La cassette audio, un demi-siècle de piratage en douce

lundi 30 sept. 2013 | Jean-Charles Dufeu

Ne cherchez plus. On a retrouvé la cause de la crise du disque. Ce moment fatal où tout a basculé : avoir de la musique sans l'avoir achetée, c'était désormais possible grâce à elle. Certains mauvais plaisanints lui ont même fêté son anniversaire récemment. Triste époque en vérité.


A l'origine du mal

Sournoise et pleine de malice, elle est apparue discrètement, vers la mi-septembre 1963. Créée dans les bureaux de Philipps, elle s'est d'abord fait connaître dans les milieux informatiques, où elle avait vocation à stocker des données. Jusque là, tout allait bien. Et puis elle a fait son chemin vers la culture urbaine et populaire, où, associée à de nouveaux appareils hi-fi sophistiqués et surtout ultra portables, tel que le Walkman -commercialisé par Sony en 1979-, les postes de radio boombox ou ghetto-blaster (la radiocassette quoi), elle a largement encombré les poches des amateurs de musique dans les années 80.

Destinée à un usage strictement privé, elle a rapidement été détournée de son dessein, pourtant très honorable, (les compilations maison !) pour devenir le pion d'une mécanique cruelle, qui a fait chuter le disque d'or de 500 000 à 75 000 ventes en quarante ans. 

La cassette audio vient de fêter ses cinquante ans.

Un succès incompréhensible

En dépit d'un format disgracieux, d'une capacité certaine à s'emmêler les bobines, de malformations notables et d'une propension à un vieillissement accéléré, la cassette audio (parfois désignée par ses utilisateurs, dans les milieux initiés, sous le nom de code K7) a pourtant connu une heure de gloire imméritée. La faute sans doute à tous ces vilains rappeurs : eux qui n'avaient pas les moyens de se payer une production CD digne de ce nom se sont servis de la cassette comme d'un moyen de diffusion plus immédiat de leur musique. Comme si le monde avait besoin de ça, on vous le demande. Toujours est-il que le  fléau s'est propagé plus vite que de raison pendant deux décennies au moins. Les outils de communication de l'autorité industrielle avaient beau être subtils et efficaces (souvenons-nous des têtes de mort en forme de cassette audio tamponnés sur les disques en Angleterre), la cassette s'est fait son trou. Et son petit prix n'y est pas pour rien.

Avant de disparaître complètement dans les années 2000. Soulagement légitime.

Le tour de crayon dans la plaie

Quoique… Une dizaine d'années plus tard, quelques artistes ou labels particulièrement inconscients pensent pouvoir remettre l'horrible objet au goût de la mode. La maison de disques… euh non, disons, le label artisanal Monster K7 fait partie de ces dissidents et sort encore la musique de ses artistes sur bandes analogiques. Dans leur sillage, une flopée de petits groupes émergents reprennent le chemin des cassettes, des soirées DJ spéciales ont lieu, la résistance s'organise… Des labels se spécialisent dans le format K7 à l'instar des britanniques Mirror Universe Tapes, ou encore Snatch Tapes. Le phénomène s'amplifie encore un peu plus quand le duo de musique électronique et moderne Daft Punk sort son nouvel album Random Access Memories sur K7 et fait savoir sa volonté de ressortir leurs précédents disques sur ce format. On croit rêver. Et puis on se rassure : qui pourrait bien s'intéresser à une chose pareille de la part de deux saltimbanques qui assument tellement peu leur démarche qu'il en viennent à se cacher derrière un casque de motocyclette ?

Heureusement, certains chanteurs prennent leur métier au sérieux et soutiennent l'industrie en continuant à vendre des milliers de disques et à remplir des stades sans nostalgie de l'ancien temps. Prenons-en plutôt de la graine et achetons leurs CD...

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