Harry Potter, Buffy, Naruto, jusqu'où peuvent aller les vrais fans ?

mardi 23 sept. 2014 | Dorothée Duchemin

Le webdocumentaire Citizen Fan est une plongée dans l’univers des fans, des vrais. Les purs et durs. Ceux qui s’emparent d’une série, d’un livre ou d’un dessin animé pour créer un univers dense et particulièrement créatif.

Ils ont écrit près de 700.000 suites d’Harry Potter. Ils ont raconté l’histoire d’amour d’Elisabeth Bennet et Darcy, là où Jane Austen s'était arrêtée. Ils ont imaginé la vie quotidienne des personnages de Castle et portent les costumes de leurs héros de mangas favoris. Bienvenue dans l’univers des fans. Des fans actifs, dits "transformatifs", qui transforment l’œuvre originale pour la réinterpréter, la poursuivre ou la réadapter.

Pour mieux comprendre ce phénomène, un webdocumentaire, débarqué le 10 septembre sur la toile, s'est penché en profondeur sur ce phénomène.

Citizen Fan, réalisé par Emmanuelle Wielezynski-Debats en partenariat avec Rue89 et France Télévisions, est une plongée passionnante dans l’univers de ces admirateurs. Elle-même fan de la série Castle, la réalisatrice a découvert ce phénomène underground en cherchant des informations sur l’objet de son affection, explique-t-elle dans une interview publiée sur Plateau Télé, le blog de France TV consacré au numérique. Elle découvre alors un monde parallèle, où fleurissent des fan fictions autour de ses héros : c’est le "fandom" de Castle, contraction anglaise de fan et domain, terme qui désigne l’ensemble d’un univers propre à un groupe de fans.

Documentariste pour La Gaptière production, Emmanuelle Wielezynski-Debats propose alors un projet de wedocumentaire à France Télévisions ; il sort ces jours-ci sous l’égide du département Nouvelles Ecritures du groupe, un pôle innovant qui veut bouleverser la narration traditionnelle en misant sur le numérique et le transmédia.

Des adeptes qui ne se contentent pas d'une oeuvre

Pour bien comprendre ce dont il est question, le webdoc est parti à la rencontre de ces fans. La galerie de personnages est composée d’une quinzaine de portraits vidéo, auteurs de fanfictions, de vidding (vidéos de fan), cosplayers, video gamers. Ils sont accros à une série, à une bande dessinée, à un livre ou à un film et ont osé se l’approprier pour imaginer des histoires alternatives, dessiner ses héros ou jouer leur rôle en costume.

Enfin incarnée, cette pratique qui pouvait paraître absolument cryptique s’éclaircit peu à peu. Fans d’Harry Potter, de Castle, d’Hunger Games, ils racontent leur démarche. Ils savent qu’ils sont parfois perçus comme des hurluberlus, parfois même moqués pour cet amour qu'ils portent au "bas de gamme", d'après certains, de la pop culture. Pourtant, ils sont plutôt culottés. Ils n’hésitent pas à se réapproprier une œuvre et à faire travailler leur imagination. Ils inventent, lisent, écrivent et soumettent leur fanart aux jugements d’autrui.

Plusieurs l'expliquent dans le webdoc : qui n’a pas déjà imaginé une fin alternative pour un film ou une série ? On l'a tous fait. Eux l’écrivent. Pas si risible que ça, à bien y réfléchir.

Très pédagogique, le webdoc accompagne les interviews de définitions qui apparaissent autour des vidéos. On n’est jamais perdu, mais on regrettera l’absence d’un glossaire exhaustif qui reprenne chaque terme du champ lexical des fans.

Toute une partie aborde le fanart à travers ses facettes économiques, sociologiques, juridiques avec l’expertise notamment d’Henry Jenkins, pionnier de la recherche sur les fans et théoricien de la culture participative ou encore Sébastien François, auteur d’une thèse sur l’appropriation de la culture populaire par les internets.

Des communautés structurées 

Fan fiction, vidding, cosplay, fanarts, le néophyte découvre un univers alternatif, boosté ces dernières années par le web 2.0. Réunis en communauté sur les forums, ils ont un lieu où montrer leur travail et évoluent dans un monde structuré. Dans le domaine des fan fictions, abrégé en "fan fic" ou "fic", les auteurs se réunissent sur des sites dédiés, fanfictions.fr étant le plus important d'entre eux pour les francophones. Là, ils sont relus et corrigés par leurs pairs ; une pratique nommée le beta-reading.

Les fans s’organisent aussi autour d’un code d’honneur. L’une des règles : « On ne fait pas d’argent avec sa fan fiction. » Certains y dérogent, comme E.L. James, auteur de Fifty Shades of Grey, qui a fait fortune avec cette fan fiction inspirée du fandom Twilight.

Citizen Fan ne fait pas que parler du phénomène, il le montre aussi. Ainsi, un vaste musée participatif, où les fans peuvent partager leurs créations, expose les œuvres de plus de 350 fans, de plus de 34 nationalités différentes. Les fanarts sont organisés selon une dizaine de catégories, les comics, les mangas, Disney ou encore la science-fiction. Pour Harry Potter et Jane Austen, les fans sont tellement nombreux, prolifiques et créatifs qu'ils ont leur propre catégorie. Une autre œuvre, un dessin animé, a ce privilège, MLP pour les intimes.

Le fandom de My little Pony est celui qui a sans doute le plus surpris notre rédaction. Code44, auteur de la fanfic PonyKrieg livre un témoignage particulièrement éclairant sur la naissance d’un fandom puissant et très actif. Et Mon Petit Poney prit ainsi une dimension jusqu'alors insoupçonnée...

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