"Coco", un Pixar mortel

mercredi 29 nov. 2017 | Marco Pierrard

Excellent

Né dans une famille où la musique est bannie depuis des générations, Miguel souhaite pourtant devenir un grand musicien. Propulsé par hasard dans le Monde des Ancêtres, le jeune garçon va vivre une incroyable aventure et découvrir la véritable histoire de sa famille. Drôle, touchant et visuellement impressionnant, Coco nous plonge dans la tradition mexicaine pour interroger notre rapport à la mort et à la mémoire.

Miguel est un jeune mexicain qui rêve de suivre l'exemple de son idole, le grand chanteur et guitariste Ernesto de la Cruz. Malheureusement pour le garçon, la musique est un sujet tabou au sein de la famille Rivera depuis que le père de Coco, son arrière-grand-mère, a quitté femme et enfant pour se consacrer à sa passion musicale et n'est jamais revenu auprès des siens.
Alors que le Mexique tout entier se prépare au "Jour des morts" pendant lequel les vivants se rendent dans les cimetières pour honorer leurs proches disparus, Miguel se retrouve dans le Monde des Ancêtres par un étrange concours de circonstance. Dans cet univers parallèle, étrange et coloré, il fait la rencontre des membres de sa famille décédés qui, malheureusement pour lui, partagent l'opinion de ses proches bien vivants sur la musique. Pour le guider dans ce nouveau monde et trouver le mythique Ernesto de la Cruz, le jeune garçon peut compter sur Hector, un défunt un brin manipulateur mais sympathique. Ensemble, ils vont accomplir un périple extraordinaire qui révèlera à Miguel l'histoire secrète de sa famille.

Coco © 2017 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

La mort lui va si bien

La profusion de suites des films Pixar — encouragée par le rachat par Disney ? — crée une certaine curiosité, pour ne pas dire impatience, lorsque le studio d'animation annonce travailler sur un nouveau projet totalement original. Si Le monde de Dory (2016) [lire notre chronique] et cette année Cars 3 (2017) [lire notre chronique] ont été des suites plutôt convaincantes, il faut remonter à 2015 pour trouver deux nouveaux concepts. Alors que Vice-versa [lire notre chronique] s'est imposé parmi les "grands Pixar", Le Voyage d'Arlo [lire notre chronique] était pour sa part décevant, apparaissant trop simple comparé aux autres productions du célèbre studio. Avant une nouvelle suite qui verra les Indestructibles enfiler pour la seconde fois leurs costumes de super-héros, Pixar était attendu au tournant et ne déçoit absolument pas avec cette histoire fantastique qui nous plonge dans le folklore mexicain en plein "Jour des morts". Malgré sa thématique morbide — Miguel est recueilli par les squelettes des membres de sa famille décédés —, Coco adopte une vision festive de la mort pour un voyage étonnant. Porté par un univers aux couleurs éclatantes, la nouvelle production Pixar — réalisée par Lee Unkrich (Toy Story 3, 2010) et Adrian Molina (animateur sur Monstres Academy, 2013) — tourne le dos à l'imagerie occidentale traditionnellement associée à la mort, forcément terne et lugubre. Ici les squelettes sont beaux et sont tout aussi "vivants" que leur descendance sur Terre.

Le monde des morts est visuellement impressionnant et plonge sans réserve dans l'imaginaire mexicain en mettant en scène des animaux fantastiques inspirés des alebrijes. Ces sculptures en bois traditionnelles mexicaines de couleurs vives représentent des animaux imaginaires comme des lézards aux oreilles de lapin ou des éléphants dotés d'ailes de papillon. Miguel découvre ainsi dans le monde des défunts Pepita, une géante chatte sauvage ailée, guide spirituelle de Mamà Imelda, son arrière-arrière-grand-mère. Techniquement parfait, Coco impressionne également par sa complexité narrative qui tient en haleine en révélant peu à peu des éléments sur l'histoire familiale de Miguel.

Coco © 2017 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

La mémoire sans la peau

Coco semble traiter de prime abord d'une vocation impossible — Miguel empêché de jouer de la guitare par sa famille — mais ce sujet devient peu à peu secondaire face au cœur du récit : la place que l'on consacre aux défunts. Sujet ô combien morbide par définition que Pixar traite ici avec beaucoup de tact et de tendresse. Une fois les morts dans l'autre monde, Miguel apprend qu'ils ne sont pas censés y rester éternellement. Chaque mort est amené à disparaître totalement lorsque la dernière personne encore vivante ne se souviendra plus de lui. Une façon de lier l'au-delà — en dehors de toute considération religieuse — à une volonté de l'esprit dont la responsabilité repose sur les vivants. Finalement, la quête musicale de Miguel n'est qu'un prétexte pour amener cette belle idée d'une seconde mort mémorielle. Le film s'intitule d'ailleurs Coco, prénom de l'arrière grand-mère du petit garçon. Même si Miguel est celui qui se retrouve projeté dans le Monde des ancêtres c'est bien la vieille dame qui est finalement au cœur de l'histoire. On reconnaît là l'audace propre à Pixar qui n'hésite pas à faire de son personnage clé une vieille femme proche de la mort ayant des troubles de mémoire. Toute la beauté de Coco réside — au-delà de l'intrigue sur le secret de famille —, à faire le lien, à travers les décennies, entre cette vieille dame et la petite orpheline de père qu'elle a été, bouclant un cycle de vie commun à tous. Le célèbre studio d'animation n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'attaque à des sujets complexes (le deuil, l'inconscient, la mort, la mémoire…) et trouve la forme parfaite pour les rendre ces thématiques accessibles au plus grand nombre. Coco est un nouvel exemple impressionnant de la capacité de Pixar à créer des films à la fois profonds et divertissants.

Plongée colorée au cœur de la tradition mexicaine, Coco impressionne par ses visuels somptueux et bouleverse avec une touchante réflexion sur la mort comme un état relatif, célébrant la puissance du souvenir. Une réussite flamboyante. Magnífico !

> Coco, réalisé par Lee Unkrich et Adrian Molina, Etats-Unis, 2017 (1h49 min)

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