a comblé le vide. "Des bons usages de l’alcool et du tabac", "Le savoir-vivre de la partouze", "De la bonne éducation des enfants", "Guide de correspondance". Récemment, cette "grande gueule" sortait également "Les Nouveaux cons". Certains d’entre eux, surtout les bien-pensants, n’apprécieront pas la transgression mais d’autres se soustrairont, au moins un temps, au poids des normes sociales. Le Savoir-vivre des cochons, ce livre n’est pas moral, mais ce livre est joyeux. A votre santé !

Si vous deviez me résumer votre livre ?
C’est un traité de savoir-vivre. Le savoir-vivre naît au Moyen Age en Italie et ne cesse de se développer en Europe jusqu’à la Révolution. Et de plus en plus, on y intègre des différences sociales et on éloigne le plus possible l’homme de l’animal. Surtout dans la sexualité d’ailleurs. Des femmes nues qu’on prend en levrette, tout ce qui peut ressembler de près ou de loin à l’animal est annulé. Au nom de la bienséance de la sexualité, on enfile sa queue dans un petit trou de la chemise de nuit ! On voit les premières ruptures au moment de la Révolution mais avec l’émergence de la bourgeoisie, ça repart de plus belle. Le XIXe siècle est la construction d’un savoir-vivre de plus en plus complexe où chaque acte est réglementé, depuis le moment où tu te lèves et tu fais pipi au moment où tu vas te coucher. Tout est fait pour que les pauvres ne puissent jamais les atteindre. Ces traités étaient écrits par des baronnes, la baronne Staffe qui a écrit le plus grand savoir-vivre de l’époque. Et puis au milieu du XXe siècle, tout se casse la gueule parce que ce savoir-vivre ne tient plus le choc face aux autres cultures qui arrivent. Mais encore aujourd’hui, cela perdure avec la baronne de Rothschild notamment.

Vous êtes la nouvelle baronne de Rothschild ?
Oui, je suis un peu la nouvelle baronne, mais avec une grosse bite. Et la baronne applique les mêmes schémas que tous les autres traités : guide de correspondance, comment se tenir quand on est militaire, quand on reçoit un évêque à la maison, comment élève-t-on ses enfants. Et le mien suit aussi le même découpage.

Avez-vous repris exactement les mêmes thèmes ?
Oui ! Sauf que j’en ai ajouté : par exemple, comment doit-on se tenir au lit !

A qui s’adresse ce livre ?
Aux cochonnes et aux cochons. Je m’adresse à toutes les personnes qui ont envie de s’amuser. Parce que le but premier du livre est tout de même de se moquer de l’organisation sociale. C’est un bouquin "anar" par définition, une grande ode à la liberté. En gros, je prône tout ce qui est condamné aujourd’hui : beaucoup boire, beaucoup fumer, se droguer, baiser. J’explique comment éviter la religion à ses enfants, où vomir à Paris quand tu as trop bu.

Avez-vous vomi dans tous ces lieux que vous citez ?
Non, j’ai récolté des témoignages qui racontent qu'on est à l’aise dans ces endroits là. Certains m’ont beaucoup plu comme le musée du romantisme. On imagine toujours le romantisme comme une période un peu floue où on court tout nu dans les champs de coquelicots alors que Chopin et George Sand se saoulaient énormément la gueule. Alors pour moi, oui, le musée de la Vie romantique, c’est un très bon endroit pour vomir.

L'art de manipuler le second degré

A qui ne vous adressez-vous surtout pas ?
Les gens qui n’ont aucun sens de l’humour. Parce que tout de même, c’est un livre à prendre au second degré. Tout est à la limite du second degré. Comment se comporter quand on invite un curé à la maison ? Avant tout, il faut éloigner les enfants pour ne pas qu’il mette sa main dans la culotte des mômes !

Hier, était organisée une soirée en votre honneur chez votre éditeur, La Musardine. Avez-vous appliqué ces règles de savoir-vivre ?
J’ai beaucoup bu, j’ai un peu tripoté, gentiment. J’applique ce savoir-vivre au quotidien. Ces personnes qui disent qu’il ne faut pas boire, qu’il ne faut pas fumer, m’énervent. On s’en fout tout de même ! Si des gens ont envie de boire, de se saouler, de tomber la tête dans le caniveau et mourir à 35 ans, je ne vois pas le problème. Par contre, ils n’ont pas le droit de tuer en prenant leur voiture.

Les bien-pensants vous agacent ?
Ceux qui me disent ce que j’ai à faire : ça se fait, ça ne se fait pas. Ça ne se fait pas de péter à table mais délocaliser une entreprise, mettre des gens au chômage pour gagner plus de thunes, ça se fait. On rêve !

La règle de savoir-vivre suprême ?
C’est de savoir se comporter au lit. Un mec qui ne sait pas lécher une femme ne mérite pas de vivre ! Les bourrins au lit avec les femmes, voici un vrai manque de savoir-vivre ! Le savoir-vivre, c’est de savoir faire jouir une femme. Il faut tout mettre en œuvre pour ça. C’est vraiment au niveau du cul que ça se joue. Et je crois qu’il est vraiment important de ne rien s’interdire. L’important ce n’est pas la quantité mais c’est de savoir pratiquer.
J’ai écrit des chapitres sur les menstruations, le pipi, le caca, parce que je pense qu’il ne faut rien s’interdire. Je ne suis pas un pratiquant du caca. Je veux seulement dédramatiser. A partir du moment où personne n’est froissé ou n’en souffre, il faut tout s’autoriser. Tout est bon !

Et alors, avez-vous eu des retours de personnes outrées ?
Certaines personnes sont un peu choquées, et ce malgré les pincettes que je prends, pour mon introduction à une scatologie de bon goût. C’est un sujet tout de même difficile, qui met mal à l’aise. Et j’explique que dans la culture française, il existe une vraie tradition de la merde avec de grands auteurs comme Rabelais, Alfred Jarry. Dans la sexualité, on peut y être confronté, ça arrive et ce n’est pas dramatique. J’y vais vraiment mollo parce que je sais que c’est vraiment dangereux.

Et "les nouveaux cons", que pensent-ils de ce genre de livre ?
Ils ne peuvent pas apprécier. Dans ce bouquin, je parle de personnes qui sont coincées dans des représentations, des dogmes : féministe, gauchiste, patron, etc. Et ces gens ne peuvent pas apprécier un bouquin qui casse tous les dogmes et toutes les représentations, qui prône la plus grande liberté et le plus grand bonheur pour tout le monde. Et surtout pour nos enfants. Depuis que le sida est là, on résume la sexualité à la pénétration et à la trouille de l’attraper.

On ne demande plus à une fille, quand elle a eu un rapport, si elle a joui mais si elle s’est protégée. Je trouve qu’on a supprimé la jouissance et le plaisir pour dire à nos enfants qu’avec la sexualité, ils marchent sur un fil, qu’ils peuvent se casser la gueule à tous moments. Alors que la sexualité, c’est d’abord prendre son pied. Et c’est pour ça que j’insiste beaucoup sur le cunnilingus dans le livre. La pénétration n’est pas la seule façon de faire jouir une femme ! On peut aussi se lécher et en plus, on ne risque rien. Et le lendemain, on va acheter un préservatif. C’est complètement con de dire : on ne peut pas baiser, je n’ai pas de préservatif ! Moi je propose de se lécher la chatte et le cul.

Et si Dieu existait ?

Le cul, c’est très important pour vous.
Pour moi, c’est presque la preuve de l’existence de Dieu. Pourquoi mettre une zone érogène dans le trou du cul ? Dieu est vachement doué !

Parce que vous êtes croyant ?
Pas du tout ! Mais là, j’avoue que je doute. Et si Dieu a vraiment mis une zone érogène dans le trou du cul, ça vaut le coup de croire. Et si elle est là, c’est qu’on doit la lécher !

Quel est le chapitre qui vous tenait le plus à cœur ?
Le savoir-vivre des pauvres et des indigents qui est une contradiction du savoir-vivre traditionnel. Comment dormir dans un carton ? Comment faire la manche ? Et Laurent Wauquiez (ministre des Affaires européennes, NDLR) me rejoint là-dessus. Les pauvres devraient travailler cinq heures par semaine. Cette disposition existait déjà au Moyen Age. La moralité des pauvres exigeait que si on leur donnait une miche de pain, ils effectuaient un travail en échange. C’est la morale judéo-chrétienne : donner c’est recevoir en échange la démonstration de la bonne volonté du pauvre. Alors je leur explique qu’ils doivent faire la manche en disant qu’ils ont des enfants à nourrir, qu’ils ne doivent pas boire où ils font la manche, ni avouer qu’ils vont acheter du pinard avec. Comme ça, les bourgeois ont l’impression de donner pour quelque chose d’utile. Si tu fais la manche tout crade pour aller picoler, ce n’est pas moral. Et on aime que le pauvre ait une moralité.

Il doit s’excuser d’être pauvre ?
Oui, parce qu’on est tellement tous égaux qu’on est forcément un peu coupable d’être pauvre. Quand on veut, on peut ! En fait, je prends tout à contre-pied et contre-courant pour dénoncer des situations bien réelles.

C’est un travail d’enquête ?
Oui ! Et puis, je ne suis pas jeune et j’ai rencontré pas mal de gens dans ma vie. J’ai une formation de chercheur en anthropologie, je travaille très sérieusement ! Par exemple, concernant le léchage de chatte, je pourrais y passer ma vie, donc, je connais ! J’ai un testament, déposé chez le notaire, disant que je veux être incorporé à un gel intime. Et j’y passerai ma mort et ce serait merveilleux ! Je suis presque pressé de mourir !

Pouvez-vous me parler des "nouveaux cons" ?
Dans les années 70, des gens comme Cavanna, Brassens, ont défini ce qu’étaient les cons, les militaires, les CRS, etc. Je trouve qu’on n’est pas vraiment revenu sur ce mot, les cons. Et depuis les années 2000, il émerge une nouvelle génération de cons. Ca valait le coup de les identifier. Et ce n’est plus des mecs de droite, mais c’est un peu tout le monde. J’ai beaucoup tapé sur la gauche, dont moi, dans la catégorie "les vieux gauchistes ne servent à rien". A quoi ça sert de crier « A mort le capitalisme ! », à attendre une révolution qui ne viendra pas. Des mecs de mon âge, qui ont toujours bossé, qui sont certains d’avoir une retraite et qui osent donner des leçons à des plus jeunes qui vivent la période la plus difficile des dernières décennies ! Leur donner des leçons alors qu’on est en sécurité, je trouve que c’est scandaleux ! Voilà un exemple de gros cons modernes ! Les bobos, les écolos, les humanitaires, etc. On rentre tous dans une des 68 catégories des nouveaux cons !

 

Les Nouveaux cons, Etienne Liebig, Michalon, avril 2011, 17 euros.
Le Savoir-vivre des cochons, Etienne Liebig, avril 2011, 15 euros, illustrations de Lindingre.

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Moi aussi je veux être incorporé dans un gel intime après ma mort !

Un sacré personnage qui fait du bien aux zygomatiques.

 

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