"Cars 3", McQueen rétrograde avec classe

jeudi 3 août 2017 | Marco Pierrard

intéressant

Sur les circuits, Flash McQueen se fait désormais distancer par de nouveaux bolides boostés par la technologie. Invité à prendre sa retraite, il décide de s'entraîner dur pour prouver qu'il est toujours le numéro 1. Fidèle à ses thématiques, Cars 3 séduit par son regard nostalgique sur le temps qui passe et la notion de passage de relais, avec une pointe féminisme bienvenue.

Rien ne va plus pour Flash McQueen. La célèbre voiture de course peine de plus en plus à se maintenir en tête, distancée par des coureurs de la nouvelle génération. Comme Jackson Storm, tous ces nouveaux véhicules s'entraînent avec de nouvelles méthodes et bénéficient de technologies de pointe, très loin des habitudes de Flash. Dépassé — dans tous les sens du terme —, McQueen se retrouve impliqué dans un terrible accident qui l'oblige à faire une pause avec le monde de la course le temps de retomber sur ses roues.
Mais le vétéran ne compte pas accepter la retraite si facilement et se familiarise aux nouvelles technologies en espérant faire son grand retour. Un parcours du combattant attend la courageuse voiture rouge avec à la clé une prise de conscience sur sa nouvelle place dans le sport automobile.

Cars 3 © 2017 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

La fin d'une époque

Sorti en 2011, Cars 2 avait tout pour décevoir. Avec son improbable histoire d'espionnage ressemblant plus à l'intrigue annexe d'un jeu vidéo qu'un vrai film de cinéma, la suite du premier volet semblait avoir été commandée dans l'unique but de créer de nouveaux personnages et vendre ainsi plus de jouets. Heureusement, ce troisième volet se recentre sur son personnage principal, Flash. On retrouve une voiture vieillissante dans ce nouvel — et dernier ? — opus qui évoque avec une douce nostalgie le temps qui passe, le courage de se remettre en cause et la question de l'héritage. Pour Flash McQueen l'arrivée de nouveaux coureurs plus rapides marque la fin d'une époque, celle où il était le meilleur. Et pour qu'il puisse suivre un entraînement de haut niveau basé notamment sur un coûteux simulateur de course, l'équipe qui entoure le coureur se résigne à se vendre à Sterling, un entrepreneur à succès, admirateur de Flash.

Difficile de ne pas faire un parallèle entre Flash rejoignant l'équipe du puissant Sterling et Pixar absorbé par Disney en 2006, là aussi cet acte signifiait la fin d'une certaine époque. Même impression lorsque Sterling demande à Flash qu'il annonce sa retraite et lui propose de surfer sur sa notoriété pour vendre un tas d'objets dérivés à son effigie. Le parallèle avec l'empire Disney et sa faculté à exploiter ses personnages sous toutes les formes est tentant. On remarque d'ailleurs que si cette alternative ne plaint pas à Flash parce qu'il souhaite continuer la course, la voiture de course ne remet pas en cause cette marchandisation à outrance. Une occasion manquée pour Pixar qui se serait assagi ? C'est sans compter sur le tempérament combatif de Flash qui va s'éloigner des gadgets technologiques offerts par Sterling pour se recentrer sur l'essentiel. Et c'est à ce moment que Cars 3 quitte le pur esprit de compétition pour une réflexion touchante sur l'héritage.

Cars 3 © 2017 Disney/Pixar. All Rights Reserved.

Passage de témoin féministe

Devant son incapacité à s'intégrer dans ce nouveau monde de technologie, Flash doit reconnaître qu'il appartient à l'ancienne génération, ce qui le renvoie à celui qui lui a tout appris, son mentor Doc Hudson. Mais comme Paul Newman qui prêtait sa voix au personnage dans la version originale du premier film, Doc n'est plus et Flash se retrouve bien seul face au défi qu'il doit confronter. Suite qui replonge dans le passé, Cars 3 est l'occasion pour la voiture de course de revenir aux origines et de rendre hommage à celui qui l'a aidé à devenir un grand champion. Ce troisième volet rejoint la thématique de l'apprentissage évoquée dans le premier et permet de conclure un cycle. Flash découvre que s'il ne peut pas gagner éternellement il peut gagner différemment. Proche dans l'esprit de Toy Story 3, ce nouveau film ne brille pas par son originalité — il reste confortablement installé dans ses thèmes habituels — mais sa tendre nostalgie lui confère le statut de l'opus le plus touchant de la saga. Cruz Ramirez, rutilante voiture jaune qui n'a jamais osé s'imposer dans le monde très masculin de la course automobile et entraîne Flash ajoute quant à elle un aspect féministe libérateur à cette histoire d'héritage. Une façon taquine pour Pixar de prendre à contre pied son sujet et de rappeler que les voitures ne sont pas que pour les petits garçons, à condition que les préjugés sexistes soient laissés de côté.

Réflexion nostalgique sur le temps qui passe, Cars 3 permet à un Flash McQueen dépassé une sortie de route dans la dignité en jouant la carte du passage de relais avec un propos féministe stimulant. Une retraite réussie pour Flash qui permet de patienter agréablement en attendant Coco, le prochain film original de Pixar prévu à la rentrée.

> Cars 3, réalisé par Brian Fee, Etats-Unis, 2017 (1h42)

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