Clément Léon R : "Il faut sauver les nuits parisiennes !"

jeudi 20 févr. 2014 | Dorothée Duchemin

Elu pour un an maire de Paris la nuit par les noctambules le 9 novembre dernier, Clément Léon R a une mission, et pas des moindres : sauver les nuits parisiennes. Des nuits qui périclitent faute de transports en commun adaptés, étouffées par les fermetures administratives et les horaires d'ouverture trop restreints. Aujourd'hui, Clément Léon R, auteur, chroniqueur de 31 ans et défenseur du bien vivre Paris la nuit, veut peser dans les prochaines décisions du futur maire de Paris le jour. Entretien.

Alors que les nuits berlinoises et londoniennes font rêver les noctambules, pourquoi la nuit parisienne semble beaucoup moins attractive ?

Les villes comme Berlin et Londres ont compris que la nuit était une vraie opportunité, économique, culturelle et touristique. C’est ce que Paris n’a toujours pas compris. On voit des initiatives privées, mais qui ne sont pas soutenues par la mairie. Aujourd’hui, cette dernière met en place des événements comme les Nuits Blanches et la Fête de la musique et a l’impression de s’être occupée de la nuit. Paris possède un nombre énorme de bars et de boîtes de nuit réputés mondialement. Mais sur le site de la mairie Paris Night Live, aucun de ces lieux ne sont mis en avant. Berlin et Londres ont compris que la nuit n’est pas la même chose que le jour ; elle touche à l’économie, au logement, au transport, mais elle ne se gère pas de la même manière. À Paris, on a toutes les infrastructures pour vivre la nuit, les transports, des commerces. Mais il faut des autorisations pour tout. Les transports sont rares, un bar ferme à deux heures du matin. Il faut absolument élargir les horaires. Depuis que Londres a pris le problème à bras le corps, Londres dépasse Paris sur le plan touristique.

Le premier ennemi de la nuit parisienne ce sont les associations de riverains, très virulentes ?

La mairie n’a pas compris que les potentiels électeurs sont aussi les usagers de la nuit. Ceux qui sortent, les noctambules, mais aussi les gens qui travaillent. Paris la nuit, c’est 600.000 emplois. Les potentiels électeurs ne sont pas que les associations de riverains qui sont d’ailleurs en minorité. Concernant le mieux vivre ensemble - et là je parle des riverains et pas des associations de riverains - il faut absolument que les bars puissent installer une bonne isolation acoustique. À Paris, les espaces sont petits, le bruit résonne facilement sur le mur d’en face.  La mairie doit mettre en place autre chose que les Pierrot de la nuit qui n’ont servi à rien à part coûter 150.000 euros par an. L’argent du contribuable devrait plutôt être un soutien pour les bars qui veulent mettre en place des isolations phoniques. Et pour ceux qui ont l’espace nécessaire, un fumoir. Pour que les fumeurs ne se retrouvent pas tous sous les fenêtres des riverains. Il faut penser à des choses efficaces plutôt que des kakémono où est inscrit : « Pour mieux s’entendre, parlez moins fort ». Par ailleurs, avec l'obligation de fermer à 2 heures du matin, les clients sortent tous à la même heure, ce qui cause des nuisances pour les voisins. Alors que si les bars fermaient plus tard, le flux s'effectuerait au fur et à mesure. Il n'y aurait pas d'attroupement chaque soir à la même heure, aux mêmes endroits.

Pour revenir aux associations de riverains, avez-vous essayé la conciliation ?

Aujourd’hui, les associations de riverains ne veulent pas être dans la négociation. De leur point de vue, ils sont en guerre et pas dans un débat. J’essaie de rencontrer ces gens, mais ils ne veulent pas me rencontrer. Ils s’acharnent de manière procédurière contre ces lieux de nuit pour pouvoir tuer la nuit. Pour l’instant, la médiation n’est pas du tout leur politique. Leur arme, c’est la fermeture administrative. Et ils matraquent.

La lutte contre la fermeture administrative abusive est un des points forts de votre mission.

C’est effectivement un vrai problème. Nous vivons dans une cité, le vivre ensemble est un concept important. D’ailleurs, certains riverains trouvent des solutions. Ils sont en relation avec les bars en bas de chez eux et font ce qu’il faut. Par exemple leur proposer de positionner les enceintes différemment. Il y a tout de même plusieurs étapes avant d’appeler la police et d’aboutir à une fermeture administrative ! Cette répression tue la nuit et étant en période d’élections, les fermetures administratives sont de plus en plus fréquentes ! Les candidats préfèrent voir de potentiels électeurs dans les associations de riverains plutôt que dans les commerçants et leurs clients. La fermeture administrative ne doit pas disparaître, mais ne doit pas être utilisée comme une première solution. D’abord la conciliation, ensuite l’amende et derrière la fermeture. Et il faut aussi faire du cas par cas. Beaucoup de gérants essaient d’éduquer leurs clients. Les chuteurs sont là pour ça. Mais tout ne peut pas être la faute des gérants. Par exemple, les clients ne pisseraient pas sous les portes cochères s’il y avait plus de pissotière ! Depuis 4 ans, les fermetures administratives ont augmenté de 11%. Dans certains quartiers, c’est un harcèlement chaque week-end. C’est ce qui se passe ces derniers mois dans le quartier Jean-Pierre Timbaud. La politique répressive de gauche, c’est ça.  Le maire, Stéphane Martinet a pris le parti des associations de riverains et ne veut plus discuter avec les acteurs de la nuit1. Dans d'autres quartiers, comme Bercy ou Austerlitz qui sont des nouveaux lieux de fête, ça se passe mieux, parce que ce sont surtout des bureaux. Chaque quartier a ses problématiques. 

Londres et Berlin sont des villes beaucoup plus étendues que Paris, avec des lieux plus isolés pour faire la fête. Ne peut-on pas imaginer des lieux de fêtes dans la petite couronne ?

C’est déjà le cas, le grand Paris existe ! Les fêtes existent et la tolérance y est effectivement plus importante. C’est très bien ces fêtes dans des friches, la suppression des départements. Ces projets sont très intéressants. Mais Paris ne doit pas pour autant devenir un village, une cité-dortoir. C’est une ville, une capitale, qui doit vivre 24h/24 intra-muros. Avec des transports, des fleuristes, des bars, des boîtes de nuit, des marchands de journaux… Un grand disney-clubbing de l’autre côté du périph’, ce n’est pas la solution ! L’âme de Paris, Paris la nuit, doit perdurer.

Quelles sont vos propositions concrètes pour les transports la nuit ?

Concernant le métro, mais ça sera fait je pense peu importe la candidate élue, il faut qu’il reste ouvert la nuit, au moins le week-end sur les lignes automatisées ou en passe d’être automatisées. Le Noctilien est à revoir dans sa cartographie et dans l’indication des stations. Dans le métro, il n’y a pas d’information et de plans concernant le noctilien. Le week-end à Paris, il y a 17.000 taxis. Il en manque le double. Je propose de mettre en place, ce qui se fait déjà à Londres, des licences de taxis pour particuliers, des personnes en voie d’insertion ou avec de petits revenus : chômeurs, allocataires du RSA, étudiants… Ces nouveaux taxis stagneraient et ne tourneraient pas contrairement aux taxis. Les usagers pourraient contacter via des applications qui existent déjà comme Djump par exemple. Ce serait bien que la gestion de ses licences passe par Autolib’, ce qui permettrait à la mairie de montrer sa volonté de s’intéresser à la nuit


Il a été élu «maire de la nuit» à Paris par lefigaro

Quels rapports avez-vous avec les candidats à la municipale parisienne ?

J’ai de bons rapports avec tous les candidats, sauf le FN. NKM a un discours sur la nuit qui est très intéressant, ce qui ne veut pas dire que je rejoins ses idées pour le reste. Quant à Anne Hidalgo, militante pour la démocratie participative et citoyenne, elle ne m’a toujours pas rencontré, alors que je suis un pur produit de cette démocratie. Elle veut un adjoint à la nuit, je ne veux pas être cet adjoint, ce n'est pas la question, mais je pourrais être un consultant, un conseiller, comme je le suis déjà par ailleurs. Anne Hidalgo se voit déjà dans son fauteuil et ne bouge pas. C’est d’un snobisme hallucinant. J’ai vu tout le monde sauf Anne Hidalgo. Je ne donne pas de consigne de vote, mais si elle ne me rencontre pas avant les élections, mon discours ne sera pas en sa faveur.

Quel poids espérez-vous avoir sur les décisions de la mairie dans les mois prochains mois ?

Je prépare quinze questions qui seront posées à chaque candidat et publiées bientôt dans un média. On saura qui est nyctalope et qui ne l'est pas. Surtout, ces réponses constituent des engagements pour le futur maire. S'ils ne sont pas suivis, j'espère pouvoir être un contre-pouvoir. 

Enfin, les acteurs que vous voyez sur le terrain sont-ils inquiets de la situation actuelle ?

Ils sont très inquiets. Ils vivent une politique de répression qui prouve que les politiques en place aujourd’hui n’ont aucune notion de comment se gère la nuit et ça ne les intéresse pas du tout. La nuit parisienne va bien parce qu’elle a beaucoup d’infrastructures. Mais elle ne va pas bien concernant la législation. Je veux une diversité de l’offre. Pas uniquement des bars qui soient sur des horaires élargis, mais tous types de commerce. Des galeries, des commerces, des transports... Il faut pouvoir vivre à Paris la nuit. 

  1. 1. Les riverains et l'association des commerçants du quartier Jean-Pierre Timbaud ont lancé une pétition en ligne pour faire entendre leur voix.
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