Charles Manson, le gourou hippie

lundi 29 août 2011 | Rémi Métriau

Huitième épisode de notre série "Crimes et malfrats" avec Charles Manson. Il incarne le coté obscur de la coolitude. Manifs anti-guerre, communautés, musique et drogue qui font peacer… En 1969, on est sympa, hippie c’est tout. C’était sans compter sur le petit Charly qui, sentant le vent tourner, passe de délinquant minable à gourou respecté. Un filon. Il chope la Bible, l’Album blanc des Beatles, fait sa petite dinette et en tire une interprétation toute personnelle. A la tête de sa secte, Manson va enrhumer du crétin, engrosser de la fragile et commanditer plusieurs meurtres dont celui de Sharon Tate, la femme de Polanski. Cry baby cry…

Lorsque Manson sort de prison en 1967, après dix ans passés derrière les barreaux, il sent bien que The times they are a-changin’. Direction l’ouest, guitare en bandoulière, pouce en l’air pour chiner de la berline, index et majeur pour s’amener la Marie au bout des lèvres. Il traîne alors dans le quartier de Haight-Ashbury à San Francisco et sur le campus de Berkley. Des spots. Très vite, il fait la connaissance de Mary Brunner, une bibliothécaire rousse. Les goûts, les couleurs…

Et, puisque c’est l’époque et que c’est un peu comme ça qu’on l’imagine, l’hurluberlu s’achète un van Volkswagen et s’en va se balader avec sa rouquine sur les routes du coin, ramassant de temps à autre des jeunes errants tout curieux de découvrir la vie. Jeunes en rupture avec leurs familles, paumés en vadrouille, doux rêveurs, Charly amadoue sans Mariam, surtout si c’est de la belette. Il finit par se constituer un harem aux petits oignons. Conscient alors qu’il va lui falloir un peu plus qu’un bus allemand et du bagou pour mignoter ses poulettes, Manson va prophétiser l’apocalypse et, bien évidemment, se poser en homme providentiel. On est au temps des idées, après tout.

Le prédicateur flingué

Manson mène sa troupe, « la famille », d’une main de maître. Et pourtant, faute de mieux, les jeunes enrôlés font les poubelles pour éviter l’hypoglycémie. Et puisque ce n’est pas suffisant, la bande revend également un peu de came et barbote C.B. et bagnoles. La vie s’organise tout de même et tant bien que mal… Charles se la joue glandeur intello et, les drogues aidant, prépare une tambouille épicée à ses ouailles chapardeuses. Ebranlé par l’Album blanc des Beatles (on peut comprendre) et, dans une moindre mesure par la Bible, Manson réinterprète les paroles des quatre garçons dans le zef et en arrive à une conclusion un brin facétieuse : une guerre d’un type apocalyptique se prépare entre les noirs et les blancs.

A la fin du conflit, et comme sur un 100 mètres en athlé, ce sont les noirs qui gagnent. Le truc, c’est que les noirs, ils vont pas savoir faire ça, contrôler le monde. C’est à ce moment que Manson et sa bande, qui s’étaient planqués dans le désert pendant que la guerre raciale faisait rage, réapparaissent pour conseiller tous ces Obama bien incapables en réalité de devenir les maîtres du monde. Susan, Nancy, Bobby, Joan, Ruth et toute la bande gobent la salade en plus de quelques pilules. Le prélude au meurtre est composé, Charles Manson, musicien raté, en est l’orchestrateur.

Le musicien raté

Fin juillet 69, des membres de « la famille » sont envoyés par Manson pour aller récupérer de l’argent auprès de Gary Hinman, un prof de musique. La mayonnaise tourne et les enragés commencent à fouiller la baraque du gonze. Hinman tente de s’enfuir, taquet-parquet. Manson est appelé en renfort. Il donne les instructions, le prof est achevé et avec son sang « political piggy » (cochon de politicien), est tagué sur son mur blanc. Pour tromper son monde et faire en sorte que la guerre annoncée entre blancs et noirs ait lieu, la bande signe « Black Panther ». Malheureusement, les hostilités ne commencent pas.

Flashback. Quelques semaines avant ce premier meurtre, Manson avait cru en ses chances de zicos. Denis Wilson des Beach Boys recommanda à un certain Terry Melcher, un type qui a collaboré avec les Byrds, d’aller jeter une oreille sur ce que faisait le barbu Manson dans son ranch. Melcher s’exécuta et trouva que Manson avait tout juste le niveau Star’Ac. Pas suffisant, voire affligeant. Autant dire que Charly s’y voyait déjà et digère ça aussi bien qu’un mauvais Houmous.

Retour présent. Fâché tout rouge par cet épisode, Manson va alors ordonner à ses disciples de se rendre chez Melcher et de buter la totalité des personnes qui s’y trouvent. Cinq personnes vont y passer et, parmi elle, Sharon Tate, la femme de Roman Polanski alors enceinte de huit mois. La bande, pas très soigneuse, poignarde salement. Du sang partout par terre. Une fois de plus, « PIG » est tagué sur la lourde. Le lendemain, c’est un couple de bourges résidant dans le même quartier qui tâte la lame de la famille. Sur les murs « Death to pigs ». Les proprios des riches demeures alentours claquent des dents.

L’hippie pas cool

Dès lors, la police mettra peu de temps à recouper toutes les affaires et à arrêter « la famille ». Et vu que certains sont, de par leur nature, plus bavards que d’autres, Manson ne tardera pas à être confondu comme étant le leader de la bande. Tout le monde ou presque prend perpet’. Manson apparaîtra quelques années plus tard, pour une interview, arborant une croix gammée.

Pas vraiment étonnant. Car en réalité, Charles Manson est aux hippies ce que Altamont est au festival peace and love : un échec cuisant. A une époque où tout semblait possible, Manson a fait croire que tout était permis. Frustré de ne pas être un des chantres du mouvement déjà déclinant, il s’est fait gourou d’une bande de paumés et en a profité pour régler ses comptes par procuration. L’hippie pas cool était né et déjà la fin d’une époque se tramait.

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